Imaginez passer plus de six heures par jour les yeux rivés sur un écran, que ce soit pour travailler, scroller sur les réseaux ou binge-watcher votre série préférée. Aujourd’hui, c’est le quotidien de millions de professionnels, entrepreneurs et créateurs de contenu. Résultat : yeux secs, maux de tête récurrents, vision floue en fin de journée… et une dépendance croissante aux lunettes de lecture bien avant l’âge. Face à cette explosion de la fatigue oculaire digitale, une startup sud-coréenne nommée Edenlux arrive avec une proposition radicale : ne plus subir, mais entraîner activement ses yeux pour les renforcer. Et elle choisit précisément le marché américain pour son prochain coup d’éclat.
Dans un monde où le temps d’écran moyen dépasse largement les trois heures quotidiennes sur smartphone seul (et grimpe facilement à huit heures cumulées tous écrans confondus), les problèmes de santé visuelle ne sont plus une anecdote médicale : ils deviennent un enjeu business majeur. Les entreprises de la tech wellness flairent le filon, et Edenlux compte bien s’imposer comme le leader hardware de la catégorie « eye health ».
Un parcours personnel à l’origine d’une innovation disruptive
Tout commence avec l’histoire de Sungyong Park, médecin militaire devenu CEO d’Edenlux. Lors de son service, une injection médicale anodine destinée à soulager une raideur cervicale provoque chez lui une paralysie temporaire des muscles oculaires responsables de l’accommodation. Les spécialistes sont clairs : il faut attendre que ça passe. Mais Park refuse la passivité. Il importe du matériel ophtalmologique spécialisé et entame lui-même une rééducation intensive de ses muscles oculaires. Résultat ? Sa vision revient progressivement. Cette expérience transforme radicalement sa vision (sans jeu de mots) de la santé oculaire : il comprend que les muscles de l’œil, comme n’importe quel muscle du corps, peuvent être entraînés et renforcés.
De là naît l’ambition de créer des dispositifs accessibles au grand public, capables d’aider les utilisateurs intensifs d’écrans à retrouver confort et performance visuelle sans passer par des traitements lourds.
« Quand on est jeune, le muscle ciliaire est puissant et permet une mise au point parfaite. Mais l’usage constant du smartphone le maintient en contraction permanente, ce qui finit par l’affaiblir et générer fatigue, sécheresse et troubles de la vision. »
– Sungyong Park, fondateur et CEO d’Edenlux
Eyeary : le successeur intelligent et portable d’Otus
Après le succès d’Otus, lancé en 2022 en Corée du Sud, à Singapour, au Japon et à Taïwan, Edenlux prépare son entrée fracassante sur le marché américain avec Eyeary. Prévu pour un lancement sur Indiegogo fin mars 2026, ce nouveau dispositif change radicalement de format.
Contrairement à Otus, qui ressemblait à un casque VR assez imposant, Eyeary adopte l’apparence de lunettes classiques : légères, discrètes, confortables pour un port quotidien. Le cœur de la technologie repose sur un système de lentilles ultra-précis comportant 144 points focaux (contre seulement 5 dioptries pour Otus). Cette finesse permet un entraînement bien plus ciblé du muscle ciliaire, muscle clé de l’accommodation visuelle.
Le résultat promis est impressionnant : là où Otus demandait en moyenne 12 mois pour réduire significativement la dépendance aux lunettes de lecture, Eyeary ambitionne de diviser ce délai par deux, autour de six mois seulement. Une accélération rendue possible par l’intégration d’une application mobile connectée en Bluetooth, qui collecte les données d’utilisation et les envoie sur les serveurs d’Edenlux.
- Analyse IA des profils utilisateurs (âge, genre, niveau de vision initial)
- Prédiction personnalisée des progrès
- Programmes d’entraînement sur-mesure évolutifs
Un modèle économique inspiré des leaders du wearable wellness
Edenlux se positionne clairement dans la lignée des acteurs comme Oura Ring : hardware premium + collecte de données + insights actionnables + abonnement logiciel pour débloquer les fonctionnalités avancées. Mais là où Oura cible le sommeil et la récupération cardiaque, Edenlux fait le pari de la santé visuelle et auditive à l’ère du tout-digital.
La société dispose déjà d’une trésorerie solide : après une Série A de 39 millions de dollars en 2020 et une Série B de 60 millions en 2022, elle a préféré autofinancer le lancement US via Indiegogo plutôt que de diluer davantage son capital. Une stratégie rare dans l’écosystème startup actuel, qui montre une vraie confiance dans le produit et dans la traction organique.
Otus a déjà généré 10 millions de dollars de revenus cumulés en Asie. Eyeary vise clairement un multiple supérieur grâce à un positionnement plus accessible et un marché américain beaucoup plus vaste.
Une gamme complète pour dominer le futur de l’eye-tech
Edenlux ne s’arrête pas à un seul produit. La roadmap inclut une véritable suite de solutions dédiées :
- Eyeary et Otus → récupération visuelle générale
- Tearmore → lutte contre la sécheresse oculaire
- Lux-S → correction du strabisme
- Lumia → prévention de la myopie (surtout chez les jeunes)
- Heary → récupération auditive (contre les effets des écouteurs)
Cette approche multi-produits rappelle les stratégies gagnantes des licornes du hardware santé : couvrir plusieurs segments de douleur pour maximiser la LTV (Lifetime Value) client et créer des barrières à l’entrée via un écosystème de données propriétaire.
Stratégie US : assemblage local et partenariats géants
Pour réussir son implantation américaine, Edenlux a créé une filiale à Dallas, Texas, où se fera l’assemblage final des dispositifs. Une décision qui permet de jouer la carte « Made in USA » pour une partie de la production, tout en profitant des coûts compétitifs coréens pour les composants clés.
Mais le vrai coup stratégique réside dans les discussions en cours avec des géants comme Apple et Samsung. L’idée ? Intégrer la technologie de protection et d’entraînement visuel directement dans les smartphones et lunettes connectées du futur. Si un tel partenariat voit le jour, Edenlux pourrait passer du statut de startup prometteuse à celui d’acteur incontournable du « digital eye care ».
Pourquoi c’est un signal fort pour les entrepreneurs tech et marketers
Pour les fondateurs et marketeurs qui nous lisent, l’histoire d’Edenlux est riche d’enseignements :
- Partir d’une douleur personnelle ultra-spécifique peut créer un avantage compétitif énorme (founder-market fit ultime)
- Le choix du crowdfunding plutôt que d’une nouvelle levée prouve qu’on peut scaler sans diluer quand le product-market fit est validé
- La combinaison hardware + IA + abonnement logiciel reste l’une des formules les plus puissantes pour créer des revenus récurrents dans le consumer tech
- La santé visuelle devient un vertical à part entière, parallèle au sleep tech ou au posture tracking
Alors que les VC continuent de parler d’IA générative et de blockchain, des marchés comme le wellness oculaire grandissent en silence mais sûrement, portés par des tendances irréversibles : vieillissement de la population active, explosion du remote work, usage massif des écrans chez les enfants et adolescents.
Vers une nouvelle catégorie : l’eye-tech grand public
Longtemps réservée aux ophtalmologistes et aux cas pathologiques, la rééducation visuelle sort aujourd’hui des cabinets médicaux pour s’inviter dans le quotidien. Edenlux n’est probablement que le premier acteur visible d’une vague plus large. Demain, il est probable que nos smartphones intègrent nativement des modes « eye recovery », que nos lunettes AR proposent des sessions d’entraînement automatique, et que les assurances santé commencent à rembourser partiellement ce type de dispositifs préventifs.
Pour les entrepreneurs qui lisent ces lignes : si vous cherchez le prochain gros marché sous-estimé à la croisée de la santé, de l’IA et du hardware consumer, surveillez de près ce qui se passe du côté de l’eye-tech. Edenlux vient de planter le drapeau.
Et vous, comment gérez-vous votre propre fatigue oculaire au quotidien ? Partagez vos astuces en commentaire.







