Imaginez rentrer chez vous un soir, dans l’une des villes les plus dynamiques et pourtant les plus anxiogènes des États-Unis, et découvrir que votre système de sécurité n’a même pas daigné vous prévenir qu’un intrus tentait de forcer votre porte d’entrée. C’est exactement ce qui est arrivé à Kevin Hartz, serial entrepreneur et investisseur bien connu dans la Silicon Valley. Cette expérience désagréable, vécue également par son associé Jack Abraham, a été le déclencheur de la création de Sauron, une startup qui ambitionne rien de moins que de redéfinir la sécurité résidentielle pour une clientèle ultra-exigeante.
Depuis décembre 2025, le nom de Sauron circule beaucoup dans les cercles tech. Et pour cause : l’arrivée d’un nouveau CEO tout droit issu de Sonos, le géant de l’audio haut de gamme, marque un tournant stratégique majeur pour cette jeune pousse qui refuse de se contenter des standards actuels du marché de la sécurité.
Quand deux entrepreneurs frustrés décident de tout changer
En 2024, Kevin Hartz et Jack Abraham, tous deux habitués aux meilleures technologies du monde, se retrouvent confrontés à la même réalité : les systèmes de sécurité existants, même les plus onéreux, sont loin d’être à la hauteur des attentes d’une clientèle fortunée et technophile. Faux positifs à répétition, absence de véritable dissuasion active, réponse policière quasi inexistante en cas d’alerte… le constat est sans appel.
C’est dans ce contexte qu’ils décident de créer Sauron, clin d’œil assumé à l’œil omniscient et terrifiant du Seigneur des Anneaux. L’objectif affiché dès le départ est clair : proposer une solution de sécurité militaire-grade pensée spécifiquement pour les foyers des élites technologiques.
« Nous avons vu trop de systèmes échouer au moment où on avait le plus besoin d’eux. »
– Kevin Hartz, co-fondateur de Sauron
Fort de ce vécu personnel, le duo parvient à boucler une levée de fonds impressionnante de 24 millions de dollars auprès d’investisseurs de très haut niveau : les fondateurs de Flock Safety et Palantir, le fonds 8VC très actif dans la défense, le studio Atomic de Jack Abraham et le véhicule d’investissement personnel de Hartz, A*.
Un recrutement stratégique : Maxime Bouvat-Merlin arrive de Sonos
Fin 2025, Sauron réalise un coup de maître en recrutant Maxime « Max » Bouvat-Merlin comme nouveau CEO. Après presque neuf années chez Sonos, dont plusieurs en tant que Chief Product Officer, ce Français d’origine apporte une expérience précieuse dans le lancement et la montée en puissance de produits hardware/software haut de gamme destinés à une clientèle premium.
Dans une récente interview accordée à TechCrunch, Max se montre d’une transparence rare pour une startup encore en phase de développement :
« Nous sommes clairement encore en phase de développement. Le lancement grand public n’interviendra pas avant la fin 2026 au plus tôt. »
– Maxime Bouvat-Merlin, CEO de Sauron
Ce report par rapport aux annonces initiales (Q1 2025) n’est pas vécu comme un échec, mais comme une étape nécessaire pour garantir la qualité attendue par une clientèle très exigeante.
Les parallèles fascinants entre Sonos et Sauron
Maxime Bouvat-Merlin n’hésite pas à multiplier les parallèles entre son ancienne et sa nouvelle maison :
- Ciblage initial des clients les plus fortunés et les plus exigeants
- Forte dépendance au bouche-à-oreille pour la croissance
- Produits mêlant hardware complexe et logiciel sophistiqué
- Questions stratégiques identiques : premium vs mass-premium ? Installation pro vs DIY ? Écosystème fermé vs ouvert ?
Ces similarités ne sont pas anodines. Elles montrent que Sauron ne se contente pas de copier les acteurs traditionnels de la sécurité (ADT, Vivint, Ring, Arlo…) mais cherche à appliquer les recettes qui ont fait le succès de Sonos dans un domaine totalement différent.
À quoi ressemblera concrètement le système Sauron ?
Le produit final reste encore en cours de définition, mais plusieurs éléments commencent à se dessiner :
- Des pods caméras intégrant de multiples capteurs (potentiellement jusqu’à 40 caméras différentes + LiDAR, radar, thermique)
- Une infrastructure serveur puissante exécutant des modèles de computer vision avancés
- Un service de conciergerie 24/7 tenu par d’anciens militaires et forces de l’ordre
- Un système actif de dissuasion (haut-parleurs, lumières stroboscopiques, messages vocaux personnalisés…)
Ce qui différencie fondamentalement l’approche de Sauron, c’est l’accent mis sur la dissuasion proactive plutôt que sur la simple constatation d’effraction. L’objectif est d’intervenir bien en amont dans la chaîne de décision du cambrioleur potentiel.
Exemples évoqués par Max :
- Détecter les voitures qui tournent plusieurs fois autour du pâté de maisons
- Identifier les comportements de reconnaissance / repérage autour de la propriété
- Envoyer des signaux très clairs que cette maison est la mauvaise cible
Les défis techniques et stratégiques majeurs
Derrière la communication soignée, plusieurs chantiers titanesques attendent l’équipe :
- Finaliser l’architecture matérielle exacte (quels capteurs ? combien ? où les placer ?)
- Développer un système de dissuasion efficace sans tomber dans la surenchère anxiogène
- Construire une IA suffisamment fiable pour réduire drastiquement les faux positifs
- Concevoir un parcours client irréprochable pour une clientèle habituée au luxe
- Gérer la scalabilité du monitoring humain 24/7
Avec moins de 40 salariés fin 2025, Sauron prévoit de n’embaucher que 10 à 12 personnes supplémentaires en 2026, signe d’une volonté de croissance maîtrisée.
Le marché de la sécurité premium est-il vraiment en crise ?
Les données sont éloquentes : malgré la baisse statistique de certaines formes de criminalité à San Francisco ces dernières années, le sentiment d’insécurité reste très fort dans les quartiers aisés. Les cambriolages spectaculaires et violents visant des personnalités tech (comme celui subi par Lachy Groom et Joshua Buckley en novembre 2025) renforcent cette perception.
Maxime Bouvat-Merlin résume parfaitement le paradoxe actuel :
« Les acteurs historiques de la sécurité premium ont des parts de marché faibles et des NPS négatifs. Les gens ne sont pas satisfaits. »
– Maxime Bouvat-Merlin
C’est précisément sur ce mécontentement massif que Sauron compte capitaliser.
Confidentialité et éthique : le point sensible
Avec un système aussi invasif, la question de la vie privée est évidemment centrale. L’approche envisagée par Sauron repose sur un modèle de liste blanche explicite :
- Les personnes autorisées par le propriétaire sont reconnues et passent sans déclencher d’alerte
- Tout le reste est considéré comme inconnu et potentiellement suspect
La reconnaissance faciale et la lecture de plaques d’immatriculation sont également à l’étude, toujours dans une logique de détection de comportements anormaux plutôt que de surveillance généralisée.
Perspectives 2026-2027 : que peut-on attendre de Sauron ?
Le calendrier 2026 s’annonce chargé :
- Travail intensif avec les premiers early adopters
- Levée de Series A mi-2026
- Premiers déploiements clients fin 2026 / début 2027
- Communication progressive sur les fonctionnalités concrètes
La startup mise avant tout sur une croissance organique très qualitative, via le bouche-à-oreille dans les cercles très fermés de la tech élite américaine.
Pourquoi Sauron pourrait bien devenir le « Sonos de la sécurité »
Plusieurs éléments plaident en faveur d’un succès potentiel :
- Équipe fondatrice crédible et bien connectée
- CEO expérimenté ayant déjà fait grandir une marque premium hardware/software
- Investisseurs de très haut niveau
- Mécontentement réel et profond des clients fortunés vis-à-vis des solutions actuelles
- Approche différenciante centrée sur la dissuasion proactive
Mais le chemin reste semé d’embûches : technologiques, réglementaires, économiques et concurrentielles.
Conclusion : une ambition démesurée… mais cohérente
Sauron ne cherche pas à devenir le Ring ou l’Arlo du grand public. Son ambition est beaucoup plus verticale : dominer le segment très haut de gamme de la sécurité résidentielle, là où les marges sont les plus confortables et où les clients sont prêts à payer très cher pour dormir sur leurs deux oreilles.
Si la jeune pousse parvient à tenir ses promesses techniques tout en maintenant un niveau de service exceptionnel, elle pourrait bien créer une nouvelle catégorie de référence, comme l’a fait Sonos dans l’audio il y a vingt ans.
Affaire à suivre de très près en 2026…







