Google et Accel Misent sur l’IA Indienne

Et si la prochaine licorne mondiale de l’intelligence artificielle naissait à Bangalore, Hyderabad ou même depuis la diaspora indienne à San Francisco ? C’est exactement le pari que viennent de prendre ensemble Google et le fonds Accel, deux géants qui décident de unir leurs forces pour détecter et propulser les toutes premières startups IA made in India. Annoncé fin novembre 2025, ce partenariat est une première mondiale pour le Google AI Futures Fund et il place l’Inde au centre de la carte des investissements early-stage dans l’IA. Derrière les chiffres – jusqu’à 2 millions de dollars par projet – se cache une conviction forte : l’Inde possède tous les ingrédients pour devenir un acteur majeur de la prochaine vague d’innovation en intelligence artificielle.

Un partenariat inédit taillé pour les tout premiers stades

Le deal est simple et redoutablement efficace. Via le programme Atoms d’Accel – son accélérateur dédié au pre-seed et au seed – les deux partenaires co-investiront jusqu’à 2 millions de dollars dans chaque startup sélectionnée pour la cohorte 2026, soit 1 million de chaque côté. C’est la première fois que le Google AI Futures Fund, lancé en mai 2025, signe un accord de ce type avec un fonds de venture.

Pourquoi Accel ? Parce que le fonds américain est déjà l’un des investisseurs les plus actifs en Inde depuis quinze ans (Swiggy, Flipkart, Freshworks…) et qu’il connaît parfaitement le terrain. Le choix d’Atoms n’est pas anodin neither : ce programme lancé en 2021 a déjà accompagné plus de 40 sociétés qui ont ensuite levé plus de 300 millions de dollars en follow-on.

« L’idée est de construire des produits IA pour des milliards d’Indiens, mais aussi des produits conçus en Inde pour le monde entier. »

– Prayank Swaroop, partner chez Accel

Pourquoi l’Inde est (enfin) prête à exploser en IA

L’Inde coche quasiment toutes les cases du cocktail parfait pour l’IA :

  • 1,4 milliard d’habitants, deuxième base d’utilisateurs internet et smartphone au monde
  • Des millions d’ingénieurs talentueux formés chaque année
  • Coûts de développement logiciel parmi les plus bas de la planète
  • Infrastructure cloud qui se déploie à vitesse grand V (Google vient d’ailleurs d’annoncer 15 milliards de dollars pour un data center de 1 GW)
  • Une population ultra-mobile-first, idéale pour tester des produits grand public

Mais jusqu’à présent, l’écosystème indien brillait surtout par ses équipes d’ingénierie au service de géants américains (les fameux « back-office de la Silicon Valley »). La recherche de pointe et les modèles fondationnels restaient concentrés aux États-Unis et en Chine. Ce temps est en train de changer.

OpenAI, Anthropic, Perplexity… tous ouvrent des bureaux en Inde. Les fonds globaux augmentent massivement leurs tickets early-stage. Et maintenant Google met le paquet.

Bien plus que de l’argent : un package complet pour décoller vite

Le vrai différenciateur de ce programme, ce n’est pas seulement le chèque (même s’il fait rêver à ce stade). C’est tout l’écosystème que les startups vont pouvoir brancher dès le jour 1 :

  • Jusqu’à 350 000 $ de crédits Google Cloud, Gemini et DeepMind
  • Accès anticipé aux nouveaux modèles Gemini et aux features expérimentales DeepMind
  • Mentoring mensuel avec les partners Accel + les tech leads Google
  • Sessions d’immersion à Londres et dans la Bay Area (Google I/O inclus)
  • Support marketing via les canaux globaux Google et Accel
  • Connexion directe avec les équipes Google Labs et DeepMind pour du co-développement

En clair : vous lancez votre startup IA en Inde, et vous avez immédiatement accès à des ressources qui prennent normalement des années à décrocher.

« C’est la première collaboration de ce type pour le Futures Fund dans le monde entier, et nous avons choisi l’Inde pour une bonne raison. »

– Jonathan Silber, directeur du Google AI Futures Fund

Quels domaines vont être ciblés ? (Spoiler : presque tout)

Contrairement à certains programmes ultra-spécialisés, Google et Accel restent très ouverts. Prayank Swaroop le dit clairement : « On regarde tout ».

Les grandes thématiques évoquées :

  • Créativité et divertissement (édition vidéo IA, musique générative…)
  • Coding et productivité développeur
  • SaaS nouvelle génération et future of work
  • Applications grand public pour le marché indien (éducation, santé, finance…)
  • Et oui… même des modèles fondationnels entraînés en Inde

Le fonds veut aussi anticiper les avancées des 12 à 24 prochains mois sur les LLM et investir en amont des tendances (reasoning amélioré, agents autonomes, multimodale…).

Pas d’exclusivité Gemini (et c’est important)

Google insiste lourdement sur ce point : il n’y aura aucune obligation d’utiliser exclusivement Gemini, Claude ou les outils Google. Jonathan Silber est clair : « Parfois Gemini est le meilleur, parfois c’est Anthropic ou OpenAI. On ne met pas de contrainte. »

Le but n’est pas de forcer la main des fondateurs, mais de proposer des intégrations uniques quand cela a du sens (accès à des features expérimentales, optimisations spécifiques, etc.). C’est une approche mature qui contraste avec certains programmes corporate plus « captifs ».

La diaspora indienne aussi dans le viseur

Accel a étendu son programme Atoms cette année aux fondateurs d’origine indienne basés à l’étranger. Résultat : un founder indien basé à San Francisco ou Londres qui construit une startup IA « from day one » peut postuler et bénéficier du même package.

C’est une reconnaissance du réseau incroyable de la diaspora tech indienne (Sundar Pichai, Satya Nadella, Parag Agrawal, Arvind Krishna… la liste est longue). Beaucoup rêvent de « reverse brain drain » ou simplement de construire pour le marché indien depuis l’étranger.

Le contexte plus large : Google mise gros sur l’Inde

Ce partenariat s’inscrit dans une série d’annonces massives :

  • 15 milliards de dollars pour un campus data center + hub IA de 1 GW
  • Le fonds de digitisation de 10 milliards annoncé en 2020 déjà largement déployé
  • Partenariat avec Reliance Jio pour offrir Gemini Pro gratuitement à des millions d’utilisateurs

Google joue clairement la carte de l’Inde comme futur pilier stratégique, au même titre que les États-Unis ou l’Europe.

Ce que ça change concrètement pour les entrepreneurs

Si vous êtes fondateur (en Inde ou d’origine indienne) et que vous préparez votre lancement IA en 2026, ce programme devient instantanément l’une des meilleures portes d’entrée possibles. Le combo Accel (réseau VC indien ultra-solide) + Google (crédits, modèles, visibilité mondiale) est difficile à battre à ce stade.

Et comme le dit Jonathan Silber : « On n’est pas une équipe commerciale, on ne cherche pas des clients cloud ou des cibles d’acquisition. Notre seul KPI, c’est de voir émerger la prochaine vague d’innovation IA depuis l’Inde. »

En résumé, rarement un programme early-stage n’aura affiché une telle ambition et une telle puissance de feu. 2026 risque d’être une année historique pour l’écosystème startup indien dans l’intelligence artificielle. Et quelque part à Mumbai, Bangalore ou Mountain View, quelqu’un est peut-être en train de coder la prochaine application qui va toucher un milliard d’utilisateurs.

À suivre de très près.

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MondeTech.fr

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