Commonwealth Fusion Installe Aimant Et S’Allie À Nvidia

L’énergie de fusion nucléaire est sur le point de transformer radicalement notre approvisionnement énergétique mondial, et une startup américaine vient de franchir une étape cruciale qui pourrait accélérer ce futur tant attendu.

Imaginez un monde où l’énergie est abondante, propre, quasi illimitée et sans les déchets radioactifs problématiques des réacteurs fission actuels. C’est la promesse de la fusion nucléaire, une technologie qui fascine les scientifiques depuis des décennies mais qui semblait toujours reculer de quelques années. Pourtant, en ce début 2026, les annonces se multiplient et les investissements affluent. Parmi les acteurs les plus en vue, Commonwealth Fusion Systems (CFS) vient de marquer un point décisif : l’installation du premier aimant de son réacteur démonstrateur SPARC, couplée à un partenariat stratégique avec Nvidia et Siemens. Pour les entrepreneurs tech, les investisseurs en deeptech et les passionnés d’IA et de climate tech, cette nouvelle n’est pas seulement une avancée scientifique : c’est un signal fort que les technologies disruptives convergent pour résoudre l’un des plus grands défis de notre époque.

Une avancée concrète sur le réacteur SPARC

Commonwealth Fusion Systems, spin-off du MIT et l’une des startups fusion les mieux financées au monde, a annoncé lors du CES 2026 l’installation réussie du premier des 18 aimants toroïdaux qui composeront le cœur de SPARC. Ce réacteur tokamak de démonstration vise à prouver la viabilité technique de la fusion nette positive d’ici 2027 environ.

Ces aimants, développés en interne, sont révolutionnaires. Chacun pèse environ 24 tonnes et génère un champ magnétique de 20 teslas – soit près de 13 fois plus puissant qu’un IRM médical classique. Cette intensité exceptionnelle permet de confiner un plasma à plus de 100 millions de degrés Celsius dans un volume beaucoup plus compact que les tokamaks traditionnels comme ITER.

Grâce à des supraconducteurs haute température, ces aimants fonctionnent à -253 °C tout en supportant plus de 30 000 ampères. Bob Mumgaard, co-fondateur et CEO de CFS, compare leur puissance à celle nécessaire pour soulever un porte-avions. L’installation progressive des 18 aimants est prévue tout au long de la première moitié de 2026, avec un assemblage accéléré : « bang, bang, bang », comme l’a décrit Mumgaard avec enthousiasme.

« Ce sera bang, bang, bang tout au long de la première moitié de cette année alors que nous assemblons cette technologie révolutionnaire. »

– Bob Mumgaard, CEO de Commonwealth Fusion Systems

Le cryostat – une structure circulaire en acier inoxydable de 75 tonnes et 24 pieds de diamètre – a été positionné dès mars 2025. Les aimants en forme de D s’assemblent verticalement autour de cette base pour créer le fameux tore qui confine le plasma. Cette étape marque le passage d’une phase de R&D intense à une construction physique massive. Les implications pour la scalabilité sont énormes : des réacteurs plus petits signifient des coûts de construction réduits et une déploiement plus rapide.

Dans le détail, chaque aimant est composé de câbles supraconducteurs enroulés avec précision, refroidis par hélium liquide pour atteindre la supraconductivité. Le design compact de CFS, basé sur des avancées du MIT en REBCO (rare-earth barium copper oxide), permet ce saut technologique. C’est ce qui distingue CFS de projets plus traditionnels et plus lents comme ITER.

Le rôle crucial de l’IA et des jumeaux numériques dans l’accélération

Parallèlement à cette avancée hardware, CFS a dévoilé un partenariat majeur avec Nvidia et Siemens pour créer un jumeau numérique complet de SPARC. Ce digital twin intègre des données de conception Siemens Xcelerator, des simulations physiques classiques et des modèles IA propulsés par les bibliothèques Omniverse de Nvidia et le framework OpenUSD.

Pourquoi est-ce si stratégique pour une startup ? Historiquement, les simulations de fusion étaient isolées et fragmentées. Désormais, le jumeau numérique fonctionnera en parallèle avec la machine physique, permettant des comparaisons en temps réel, des tests de paramètres virtuels et une réduction drastique des itérations coûteuses. On parle de compresser des années d’expériences manuelles en semaines de virtualisation.

Mumgaard insiste sur l’impact : les expériences virtuelles deviendront aussi précises que les réelles, accélérant l’apprentissage par un facteur majeur. Dans un secteur où chaque test physique coûte des dizaines de millions, l’IA devient un levier compétitif décisif. Les données collectées pendant la construction et les premiers tests alimenteront en continu le modèle, créant une boucle d’amélioration perpétuelle.

« Ces simulations ne seront plus isolées pour la conception seulement. Elles accompagneront la machine physique tout du long, et nous comparerons constamment les deux pour apprendre plus vite. »

– Bob Mumgaard, CEO de CFS

Pour les entrepreneurs en IA et les investisseurs SaaS/deeptech, ce cas illustre parfaitement comment les grands modèles et les plateformes de simulation (comme Omniverse) s’invitent dans les industries lourdes pour compresser les timelines de plusieurs années. C’est aussi une validation que l’IA n’est plus seulement un outil marketing mais un accélérateur industriel concret.

Un financement massif et une course à la commercialisation

CFS n’en est pas à son premier tour de table impressionnant. La société a levé près de 3 milliards de dollars au total, dont un tour de 863 millions en Série B2 en août 2025, avec Nvidia, Google et une trentaine d’autres investisseurs de poids. Cet argent finance SPARC, mais aussi ARC – la première centrale commerciale prévue pour les années 2030, avec une puissance de plusieurs centaines de MW.

Le coût d’ARC est estimé à plusieurs milliards supplémentaires, mais CFS parie sur la scalabilité : des aimants plus forts = réacteurs plus petits et moins chers. Si SPARC réussit, la fusion pourrait ressembler enfin à une centrale classique, sans les intermittences du solaire/éolien ni les déchets de la fission. L’objectif est de produire des électrons sur le réseau dès le début des années 2030.

  • Levée totale CFS : environ 3 milliards $
  • Dernier tour (2025) : 863 M$ avec Nvidia, Google, etc.
  • Objectif SPARC : démonstration nette positive ~2027
  • ARC : première centrale commerciale début 2030s, plusieurs GW cumulés visés à terme

Dans un contexte où l’IA consomme des quantités folles d’électricité (data centers projetés à +8-10% de la demande US d’ici 2030), la fusion attire les Big Tech comme jamais. Nvidia n’investit pas seulement pour la philanthropie : l’énergie illimitée est le carburant ultime pour les data centers de demain. Google aussi, via DeepMind, collabore sur des aspects optimisation plasma.

Les implications business pour les startups et investisseurs

Pour l’écosystème startup français et international, cette actualité envoie plusieurs signaux forts :

  • Convergence IA + énergie : les outils Nvidia (Omniverse, CUDA, etc.) deviennent incontournables même hors software pur. Les startups deeptech doivent intégrer l’IA dès la conception pour rester compétitives.
  • Climate tech attire les capitaux massifs : après les levées records en fusion (plus de 10 milliards cumulés pour le secteur), attendez-vous à plus de deals XXL en 2026-2027, surtout avec la pression réglementaire carbone.
  • Opportunités B2B : fournisseurs de simulation, capteurs IoT, matériaux avancés, logiciels de gestion de données massives… tout l’écosystème autour de la fusion va exploser. C’est le moment de pivoter ou de lancer des side-projects.
  • Risque et récompense : la fusion reste risquée (délais, coûts techniques), mais les early movers comme CFS captent des valorisations folles et des contrats PPA (power purchase agreements) précoces.

Les entrepreneurs en énergie ou IA devraient surveiller de près les prochains milestones de SPARC : premiers plasmas, premiers tests haute puissance, puis les résultats nets d’énergie. Chaque succès validera des business models entiers et ouvrira des marchés colossaux.

La course à la fusion en 2026 : où en sont les concurrents ?

CFS n’est pas seul sur la piste. Helion (soutenu par Sam Altman) vise l’électricité en 2028 avec un contrat Microsoft déjà signé. Type One Energy (Bill Gates) lève en continu pour des stellarators. General Fusion traverse des turbulences mais persévère avec une approche pistons. Inertia Enterprises vient de lever 450 M$ pour des lasers ultra-puissants. Avalanche mise sur des réacteurs de bureau pour des applications niche (satellites, drones).

La plupart visent les années 2030 pour les premières centrales. Mais SPARC, avec ses aimants high-tech et son jumeau numérique IA, semble en pole position pour la démonstration scientifique décisive. Le secteur a levé plus de 10 milliards au total, signe que les VC croient au tipping point imminent.

Vers un futur énergétique disruptif pour le business

Si la fusion commerciale arrive dans les années 2030, elle pourrait résoudre la quadrature du cercle énergétique : décarbonation massive, indépendance géopolitique, alimentation illimitée des data centers IA, relocalisation industrielle massive. Pour les marketeurs, entrepreneurs et investisseurs tech, c’est l’opportunité de positionner leurs produits sur la vague « énergie du futur » : green marketing 2.0, nouveaux usages IA énergivores, chaînes d’approvisionnement réinventées.

Restez connectés : 2026-2027 sera déterminant. Commonwealth Fusion Systems montre que la science-fiction d’hier devient l’actualité business d’aujourd’hui, et que l’alliance hardware + IA est la clé des disruptions massives à venir.

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