Salesforce Défie le SaaSpocalypse avec l’IA

Imaginez un instant : le monde du logiciel d’entreprise, pilier incontesté de la productivité depuis plus de vingt ans, se retrouve soudain menacé par ses propres enfants numériques. Les agents IA, ces entités autonomes capables d’exécuter des tâches complexes sans supervision humaine constante, font trembler les fondations du modèle SaaS traditionnel. On parle de « SaaSpocalypse », un terme qui circule à toute vitesse dans les couloirs de la Silicon Valley et sur les forums d’investisseurs. Pourtant, au cœur de cette tempête, un géant refuse de plier : Salesforce.

Le 25 février 2026, Marc Benioff, charismatique PDG de Salesforce, est monté au créneau lors de la présentation des résultats trimestriels. Avec un mélange d’humour, de provocation et d’une confiance à toute épreuve, il a martelé un message clair : non, ce n’est pas la fin du SaaS, et surtout pas la fin de Salesforce. Bien au contraire, l’intelligence artificielle agentique pourrait bien devenir le carburant qui propulse le géant vers de nouveaux sommets. Décryptage d’une communication maîtrisée et d’une stratégie qui pourrait redéfinir le futur du logiciel d’entreprise.

Le SaaSpocalypse : une peur légitime ou une simple tempête passagère ?

Depuis plusieurs mois, le secteur du logiciel en tant que service subit une pression inédite. Les valorisations chutent, les investisseurs scrutent chaque guidance avec suspicion. La raison principale ? L’émergence d’agents IA capables de remplacer une partie significative du travail réalisé traditionnellement par les suites logicielles payées à la licence ou au siège.

Quand OpenAI dévoile son agent Frontier pour les entreprises, certains y voient le signal d’alarme ultime : pourquoi payer des dizaines de dollars par utilisateur et par mois pour des outils CRM, marketing automation ou service client quand un agent unique pourra orchestrer l’ensemble ? C’est précisément cette crainte que le marché a traduite par le terme évocateur de SaaSpocalypse.

Marc Benioff, loin de nier le phénomène, a choisi de l’embrasser avec une pointe d’ironie :

Vous avez entendu parler du SaaSpocalypse ? Ce n’est pas le premier, et ce ne sera probablement pas le dernier. Nous en avons déjà traversé plusieurs.

– Marc Benioff, PDG de Salesforce

Il enchaîne en affirmant que si apocalypse il y a, elle sera peut-être « dévorée par le Sasquatch » – une métaphore amusante pour désigner la masse considérable d’entreprises qui continuent d’adopter et d’approfondir leur usage du SaaS, rendu encore plus performant grâce aux agents.

Des résultats financiers qui résistent à la tempête

Derrière les punchlines se cachent des chiffres solides. Au quatrième trimestre, Salesforce affiche un chiffre d’affaires de 10,7 milliards de dollars, en hausse de 13 % sur un an. Sur l’ensemble de l’exercice, la barre des 41,5 milliards est franchie, soit +10 % par rapport à l’année précédente. Ces performances intègrent l’acquisition stratégique d’Informatica pour 8 milliards de dollars, qui renforce considérablement les capacités de gestion et d’activation des données.

Le bénéfice net s’élève à 7,46 milliards de dollars. Mais ce qui a particulièrement retenu l’attention des investisseurs, c’est la guidance : entre 45,8 et 46,2 milliards de dollars de revenus attendus pour l’exercice suivant, soit une croissance de 10 à 11 %. Le Remaining Performance Obligation (RPO), indicateur clé des engagements contractuels futurs, dépasse désormais les 72 milliards de dollars.

Pour les marketeurs et les dirigeants de startups qui lisent ces lignes, ces chiffres signifient une chose essentielle : malgré les craintes, les entreprises continuent massivement à signer et à renouveler leurs contrats avec Salesforce. Le géant conserve une avance considérable sur ses concurrents historiques.

Dividendes, rachats d’actions et show clients : Salesforce sort l’artillerie lourde

Face à un marché nerveux, Salesforce n’a pas lésiné sur les signaux positifs :

  • Augmentation du dividende de près de 6 %, à 0,44 $ par action
  • Lancement d’un nouveau programme de rachat d’actions de 50 milliards de dollars
  • Une présentation des résultats transformée en véritable expérience multimédia

Exit le sempiternel défilé de slides financiers. À la place : des interviews filmées avec trois clients emblématiques qui témoignent de la valeur apportée par les nouvelles fonctionnalités agentiques. Parmi eux, le PDG de SharkNinja (électroménager), celui de Wyndham Hotels & Resorts, et – clin d’œil assumé – le patron de SaaStr, la référence médiatique du secteur SaaS.

Tous convergent vers le même constat : les agents Salesforce ne se contentent plus de répondre à des questions, ils réalisent des tâches concrètes, modifient des enregistrements, automatisent des processus métier et génèrent un retour sur investissement mesurable.

Agentic Work Units : la nouvelle métrique qui veut remplacer les tokens

Dans l’univers de l’IA générative, on compte traditionnellement en tokens. Salesforce a décidé d’aller plus loin en introduisant les Agentic Work Units (AWU), une unité censée mesurer le travail réellement accompli par un agent.

Demander à un agent d’écrire un poème, c’est sympa… mais dans l’entreprise, ce qui compte, c’est quand il écrit dans un enregistrement, quand il clôt une opportunité, quand il crée une tâche vérifiable.

– Patrick Stokes, Président et CMO de Salesforce

Le trimestre dernier, Salesforce a traité 19 trillions de tokens – un chiffre impressionnant, même s’il reste modeste comparé aux leaders de l’IA fondationnelle. Mais ce qui compte désormais, c’est la traduction de ces tokens en résultats business tangibles. Les AWU pourraient bien devenir le nouveau standard de mesure dans l’ère agentique.

La bataille des architectures : Salesforce vs OpenAI

L’un des moments les plus intéressants de la présentation a été la projection d’une vision architecturale très claire. Salesforce positionne ses plateformes (CRM, Data Cloud, Einstein, etc.) au centre de l’écosystème, avec les modèles d’IA fondationnels relégués au rôle de moteurs interchangeables et commoditisés en bas de pile.

Cette vision s’oppose frontalement à celle présentée par OpenAI avec Frontier : un agent central orchestrant tout, les systèmes d’enregistrement (dont Salesforce) devenant de simples API en arrière-plan.

Pour les marketeurs, les responsables growth et les fondateurs de SaaS, ce duel d’architectures pose une question stratégique majeure : qui contrôlera la relation client finale ? Celui qui détient les données et le contexte métier (Salesforce) ou celui qui maîtrise le mieux l’orchestration agentique (OpenAI et consorts) ?

Pourquoi les marketeurs et les startups doivent surveiller Salesforce de près

Pour les acteurs du marketing digital, de la tech et des startups, plusieurs enseignements émergent :

  • Les agents IA ne vont pas remplacer les plateformes SaaS historiques, mais les rendre plus intelligentes et plus automatisées
  • La maîtrise des données propriétaires reste un avantage compétitif décisif dans l’ère agentique
  • Les métriques évoluent : exit le simple comptage de tokens, place aux indicateurs de résultats métier concrets
  • Les grands éditeurs SaaS historiques investissent massivement pour rester pertinents
  • Le style de communication de Marc Benioff (provocateur, visuel, storytelling client) reste une masterclass de leadership tech

Les startups qui construisent aujourd’hui des outils autour de l’IA agentique ont donc tout intérêt à réfléchir à leur positionnement : concurrencer frontalement les géants ou chercher à s’intégrer intelligemment dans leur écosystème ?

Conclusion : le SaaS n’est pas mort, il mute

Le message de Salesforce est limpide : l’intelligence artificielle agentique n’est pas une menace existentielle, mais une opportunité de réinvention massive. Le géant du CRM mise sur son immense base installée, sur la qualité de ses données et sur sa capacité à orchestrer des agents métier ultra-spécialisés pour garder une longueur d’avance.

Pour les entrepreneurs, marketeurs et investisseurs qui évoluent dans l’écosystème tech, l’épisode du 25 février 2026 est un rappel utile : les cycles d’innovation se succèdent, les peurs aussi, mais les entreprises capables d’intégrer rapidement les nouvelles vagues technologiques tout en conservant leur cœur de valeur résistent – et souvent prospèrent.

Le SaaSpocalypse ? Peut-être. Mais pour Salesforce, c’est plutôt le début d’un nouveau chapitre intitulé « SaaS 2.0 – ère agentique ».

Et vous, comment positionnez-vous votre entreprise face à la montée des agents IA ?

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MondeTech.fr

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