Imaginez un ours en peluche qui parle vraiment à votre enfant, répond à ses questions les plus innocentes, lui raconte des histoires… mais qui, en quelques prompts habiles, se met à discuter de sujets totalement inappropriés. Cette scène, qui semblait relever de la science-fiction il y a encore peu, est déjà une réalité sur le marché des jouets connectés. Et c’est précisément pour contrer ce genre de dérives que la Californie envisage une mesure radicale : une interdiction temporaire de quatre ans sur la vente et la fabrication de jouets intégrant des chatbots IA pour les mineurs de moins de 18 ans.
Le 6 janvier 2026, le sénateur démocrate Steve Padilla a déposé le projet de loi SB 867, une initiative qui fait déjà débat dans les milieux technologiques, marketing et startup. Pour les entrepreneurs du secteur IA, les fabricants de jouets et les spécialistes du marketing digital, cette proposition n’est pas anodine : elle pourrait redessiner les contours d’un marché en pleine explosion tout en posant des questions cruciales sur la responsabilité des entreprises face aux publics vulnérables.
Pourquoi une telle mesure choc en Californie ?
La Californie n’est pas novice en matière de régulation technologique. État pionnier sur la protection des données (CCPA), sur la transparence algorithmique et sur les deepfakes, elle reste l’épicentre mondial de l’innovation. Mais quand il s’agit d’enfants, la balance penche nettement du côté de la prudence. Le texte SB 867 vise explicitement à accorder un répit de quatre années aux autorités de régulation pour élaborer des normes solides avant que ces produits ne se généralisent.
« Nos enfants ne peuvent pas servir de cobayes aux expérimentations de Big Tech », a martelé le sénateur Padilla. Cette phrase résume parfaitement l’état d’esprit actuel : on ne peut plus laisser l’innovation courir plus vite que la sécurité.
« Les chatbots et autres outils IA pourraient devenir partie intégrante de nos vies à l’avenir, mais les dangers qu’ils représentent aujourd’hui exigent des mesures audacieuses pour protéger nos enfants. »
– Sénateur Steve Padilla (D-CA)
Cette prise de position intervient dans un contexte national tendu. Fin 2025, le président Trump a signé un décret enjoignant les agences fédérales à contester en justice les lois d’État jugées trop restrictives sur l’IA… tout en ménageant explicitement les mesures liées à la sécurité des enfants. Le timing du SB 867 n’est donc pas anodin.
Des incidents déjà documentés qui alertent
Les défenseurs de la proposition s’appuient sur plusieurs cas concrets troublants survenus ces derniers mois :
- Des plaintes déposées par des familles après des suicides d’adolescents ayant entretenu de longues conversations avec des chatbots jugés trop permissifs ou encourageants.
- En novembre 2025, le groupe PIRG Education Fund a démontré qu’un ourson connecté nommé Kumma pouvait très facilement être amené à parler d’allumettes, de couteaux ou de sujets sexuels.
- Le jouet Miiloo (fabriqué par la société chinoise Miriat) a été épinglé par NBC News pour des réponses reflétant parfois les valeurs du Parti communiste chinois.
Ces exemples, bien que limités en volume pour l’instant, suffisent à faire craindre une explosion des incidents si les jouets IA se démocratisent sans garde-fous.
Un marché des jouets IA encore naissant mais stratégique
Si les jouets dotés de véritables capacités conversationnelles basées sur des grands modèles de langage restent rares en 2026, plusieurs signaux montrent que le secteur est sur le point d’exploser :
- Mattel (propriétaire de Barbie) et OpenAI avaient annoncé une collaboration pour un produit « alimenté par IA » prévu initialement en 2025… avant d’annoncer un report sine die.
- Plusieurs startups chinoises et européennes ont déjà lancé des prototypes ou des produits en précommande.
- Les investissements dans les compagnons IA pour enfants augmentent rapidement, portés par la promesse d’un marché éducatif et émotionnel colossal.
Pour les entrepreneurs et marketeurs du secteur, la question est désormais claire : comment continuer à innover tout en anticipant des régulations de plus en plus strictes ?
Les implications business pour les startups IA et jouets connectés
Si le texte est adopté, les conséquences économiques pourraient être importantes :
- Report massif des lancements : toute entreprise qui envisageait de sortir un jouet IA en 2026-2029 devra repenser sa roadmap.
- Avantage concurrentiel pour les acteurs non-US : les fabricants chinois ou européens pourraient capter des parts de marché pendant que le marché américain est gelé.
- Explosion des coûts de conformité : même après 2030, les garde-fous exigés risquent d’être très lourds (modération en temps réel, filtrage strict des prompts, audits indépendants…).
- Nouveau narratif marketing : les marques qui réussiront à se positionner comme « les plus sûres » pourraient transformer la contrainte en avantage compétitif.
Du côté des marketeurs, la période actuelle est idéale pour tester des positionnements autour de la confiance parentale, de la transparence technologique et de l’éthique.
Que peuvent faire les entrepreneurs face à cette vague réglementaire ?
Plutôt que d’attendre passivement, voici quelques pistes stratégiques concrètes pour les fondateurs et CMO du secteur :
- Anticiper les garde-fous techniques : implémenter dès maintenant des systèmes de modération multi-couches (keyword blocking + classifiers LLM + human-in-the-loop pour les cas limites).
- Créer des alliances avec des ONG : travailler avec des associations de protection de l’enfance pour co-construire des standards et gagner en crédibilité.
- Segmenter l’offre : développer des versions « éducatives strictes » sans conversation ouverte, en parallèle de produits plus avancés destinés aux +16 ans par exemple.
- Communiquer pro-activement : publier des rapports de transparence, organiser des webinars parents-experts, montrer que l’entreprise prend le sujet au sérieux.
- Explorer les marchés non concernés : Europe, Asie du Sud-Est, Amérique latine pourraient offrir des fenêtres d’opportunité pendant que les États-Unis sont bloqués.
Ces approches demandent du courage stratégique, mais elles peuvent transformer une menace réglementaire en véritable différenciation durable.
Un précédent qui pourrait essaimer
Si la Californie adopte le SB 867, d’autres États américains (New York, Massachusetts, New Jersey…) pourraient rapidement emboîter le pas. L’Europe, déjà très stricte avec le DSA, le DMA et l’AI Act, observe attentivement. On pourrait donc assister à une forme de course entre juridictions pour établir le standard mondial de sécurité des jouets IA.
Pour les startups qui rêvent d’un unicorn dans le secteur des compagnons IA pour enfants, l’équation est devenue plus complexe : il faudra désormais innover doublement — sur la technologie et sur la sécurité.
Conclusion : entre innovation et responsabilité
Le projet de loi SB 867 n’est pas seulement une mesure de précaution ; il incarne un tournant dans notre rapport collectif à l’intelligence artificielle. Après des années où la vitesse primait sur tout, les décideurs publics semblent désormais prêts à imposer un temps de pause lorsque les enfants sont concernés.
Pour les entrepreneurs, marketeurs et investisseurs du secteur tech, le message est clair : l’innovation sans garde-fous n’est plus tenable. Ceux qui sauront intégrer la sécurité et la confiance dès la conception de leurs produits sortiront renforcés de cette période d’incertitude. Les autres risquent de se retrouver coincés par des barrières réglementaires qu’ils n’auront pas anticipées.
Et vous, que pensez-vous de cette proposition ? Faut-il geler temporairement ce marché ou laisser l’innovation avancer avec des garde-fous progressifs ? Le débat ne fait que commencer.






