Imaginez une poignée de jeunes entrepreneurs nigérians, à peine sortis de l’adolescence pour certains, qui décident de s’attaquer à l’un des problèmes les plus complexes et les plus stratégiques du continent africain : la sécurité et la souveraineté de ses infrastructures critiques. En janvier 2026, cette vision un peu folle est devenue réalité avec l’annonce fracassante d’une levée de fonds de 11,75 millions de dollars par Terra Industries.
Derrière ce projet ambitieux ? Deux fondateurs âgés respectivement de 22 et 24 ans : Nathan Nwachuku et Maxwell Maduka. Leur objectif affiché ne souffre d’aucune ambiguïté : redonner aux Africains la maîtrise totale de la défense de leurs ressources stratégiques. Une ambition à la fois technologique, politique et presque philosophique dans le contexte géopolitique actuel.
Quand la Gen Z décide de réinventer la défense africaine
À seulement 22 ans, Nathan Nwachuku a déjà derrière lui l’expérience de la création d’une entreprise edtech. Mais après cinq années passées dans l’éducation numérique, il prend un virage radical. Il constate que l’Afrique se trouve à un tournant historique : industrialisation accélérée, explosion démographique jeune, capitaux étrangers qui affluent… et pourtant, une faiblesse structurelle persiste : l’insécurité.
Le continent concentre aujourd’hui le plus grand nombre de décès liés au terrorisme au monde. Mines d’or pillées, oléoducs sabotés, centrales électriques attaquées… chaque incident représente des milliards de dollars évaporés et des années de développement retardées.
« L’Afrique est à l’aube d’une révolution industrielle… mais sans sécurité, cette révolution s’arrêtera net avant même d’avoir commencé. »
– Nathan Nwachuku, CEO de Terra Industries
C’est ce constat qui pousse les deux jeunes hommes à créer Terra Industries en 2025, avec une vision très claire : construire le premier « prime defense » africain entièrement souverain.
Un tour de table impressionnant pour une startup si jeune
Le 12 janvier 2026, TechCrunch révèle que Terra Industries sort officiellement de stealth mode avec une levée de 11,75 millions de dollars. Un montant déjà remarquable, mais encore plus impressionnant quand on regarde les investisseurs impliqués :
- 8VC (lead investor) – fonds américain très actif dans la défense et dirigé par Joe Lonsdale
- Valor Equity Partners
- Lux Capital
- SV Angel
- Nova Global
- Et plusieurs investisseurs africains : Tofino Capital, Kaleo Ventures, DFS Lab
Avant cette série A, la startup avait déjà bouclé un tour pre-seed de 800 000 $ et généré plus de 2,5 millions de dollars de revenus commerciaux en protégeant déjà des actifs estimés à environ 11 milliards de dollars.
ArtemisOS : le cerveau logiciel de la souveraineté africaine
Le cœur technologique de Terra Industries s’appelle ArtemisOS. Il s’agit d’une plateforme logicielle propriétaire capable de :
- Collecter des données multi-sources en temps réel
- Analyser et corréler ces informations grâce à l’intelligence artificielle
- Détecter automatiquement les menaces potentielles
- Envoyer des alertes qualifiées aux forces de sécurité locales
- Conserver l’historique et créer des « géofences intelligentes » autour des sites stratégiques
Le positionnement est clair : l’Afrique ne manque pas de puissance de feu militaire, mais elle manque cruellement d’une intelligence souveraine moderne et indépendante. Aujourd’hui encore, une grande partie des renseignements stratégiques provient de puissances étrangères (États-Unis, France, Chine, Russie…). Terra veut inverser cette dépendance.
Une approche multi-domaines très concrète
Terra Industries adopte une stratégie multi-domaines pour couvrir l’ensemble du spectre de protection :
- Domaine aérien : drones longue et courte portée
- Domaine terrestre : tours de surveillance autonomes + rovers terrestres armés ou non
- Domaine maritime (en développement) : capteurs sous-marins, drones de surface et protection des plateformes offshore
Cette approche intégrée permet de créer un véritable « bouclier numérique » autour des actifs les plus critiques : mines industrielles, centrales hydroélectriques, raffineries, ports stratégiques, pipelines, etc.
Une équipe qui inspire confiance aux investisseurs défense
Dans le secteur de la défense, la crédibilité de l’équipe est presque aussi importante que la technologie elle-même. Terra coche plusieurs cases importantes :
- 40 % de ses ingénieurs sont d’anciens militaires nigérians
- Maxwell Maduka, le CTO, a servi comme ingénieur dans la marine nigériane et avait déjà fondé une société de drones à 19 ans
- Le Vice Air Marshal Ayo Jolasinmi (Nigeria) est conseiller stratégique
- Alex Moore d’8VC (spécialiste défense) siège au board
Cette combinaison d’expérience opérationnelle militaire, d’expertise technologique et de connexions dans le petit monde très fermé du capital-risque défense explique en grande partie pourquoi des fonds américains aussi exigeants ont décidé de parier très tôt sur cette équipe.
Modèle économique : hardware + SaaS souverain
Terra Industries adopte un modèle hybride assez classique dans la défense moderne :
- Vente initiale de matériel (drones, tours, capteurs…)
- Abonnement annuel pour l’accès à ArtemisOS (analyse, stockage, alertes, mises à jour)
À ce jour, la majorité des clients sont des acteurs privés (mines d’or, centrales hydroélectriques, compagnies pétrolières). Mais Terra a déjà décroché son premier contrat fédéral (dont les détails restent confidentiels). La société indique protéger actuellement au moins deux grandes centrales hydroélectriques et plusieurs mines de taille moyenne, principalement au Nigeria.
Les prochains défis stratégiques de Terra
Malgré ce démarrage fulgurant, plusieurs défis majeurs attendent la jeune pousse :
- Passer d’une présence quasi exclusivement nigériane à une couverture réellement panafricaine
- Construire plusieurs usines de fabrication sur le continent (promesse forte de création d’emplois locaux)
- Atteindre la certification et les autorisations d’exportation pour vendre à d’autres pays africains
- Rivaliser technologiquement avec les géants chinois et occidentaux qui inondent déjà le marché africain
- Gérer la géopolitique complexe des contrats de défense souverains
Les fondateurs sont conscients de l’ampleur de la tâche. Ils ont déjà annoncé l’ouverture prochaine de bureaux logiciels à San Francisco et à Londres pour recruter les meilleurs talents en IA et cybersécurité, tout en maintenant la production physique exclusivement en Afrique.
Une vision plus large : souveraineté technologique panafricaine
Au-delà du business pur, Terra Industries porte une ambition presque idéologique. Pour Nathan Nwachuku, la protection physique des infrastructures n’est que la première étape. Derrière se cache la volonté de créer une véritable indépendance technologique africaine dans les domaines les plus stratégiques.
« Nous sommes dans une lutte épique pour la survie même de l’Afrique. La seule façon de briser les chaînes qui nous retiennent depuis des décennies, c’est de protéger nos ressources et nos infrastructures de manière totalement souveraine. »
– Nathan Nwachuku
Cette rhétorique résonne particulièrement auprès d’une nouvelle génération d’entrepreneurs africains qui refusent le statut quo et veulent inverser la balance technologique entre l’Afrique et le reste du monde.
Et maintenant ? Perspectives 2026-2030
Si Terra Industries parvient à exécuter son plan sur les 4-5 prochaines années, plusieurs scénarios deviennent envisageables :
- Devenir le fournisseur de référence pour la protection des infrastructures critiques dans une dizaine de pays africains
- Atteindre le statut de licorne africaine dans la deeptech/défense (un segment encore vierge)
- Créer plusieurs milliers d’emplois industriels directs et indirects sur le continent
- Exporter le modèle vers d’autres régions du Sud global (Amérique latine, Asie du Sud-Est)
- Devenir un cas d’école étudié dans toutes les business schools sur le thème « comment disrupter un secteur ultra-réglementé depuis l’Afrique »
Bien entendu, le chemin reste semé d’embûches : risques réglementaires, concurrence chinoise écrasante sur le prix, complexité des relations avec les armées nationales, enjeux éthiques liés à l’armement autonome… Mais le simple fait qu’une telle entreprise voie le jour avec un tel niveau de financement dès 2026 marque déjà un tournant symbolique très fort.
Conclusion : quand la tech africaine s’attaque aux sujets les plus stratégiques
Terra Industries n’est pas seulement une startup de plus dans l’écosystème tech africain. C’est la manifestation concrète d’une nouvelle génération qui refuse de voir le continent rester simple consommateur de technologies stratégiques développées ailleurs.
En plaçant la souveraineté technologique et la sécurité des infrastructures au cœur de leur projet entrepreneurial, Nathan Nwachuku et Maxwell Maduka posent peut-être la première pierre d’un nouvel écosystème deeptech africain qui pourrait, à terme, rivaliser avec les meilleures deeptechs mondiales… mais avec une identité et des priorités profondément africaines.
À suivre très attentivement dans les années à venir.







