Imaginez un instant : vous êtes à la tête de l’entreprise qui domine la course à l’intelligence artificielle mondiale, vos modèles consomment des quantités astronomiques d’électricité, et soudain… le réseau électrique local vous dit « stop, on ne peut plus suivre ». C’est exactement le mur contre lequel se heurtent aujourd’hui les géants de la tech. Et si la solution passait par un rachat stratégique à 4,75 milliards de dollars ? C’est le pari audacieux qu’Alphabet, la maison mère de Google, vient de faire avec Intersect Power.
Le 22 décembre 2025, TechCrunch révélait cette opération majeure qui pourrait bien redéfinir la façon dont les entreprises technologiques abordent la problématique énergétique de l’IA. Pour les entrepreneurs, startupers et marketeurs qui suivent de près les transformations du numérique, cette nouvelle est bien plus qu’une simple transaction financière : c’est un signal clair sur l’évolution du paysage compétitif de demain.
Pourquoi l’énergie devient le nouveau pétrole de l’IA
L’explosion des usages d’intelligence artificielle générative depuis 2022-2023 a provoqué un effet domino inattendu : la consommation électrique des data centers explose. Selon plusieurs estimations concordantes, les centres de calcul dédiés à l’entraînement et à l’inférence des grands modèles pourraient représenter jusqu’à 8 % de la consommation électrique mondiale d’ici 2030.
Dans ce contexte, les utilities traditionnelles (les fournisseurs d’électricité locaux) se retrouvent totalement dépassées. Les délais pour raccorder de nouvelles capacités au réseau peuvent atteindre 5 à 10 ans dans certaines régions américaines stratégiques pour la tech (Virginie du Nord, Texas, Arizona, etc.). Pour une entreprise comme Google qui veut ouvrir plusieurs data centers par an, attendre une décennie n’est tout simplement plus une option.
L’accès fiable et prévisible à une énergie abondante et décarbonée est devenu le facteur limitant numéro un du déploiement massif de l’intelligence artificielle.
– Un cadre dirigeant anonyme d’une Big Tech (source : multiples articles spécialisés fin 2025)
Cette citation résume parfaitement l’enjeu stratégique derrière le rachat d’Intersect Power.
Intersect Power : l’arme secrète pour contourner le réseau classique
Intersect Power n’est pas un producteur d’énergie lambda. Cette société développe des data parks nouvelle génération : de véritables parcs industriels mixtes qui combinent :
- de très grandes capacités de production d’énergie solaire et éolienne
- des installations massives de stockage par batteries
- des data centers directement accolés aux sources de production
Cette approche « behind-the-meter » (production et consommation sur le même site) permet de s’affranchir presque totalement des contraintes et des délais du réseau public. On produit l’électricité là où on la consomme, point final.
Les premiers de ces data parks nouvelle génération sont attendus en opération partielle dès fin 2026, avec une montée en puissance progressive jusqu’en 2027. Google devrait être l’utilisateur principal, mais la conception modulaire des sites laisse la porte ouverte à d’autres acteurs de l’IA qui souhaiteraient colocaliser leurs propres serveurs.
De l’investissement minoritaire… au contrôle total
L’histoire entre Alphabet et Intersect Power ne date pas d’hier. Dès décembre 2024, Google et le fonds TPG Rise Climate avaient mené un tour de financement stratégique de 800 M$ dans la société, posant les bases d’un partenariat très étroit avec un objectif affiché : 20 milliards de dollars investis d’ici 2030 dans des projets communs.
Moins d’un an plus tard, Alphabet passe à la vitesse supérieure en rachetant la totalité des activités de développement futur d’Intersect Power pour 4,75 milliards de dollars en cash, plus la reprise de la dette existante. Les actifs opérationnels actuels (projets déjà en exploitation) seront quant à eux repris par d’autres investisseurs et maintenus en entité séparée.
Cette distinction est importante : Alphabet ne cherche pas à devenir un producteur d’énergie « classique », mais bien à sécuriser un pipeline de nouvelles capacités exclusivement dédiées à ses besoins futurs en IA et cloud.
Les implications stratégiques pour l’écosystème tech & startups
Ce mouvement d’ampleur n’est pas isolé. On observe depuis 18 mois une véritable course à la sécurisation énergétique chez tous les acteurs majeurs :
- Microsoft multiplie les accords nucléaires (redémarrage de Three Mile Island, deals avec Constellation, SMR avec Helion)
- Amazon investit massivement dans l’éolien offshore et signe des PPA (Power Purchase Agreements) records
- Meta explore aussi bien le solaire que le petit nucléaire modulaire
- xAI (Elon Musk) communique sur des projets énergétiques très ambitieux au Texas
Pour les startups qui développent des modèles d’IA gourmands, la question énergétique devient progressivement aussi critique que la question des puces GPU. À moyen terme, on peut imaginer trois scénarios principaux :
1. Le scénario « hyperscalers only » : seuls les géants qui contrôlent leur approvisionnement énergétique pourront entraîner les modèles de prochaine génération à très grande échelle.
2. Le scénario « co-location ouverte » : des data parks comme ceux d’Intersect Power deviennent des hubs multi-acteurs où plusieurs entreprises louent de la puissance de calcul + énergie sur le même site.
3. Le scénario « fragmentation » : apparition de nouveaux acteurs spécialisés dans l’énergie+calcul qui deviendraient les « nouveaux AWS » de l’ère post-2025.
Quel impact sur les coûts d’inférence et la compétitivité ?
L’un des grands enseignements de cette opération, c’est que le coût réel de l’IA ne se limite plus aux seules puces et aux data centers. L’énergie devient progressivement le deuxième voire le premier poste de coût pour les modèles les plus intensifs.
En sécurisant sa propre production à un prix potentiellement plus compétitif et plus stable que les tarifs du réseau, Google pourrait creuser l’écart avec les acteurs moins bien positionnés sur ce sujet. À l’inverse, les entreprises capables de proposer des modèles très performants avec une consommation énergétique plus raisonnable pourraient trouver une nouvelle fenêtre de tir.
Et la France / l’Europe dans tout ça ?
En Europe, et particulièrement en France, le sujet énergétique est encore plus sensible. D’un côté nous avons un mix décarboné très favorable (nucléaire + renouvelables), de l’autre des tensions récurrentes sur le réseau, des prix de l’électricité très volatils depuis 2022 et des délais de raccordement parfois très longs pour les très gros consommateurs.
Pour l’instant, aucun acteur européen n’a annoncé de stratégie aussi offensive que celle d’Alphabet. Certains observateurs estiment pourtant que des rapprochements entre énergéticiens historiques (EDF, Engie, TotalEnergies…) et pure players IA/cloud pourraient émerger dans les 24 prochains mois.
Conclusion : la nouvelle frontière de la compétition IA est énergétique
Le rachat d’Intersect Power par Alphabet pour près de 5 milliards de dollars n’est pas seulement une acquisition supplémentaire dans le portefeuille du géant de Mountain View. C’est une déclaration de guerre sur le terrain de l’énergie, nouveau champ de bataille stratégique de l’intelligence artificielle.
Pour les entrepreneurs tech, investisseurs et marketeurs, le message est limpide : dans la course à l’IA de demain, celui qui maîtrisera sa chaîne énergétique aura un avantage structurel durable. Les data centers ne sont plus seulement des bâtiments remplis de serveurs… ce sont désormais des centrales électriques déguisées.
Et vous, comment anticipez-vous cette nouvelle donne énergétique dans votre stratégie IA et numérique pour 2026-2030 ?







