Perspectives 2026 : Startups et VC face à l’avenir

Imaginez un instant : nous sommes en février 2026 et vous êtes founder d’une startup deeptech ou SaaS. Il y a deux ans, il suffisait d’un deck bien ficelé et d’une démo ChatGPT-like pour faire tomber plusieurs millions en seed. Aujourd’hui, les investisseurs vous demandent des preuves concrètes de distribution, de ROI mesurable et de moat défendable. Le vent a tourné. 2026 s’annonce comme l’année de la maturité forcée pour l’écosystème startup et venture. Mais derrière cette exigence accrue se cachent aussi des opportunités historiques pour ceux qui sauront s’adapter.

À travers les analyses de plusieurs investisseurs de premier plan interrogés fin 2025 par TechCrunch, un paysage clair se dessine : moins de paillettes, plus de résultats ; moins d’hypothèses, plus de traction réelle ; et surtout, une redistribution géographique et sectorielle du capital. Décryptage complet des grandes tendances à anticiper en 2026 si vous êtes entrepreneur, investisseur ou simplement curieux du futur du business tech.

Ce qu’il faudra vraiment pour lever des fonds en 2026

Exit les « visionaries » purs. Les VC veulent désormais des founders battle-tested. James Norman de Black Ops VC le dit sans détour : le capital n’est plus un avantage compétitif suffisant. Les entreprises se retrouvent trop souvent coincées dans ce qu’il appelle le « pilot purgatory » : des POC qui durent des mois sans jamais se transformer en vrais contrats.

Raising in 2025 requires a shift from “visionary” to “battle-tested.”

– James Norman, Managing Partner, Black Ops VC

Concrètement, cela signifie que votre pitch doit désormais comporter :

  • Une machine de vente repeatable déjà en place
  • Des processus propriétaires difficiles à copier
  • Une expertise métier profonde accumulée sur plusieurs années
  • Un avantage de distribution « day zero » (vous savez déjà qui va acheter)

Morgan Blumberg de M13 va encore plus loin : pour les tours early-stage en IA applicative, les méga-seed de 10-15 M$ deviennent rares. La concurrence est devenue féroce et beaucoup de verticales sont déjà saturées de capital. Pour se démarquer, il ne suffit plus d’avoir un gros marché et un beau CV ; il faut un canal d’acquisition unique ou une perspective originale.

Allen Taylor d’Endeavor Catalyst résume l’équation en trois mots : bigger, faster, better. Marché adressable plus grand, croissance plus rapide, unit economics plus solides. Les fondateurs qui lèvent sont ceux qui savent projeter clairement où sera leur société dans 12, 18 ou 24 mois.

Les secteurs et thèses qui attirent les VC en 2026

Si l’IA reste omniprésente, la façon dont les investisseurs la regardent a profondément changé. On ne finance plus « de l’IA » ; on finance des entreprises qui utilisent l’intelligence artificielle pour transformer radicalement des industries traditionnelles.

James Norman cherche des high-context founders : des entrepreneurs qui ont passé des années dans un secteur complexe et qui peuvent décupler leur expertise grâce à l’IA. Le couple gagnant selon lui ? Savoir-faire métier rare + avantage de distribution immédiat.

Morgan Blumberg mise sur les industries « sleepy » ou legacy où l’IA peut créer un changement d’échelle majeur avec peu de concurrence : secteurs complexes, clients peu courtisés par les tech founders classiques. Il reste également très bullish sur l’infrastructure des modèles fondateurs, l’embodied AI et les world models, ainsi que sur la santé (systèmes de record plutôt que point solutions).

Allen Taylor fait figure d’exception : il affirme que les meilleurs retours risk-adjusted ne se trouvent plus dans la Silicon Valley. Il cite la Pologne, la Turquie, la Grèce, mais surtout l’Amérique latine, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud. Plus de la moitié des licornes et des dollars VC sont déjà hors États-Unis.

The best risk-adjusted venture returns are not in Silicon Valley anymore.

– Allen Taylor, Managing Partner, Endeavor Catalyst

Dorothy Chang de Flybridge Capital cherche des idées massives portées par des fondateurs avec un avantage propriétaire clair (données exclusives, réseau unique, insight contrarian, avantage technologique). Shamillah Bankiya de Dawn Capital voit le prochain gros cycle à l’intersection software × hardware, là où se trouve encore l’essentiel du PIB mondial.

Le retour tant attendu des IPO… ou pas ?

Presque tous les investisseurs interrogés anticipent une réouverture du marché IPO en 2026, mais pour des raisons différentes.

James Norman explique que le private market est en train d’atteindre ses limites : valorisations déconnectées, absence de liquidité, recours massif au private credit comme solution temporaire. À un moment, il faudra bien une soupape. Les leaders de catégorie pourraient ouvrir la voie et créer un effet d’entraînement.

Morgan Blumberg mise sur l’effet locomotive : un ou deux méga-IPO (Anthropic, OpenAI…) pourraient relancer toute la machine.

Allen Taylor est le plus optimiste : il prévoit une année exceptionnelle à New York, mais aussi des IPO tech dans des endroits inattendus comme l’Arabie Saoudite (Tadawul). Il cite l’exemple de Tabby en BNPL comme symbole d’un basculement géographique.

Shamillah Bankiya reste prudente : sans catalyseur fort (hausse brutale des coûts énergétiques pour l’IA par exemple), le dégel pourrait être plus lent.

L’IA en 2026 : de l’engouement à la maturité

L’intérêt pour l’IA ne faiblit pas, mais il mute. James Norman parle de la fin de l’ère « ChatGPT-first » : plus aucun modèle n’est systématiquement le meilleur partout. Les meilleurs fondateurs passent à une architecture multi-modèles et se concentrent sur des workflows propriétaires.

Morgan Blumberg anticipe une concentration : consolidations, acqui-hires et fermetures dans les verticales sur-chauffées (coding, sales, marketing automation). Les entreprises vont réduire leur dépendance aux gros LLM au profit de petits modèles plus contrôlés, explicables et économiques.

Allen Taylor va jusqu’à prédire que fin 2026, « AI » ne sera plus une catégorie à part : ce sera simplement un ingrédient présent dans quasiment toute nouvelle entreprise tech.

By the end of 2026, I predict AI will stop being a separate category.

– Allen Taylor

Les surprises possibles ? Dorothy Chang mise sur une explosion de la valeur applicative après des années d’investissements massifs dans l’infrastructure. Shamillah Bankiya redoute un choc énergétique ou une crise de la dette qui viendrait brutalement refroidir l’écosystème.

Ce qui pourrait vraiment surprendre en 2026

Voici quelques scénarios jugés probables mais sous-estimés par une large partie de l’écosystème :

  • Explosion du nombre de startups rentables après seulement 1 ou 2 tours grâce aux outils IA de productivité
  • Renaissance ukrainienne post-conflit avec une vague de founders exceptionnels
  • Premières IPO tech majeures listées localement au Moyen-Orient (ex. Arabie Saoudite)
  • Passage rapide à un monde multi-LLM où l’orchestration devient le vrai différenciateur
  • Arrivée massive de Latam et MEA sur les marchés publics américains

2026 ne sera pas une promenade de santé. Mais pour les entrepreneurs capables de prouver de la traction réelle, un avantage compétitif durable et une vision claire à 24 mois, les conditions sont en train de redevenir extrêmement favorables. Le tri se fait maintenant. Les meilleurs en sortiront plus forts que jamais.

Et vous, quelles sont les tendances que vous anticipez pour votre propre activité en 2026 ?

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MondeTech.fr

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