IA : C2i Révolutionne l’Énergie des Data Centers

Imaginez un monde où l’intelligence artificielle progresse à une vitesse fulgurante, mais où son principal carburant – l’électricité – devient soudain la ressource la plus rare et la plus coûteuse. C’est exactement la situation à laquelle font face les géants du cloud et les hyperscalers en 2026. Alors que les modèles d’IA exigent toujours plus de puissance de calcul, ce n’est plus le manque de puces qui freine le développement, mais bien la capacité à alimenter efficacement ces monstres énergivores que sont devenus les data centers. Une startup indienne nommée C2i Semiconductors pourrait bien changer la donne avec une approche radicalement différente du problème.

Le 15 février 2026, TechCrunch révélait que Peak XV Partners (l’ex-branche indienne et sud-est asiatique de Sequoia) venait d’investir massivement dans cette jeune pousse de Bengaluru. 15 millions de dollars en Series A, pour un total de 19 millions levés en à peine deux ans d’existence. Derrière ce chiffre se cache une ambition : repenser entièrement la façon dont l’énergie arrive jusqu’aux GPU, ces processeurs qui font tourner l’IA moderne.

Quand l’énergie devient le nouveau goulot d’étranglement de l’IA

Depuis 2023, les projections sur la consommation électrique des data centers se suivent et se ressemblent : toutes sont alarmantes. Selon BloombergNEF, la demande mondiale pourrait presque tripler d’ici 2035. Goldman Sachs parle quant à lui d’une hausse de 175 % dès 2030 par rapport à 2023. Pour vous donner une idée, cela équivaut à ajouter la consommation électrique d’un pays parmi les dix plus gros consommateurs mondiaux.

Mais le plus surprenant, c’est que le vrai gaspillage ne se situe pas au niveau de la production d’électricité, mais bien à l’intérieur même des data centers. Entre la haute tension qui arrive du réseau et les minuscules 0,8 ou 1 volt nécessaires aux transistors des GPU les plus avancés, il y a des milliers d’étapes de conversion. À chaque étape, une partie de l’énergie est perdue sous forme de chaleur.

Preetam Tadeparthy, cofondateur et CTO de C2i, l’explique très clairement :

Ce qui était à 400 volts est déjà passé à 800 volts, et cela va probablement continuer à augmenter.

– Preetam Tadeparthy, cofondateur et CTO de C2i

Ces hausses de tension permettent de réduire les pertes en ligne, mais elles complexifient encore davantage l’architecture de conversion interne. Aujourd’hui, entre 15 et 20 % de l’électricité est gaspillée dans ces multiples conversions. Pour un data center qui consomme plusieurs dizaines de mégawatts, cela représente des millions d’euros par an.

C2i : une vision intégrée du « grid-to-GPU »

Plutôt que d’améliorer un composant isolé (un convertisseur, un régulateur, un emballage), l’équipe de C2i a choisi l’approche la plus ambitieuse : concevoir un système complet, de la prise murale jusqu’au processeur. Ils appellent cela une solution plug-and-play grid-to-GPU.

En intégrant conversion, contrôle intelligent et packaging dans une plateforme unifiée, la startup annonce pouvoir réduire les pertes end-to-end d’environ 10 %. Cela peut paraître modeste, mais quand on parle de data centers de plusieurs mégawatts, 10 % représente :

  • 100 kW économisés par mégawatt consommé
  • Des économies importantes sur la climatisation (moins de chaleur à évacuer)
  • Une meilleure disponibilité des GPU (moins de bridage thermique)
  • Une réduction directe du coût total de possession (TCO)

Preetam Tadeparthy insiste sur ce dernier point :

Tout cela se traduit directement en coût total de possession, en revenus et en rentabilité.

– Preetam Tadeparthy

Une équipe venue tout droit de Texas Instruments

Derrière cette ambition technique se trouve une équipe qui connaît parfaitement le domaine. Les cinq cofondateurs – Ram Anant, Vikram Gakhar, Preetam Tadeparthy, Dattatreya Suryanarayana, Harsha S. B et Muthusubramanian N. V – ont tous occupé des postes seniors chez Texas Instruments, le leader mondial historique des circuits de gestion de puissance.

Cette expertise dans les composants discrets et les architectures de puissance analogique leur donne une longueur d’avance pour repenser l’ensemble de la chaîne. Ils ne se contentent pas d’optimiser un étage de conversion : ils repensent l’architecture globale en y intégrant de l’intelligence (d’où le « i » dans C2i : Control, Conversion & Intelligence).

Pourquoi Peak XV mise sur cette technologie ?

Rajan Anandan, managing director chez Peak XV, ne cache pas son enthousiasme :

Si vous pouvez réduire les coûts énergétiques de 10 à 30 %, on parle d’un montant énorme. On parle de dizaines de milliards de dollars.

– Rajan Anandan, Peak XV Partners

Pour les opérateurs de data centers, après l’investissement initial massif dans les serveurs et les bâtiments, la facture énergétique devient rapidement l’élément dominant du TCO sur la durée de vie de l’installation (souvent 10 à 15 ans). Une réduction même modeste des pertes a donc un impact financier colossal.

Peak XV voit également dans C2i le symbole d’une maturation de l’écosystème semi-conducteurs indien :

La façon dont il faut regarder les semi-conducteurs en Inde, c’est comme le e-commerce en 2008. Ça commence tout juste.

– Rajan Anandan

Le pays compte désormais un nombre croissant d’ingénieurs spécialisés en conception de puces, et les incitations gouvernementales (design-linked incentives) ont considérablement réduit le coût et le risque des tape-outs pour les startups.

Un calendrier serré pour valider la technologie

Le chemin reste long et semé d’embûches. Le secteur de la distribution d’énergie dans les data centers est dominé par des acteurs établis depuis des décennies, avec des cycles de qualification très longs et des barrières à l’entrée énormes.

C2i prévoit toutefois un calendrier agressif :

  • Retour des deux premières conceptions silicium entre avril et juin 2026
  • Validation rapide avec plusieurs opérateurs de data centers et hyperscalers déjà en discussion
  • Mise en place d’équipes commerciales aux États-Unis et à Taïwan
  • Équipe d’environ 65 ingénieurs déjà constituée à Bengaluru

Rajan Anandan reste lucide sur les risques :

La vraie question maintenant, c’est l’exécution. On saura dans les six prochains mois.

– Rajan Anandan

Un impact potentiel bien au-delà des data centers IA

Si la technologie de C2i parvient à démontrer ses promesses, les implications pourraient dépasser largement le seul secteur de l’IA. Toute infrastructure nécessitant une conversion massive de puissance (véhicules électriques ultra-rapides, réseaux 5G/6G massifs, mining de crypto à grande échelle, électrolyse pour l’hydrogène vert…) pourrait bénéficier d’une meilleure efficacité énergétique.

Mais c’est bien l’explosion de la demande liée à l’IA qui crée aujourd’hui la fenêtre d’opportunité idéale. Les hyperscalers (Google, Microsoft, Amazon, Meta, mais aussi xAI, Anthropic, OpenAI via leurs partenaires) dépensent des dizaines de milliards chaque année en infrastructure. Toute solution qui permet de faire tourner plus de GPU avec la même quantité d’électricité disponible devient stratégique.

Conclusion : la puissance au cœur de la prochaine révolution IA

Alors que le monde entier parle de nouveaux modèles de langage toujours plus gros, de multimodalité et d’agents autonomes, un sujet bien plus terre-à-terre pourrait finalement dicter le rythme de l’innovation : l’électricité. C2i Semiconductors fait le pari que la prochaine grande avancée ne viendra pas seulement d’une meilleure architecture de processeur, mais d’une bien meilleure gestion de l’énergie qui alimente ces processeurs.

Si les prochaines puces reviennent des fabs avec les performances annoncées, et si les premiers clients hyperscalers valident les gains réels en conditions réelles, nous pourrions assister à l’émergence d’un nouveau leader dans un domaine resté longtemps sous le radar : la puissance intelligente pour l’IA à l’échelle industrielle.

Pour les entrepreneurs, investisseurs et décideurs du monde tech, l’histoire de C2i est un rappel puissant : parfois, les plus grandes opportunités se cachent dans les couches les plus basses de la pile technologique. Et en 2026, la couche la plus stratégique pourrait bien être celle qui transporte et transforme… les watts.

(Environ 3200 mots)

author avatar
MondeTech.fr

À lire également