Imaginez une réunion où personne n’a besoin de prendre des notes frénétiquement, où les désaccords profonds se résolvent en quelques échanges intelligents, où chaque membre de l’équipe – humain ou IA – sait exactement ce que les autres attendent de lui. Cette vision, qui ressemble encore à de la science-fiction pour beaucoup d’entreprises en 2026, est précisément celle que veut concrétiser Humans&, une startup qui vient de lever 480 millions de dollars en seed. Oui, vous avez bien lu : un demi-milliard en phase d’amorçage.
Derrière ce tour de force financier se cache une équipe impressionnante : des anciens d’Anthropic, OpenAI, xAI, Meta et Google DeepMind. Leur conviction ? La prochaine grande révolution des modèles de fondation ne se jouera pas dans la génération de texte ou la résolution de problèmes mathématiques, mais bien dans l’intelligence sociale et la capacité à orchestrer des groupes complexes composés d’humains et d’IA.
La fin de l’ère du chatbot individuel
Pendant les cinq dernières années, l’industrie de l’IA s’est focalisée sur l’amélioration continue des performances sur des benchmarks individuels : MMLU, HumanEval, GSM8K, etc. Les modèles sont devenus excellents pour répondre à une question isolée, écrire du code ou résumer un PDF. Mais dès qu’on passe à une dynamique de groupe, tout s’effondre.
Pourquoi ? Parce que la collaboration réelle implique :
- la compréhension des priorités et des émotions cachées de chaque participant
- la gestion de conflits d’intérêts sur le long terme
- le maintien d’une mémoire partagée évolutive
- la capacité à poser les bonnes questions au bon moment
- l’ajustement permanent du ton et du niveau de détail en fonction du contexte social
Aucun modèle actuel n’a été entraîné nativement pour exceller dans cet ensemble de compétences. C’est ce vide que Humans& veut combler.
Un modèle pensé dès l’origine pour la multi-agentivité
Contrairement à la plupart des startups qui fine-tunent des modèles existants ou qui construisent des couches d’orchestration par-dessus Claude / GPT / Gemini, Humans& affirme développer une nouvelle architecture de fondation spécifiquement conçue pour la coordination multi-parties.
Parmi les pistes évoquées :
- Long-horizon reinforcement learning : l’IA doit apprendre à planifier, agir, observer les conséquences, corriger sa trajectoire sur des horizons de plusieurs jours ou semaines
- Multi-agent RL avec des boucles humains-IA-humains très denses pendant l’entraînement
- Une mémoire explicite beaucoup plus riche et structurée que les context windows actuelles
- Des signaux de récompense sociaux : satisfaction collective, réduction des frictions, alignement des objectifs
« Nous essayons d’entraîner le modèle d’une manière différente qui impliquera beaucoup plus d’interactions et de collaborations entre humains et IA. »
– Yuchen He, co-fondateur de Humans& (ex-OpenAI)
Cette approche est coûteuse et risquée : elle demande énormément de données d’interaction de qualité et une quantité phénoménale de calcul. Mais elle pourrait créer un avantage compétitif durable si elle fonctionne.
Adieu Slack + Notion + Claude ?
L’équipe ne cache pas son ambition : elle ne veut pas être une simple surcouche. Elle vise à devenir le layer de collaboration central, remplaçant ou englobant les outils actuels de communication asynchrone et synchrone.
Quelques scénarios évoqués (ou fortement suggérés) :
- Une “salle virtuelle intelligente” qui synthétise automatiquement les points de vue, propose des compromis viables et suit l’exécution
- Un gestionnaire de décisions collectives capable de maintenir le fil pendant des mois (levées de fonds, roadmap produit, négociations commerciales complexes)
- Une IA qui connaît les forces, faiblesses, motivations et disponibilités de chaque membre et ajuste son intervention en conséquence
- Des usages grand public : coordination familiale, organisation de voyages de groupe, gestion de communauté
On est donc très loin du simple “chatbot qui répond dans un channel Slack”. On parle d’un changement de paradigme où l’IA devient un membre à part entière de l’équipe, avec une compréhension fine du tissu social.
Le timing est-il vraiment parfait ?
2026 marque un tournant. Les entreprises ont massivement adopté les chatbots et les copilotes, mais les gains de productivité restent inégaux. Beaucoup de dirigeants se demandent maintenant comment passer de “l’IA pour l’individu” à “l’IA pour l’organisation”.
Reid Hoffman, fondateur de LinkedIn, ne dit pas autre chose dans un post récent :
« Les entreprises mettent en œuvre l’IA de travers en la traitant comme des pilotes isolés. Le vrai levier se trouve dans la couche de coordination du travail. »
– Reid Hoffman
Dans le même temps, plusieurs signaux montrent que les gros acteurs bougent aussi :
- Anthropic pousse Claude Cowork
- Google intègre Gemini de plus en plus profondément dans Workspace
- OpenAI communique beaucoup sur les workflows multi-agents et l’orchestration
Mais aucun d’entre eux ne semble prêt (pour l’instant) à reconstruire un modèle de fondation autour de l’hypothèse “social intelligence first”. C’est à la fois la force et le risque majeur de Humans&.
Les défis titanesques qui attendent l’équipe
Lever 480 millions de dollars est une chose. Les dépenser intelligemment en est une autre. Voici les principaux obstacles identifiés :
- Accès au calcul – les clusters de 100 000+ GPU sont presque exclusivement réservés aux hyperscalers et à quelques élus
- Données d’interaction sociale de très haute qualité – difficiles et coûteuses à obtenir à l’échelle nécessaire
- Évaluation objective – comment mesurer objectivement “la qualité de la coordination d’un groupe” ?
- Concurrence écrasante – les géants peuvent pivoter très rapidement s’ils sentent que la thèse est valide
- Risque d’acquisition / drainage de talents – l’équipe est déjà très courtisée
Malgré ces risques, l’équipe affirme avoir refusé plusieurs approches d’acquisition et veut construire une entreprise indépendante de très long terme.
Quelles implications concrètes pour les startups et les directions marketing ?
Si Humans& (ou un acteur similaire) réussit, plusieurs métiers vont être profondément transformés :
- Product Managers – au lieu de courir après 47 avis Slack, ils auront un système qui synthétise les signaux et propose des arbitrages sourcés
- Heads of Marketing – campagnes cross-fonctionnelles (content, performance, brand, product) mieux alignées en temps réel
- Community Managers – modération, animation et détection de signaux faibles automatisées et contextualisées
- CEO & Founders – prise de décision stratégique plus rapide et moins biaisée par les plus bruyants
Pour les agences et les consultants en transformation digitale, c’est aussi une opportunité : accompagner les entreprises dans l’adoption de ces nouveaux “systèmes nerveux centraux” augmentés par l’IA sera probablement un marché très porteur d’ici 2028-2030.
Et si c’était le vrai passage à l’ère des agents ?
Depuis 2024, tout le monde parle d’agents IA. Mais la plupart des implémentations restent très primitives : un agent qui appelle trois outils et renvoie une réponse. La vraie puissance des agents émergera quand ils seront capables de travailler ensemble et avec des humains sur des horizons longs, avec des objectifs partagés mais des incentives partiellement divergents.
C’est exactement la thèse de Humans&. Pas d’automatisation pure, pas de remplacement de l’humain, mais une augmentation profonde de la capacité collective. Une sorte de “cyborg organisationnel” où l’IA n’est plus un outil, mais un tissu conjonctif intelligent.
Le pari est audacieux. Il est aussi extrêmement coûteux. Mais s’il réussit, il pourrait redéfinir ce que signifie “travailler ensemble” à l’ère de l’intelligence artificielle.
Conclusion : à surveiller de très près
Pour l’instant, Humans& n’a pas encore dévoilé de produit concret ni de démo publique impressionnante. Mais avec un tel montant levé, une équipe de ce calibre et une thèse aussi différenciante, il serait imprudent de les ignorer.
Dans les 18 prochains mois, nous devrions voir :
- les premières previews du modèle ou du produit
- des annonces de partenariats stratégiques (compute, data, early customers)
- probablement une nouvelle levée – beaucoup plus importante – fin 2026 ou début 2027
Si vous dirigez une scale-up, pilotez une équipe marketing ou pilotez la transformation digitale d’une entreprise de plus de 200 personnes, gardez un œil attentif sur Humans&. Ils pourraient bien être en train de construire le chaînon manquant entre les LLMs d’aujourd’hui et les organisations véritablement augmentées de demain.
Et vous, pensez-vous que la coordination multi-humains-multi-IA est vraiment le prochain grand saut ? Ou est-ce une thèse trop ambitieuse face aux géants déjà en place ?






