Imaginez un pays entier, du jour au lendemain, coupé du reste du monde numérique. Plus d’accès aux réseaux sociaux, plus de transferts bancaires internationaux, plus de communication avec les partenaires étrangers, plus de visibilité pour les startups locales. C’est exactement la situation que vit l’Iran depuis le 8 janvier 2026, alors que des manifestations massives liées à l’effondrement économique secouent le pays. Cet événement n’est pas seulement une crise politique : c’est un signal d’alarme majeur pour tous les entrepreneurs, marketeurs et innovateurs technologiques qui opèrent dans des environnements instables.
Dans un monde où la connectivité est devenue l’oxygène des affaires modernes, une coupure internet nationale représente bien plus qu’une simple gêne passagère : c’est une rupture brutale de la chaîne de valeur digitale.
Une crise économique qui dégénère en blackout numérique
Fin décembre 2025, la valeur du rial iranien s’est effondrée de manière spectaculaire. Résultat : pénuries alimentaires, flambée des prix, fermeture prolongée des bazars traditionnels de Téhéran… et colère populaire. Les manifestations qui ont suivi ont rapidement pris de l’ampleur dans plusieurs grandes villes. Face à cette mobilisation, les autorités ont choisi la réponse classique dans ce type de régime : couper l’accès à internet pour limiter la coordination des protestataires et la diffusion des images à l’international.
Selon les données recueillies par plusieurs spécialistes de la surveillance du trafic internet, le blackout a débuté le 8 janvier vers 20h heure locale (11h30 EST). En quelques minutes, le trafic sortant du pays est passé de plusieurs centaines de gigabits par seconde à presque rien.
Nous sommes face à une déconnexion quasi totale du reste du monde.
– Amir Rashidi, chercheur en cybersécurité iranien pour le Miaan Group
Ce type d’intervention n’est malheureusement pas nouveau en Iran. Le pays possède l’un des systèmes de filtrage et de contrôle internet les plus sophistiqués au monde, souvent surnommé Halal Internet par ses détracteurs.
Les conséquences immédiates pour les entrepreneurs iraniens
Pour les startups et PME technologiques basées en Iran, les impacts sont immédiats et dévastateurs :
- Impossible d’accéder aux outils SaaS étrangers (Google Workspace, Slack, Notion, Figma, etc.)
- Arrêt quasi-total des paiements internationaux via les passerelles crypto ou classiques
- Perte de visibilité sur les marketplaces internationales (Etsy, Amazon, etc.)
- Blocage des campagnes publicitaires Google Ads, Meta Ads, TikTok Ads
- Impossibilité de communiquer avec les investisseurs, clients et partenaires étrangers
- Arrêt des déploiements automatiques, des mises à jour de sécurité et des backups cloud
Certaines entreprises qui avaient anticipé ce genre de scénario maintiennent des serveurs locaux ou des VPN internes, mais la majorité se retrouve totalement paralysée.
Leçons stratégiques pour les entrepreneurs du monde entier
Même si votre entreprise n’est pas basée en Iran, cet événement doit vous pousser à réfléchir sérieusement à votre résilience numérique. Voici les principaux enseignements que les fondateurs et directeurs marketing devraient intégrer dès aujourd’hui :
1. Diversifiez vos infrastructures critiques
Ne mettez jamais tous vos œufs dans le même panier cloud. Une bonne stratégie consiste à combiner plusieurs fournisseurs (AWS + GCP + Azure par exemple) et à conserver une capacité minimale on-premise ou chez un hébergeur local alternatif.
2. Préparez un plan de continuité “low-tech”
Comment continuez-vous à faire tourner votre business si internet tombe pendant 48h, 1 semaine ou plus ? Avez-vous une procédure claire pour basculer sur des outils de communication internes (messagerie chiffrée auto-hébergée, radio, messagers physiques) ?
3. La crypto n’est pas une solution miracle
Beaucoup pensaient que Bitcoin, Ethereum et les stablecoins offraient une immunité face à la censure. La réalité est plus nuancée : sans accès internet stable et sans possibilité de synchroniser les nœuds, même les blockchains deviennent inutilisables à court terme.
L’IA face à la censure : opportunité ou vulnérabilité supplémentaire ?
Paradoxalement, les technologies d’intelligence artificielle pourraient à la fois aggraver et atténuer ce type de crise.
D’un côté, les grands modèles centralisés (ChatGPT, Claude, Gemini…) deviennent inaccessibles dès que la connexion tombe. De l’autre, les modèles open-source exécutés localement (Llama 3, Mistral, Gemma…) représentent une opportunité majeure pour maintenir une forme d’intelligence numérique même en situation de blackout.
Des développeurs iraniens ont d’ailleurs déjà commencé à créer des versions allégées et optimisées de ces modèles capables de tourner sur du matériel modeste.
Dans les moments de crise, la vraie souveraineté numérique se mesure à la capacité d’exécuter de l’IA sans dépendre d’un datacenter californien.
– Analyste anonyme de la scène tech iranienne
Quelles stratégies digitales adopter dans un monde instable ?
Voici une checklist concrète que chaque dirigeant devrait passer en revue au moins une fois par an :
- Cartographier toutes les dépendances internet critiques de l’entreprise
- Identifier les outils qui ont des alternatives locales ou open-source
- Mettre en place des caches et des versions hors-ligne de la documentation
- Tester régulièrement un scénario “internet down 72h” avec toute l’équipe
- Diversifier les canaux d’acquisition (SEO + email + SMS + WhatsApp Business + Telegram)
- Conserver une trésorerie permettant de survivre 3 à 6 mois sans revenus digitaux
- Former les équipes aux outils de communication décentralisés et chiffrés
Ces réflexes, qui paraissent aujourd’hui extrêmes pour beaucoup d’entrepreneurs européens ou américains, sont déjà une réalité quotidienne pour des milliers de startups opérant dans des pays à risque élevé de censure ou d’instabilité politique.
Vers une nouvelle géopolitique de la connectivité ?
L’événement iranien de janvier 2026 n’est qu’un épisode supplémentaire dans une tendance lourde : la fragmentation croissante d’internet. Russie, Chine, Iran, Corée du Nord, Biélorussie, Myanmar, Soudan, Éthiopie… la liste des pays ayant déjà procédé à des coupures nationales s’allonge chaque année.
Pour les entreprises tech globales, cela signifie qu’il devient stratégique de réfléchir en termes de “régions internet” plutôt que de réseau mondial unique. Les architectures multi-régions, l’edge computing, les CDNs locaux et les protocoles décentralisés (IPFS, NKN, Tor, etc.) ne sont plus seulement des choix techniques : ce sont des choix de survie.
Conclusion : la liberté numérique devient un avantage compétitif
Dans les années à venir, les entreprises les plus résilientes ne seront pas forcément celles qui ont la meilleure technologie, mais celles qui auront anticipé les scénarios où cette technologie pourrait leur être brutalement retirée.
L’Iran nous rappelle cruellement que la connectivité n’est pas un acquis éternel. Elle peut être utilisée comme une arme politique à tout moment.
Pour les entrepreneurs, marketeurs et innovateurs, le message est clair : construire une stratégie digitale robuste aujourd’hui, c’est aussi se préparer aux lendemains où le réseau pourrait soudainement disparaître.
Et vous, avez-vous déjà testé ce que donnerait votre business sans internet pendant une semaine ?







