Drones Livrent Vos Repas en Finlande : Le Futur

Imaginez commander un burger bien chaud un soir d’hiver à Espoo et le voir arriver en moins de dix minutes… suspendu à une corde sous un drone qui brille dans le ciel nordique. Ce n’est plus de la science-fiction : c’est déjà la réalité quotidienne de centaines de Finlandais. Alors que la plupart des pays européens en sont encore aux tests timides, la Finlande fait voler des repas au-dessus des forêts enneigées. Et derrière cette petite révolution se cache un trio inattendu : une startup irlandaise, une plateforme appartenant à DoorDash et un jeune entrepreneur finlandais visionnaire.

Pourquoi la Finlande est devenue le terrain de jeu idéal des drones

Quand on pense « drone delivery », on visualise souvent des déserts américains ou des mégalopoles asiatiques. Pourtant, c’est dans le froid polaire finlandais que l’une des expériences les plus abouties d’Europe est en train de s’écrire. Plusieurs raisons expliquent ce paradoxe.

D’abord, la réglementation. L’agence finlandaise Traficom fait partie des plus progressistes en Europe pour les vols BVLOS (Beyond Visual Line of Sight). Ensuite, la géographie : les banlieues comme Espoo sont suffisamment denses pour générer de la demande, mais pas assez pour justifier un restaurant tous les 200 mètres. Enfin, les habitants sont ultra-connectés et ouverts aux nouvelles technologies – le pays où est né Nokia, souvenez-vous.

Résultat ? Depuis février 2025, des drones commerciaux livrent burgers, sushis et même courses alimentaires dans la région d’Helsinki. Et les chiffres parlent : déjà plus de 50 000 livraisons réussies par Manna en Irlande, et plusieurs centaines par semaine rien qu’à Espoo.

Les trois mousquetaires finlandais du ciel

Cette success story repose sur une alliance parfaitement huilée entre trois acteurs complémentaires.

Manna, la startup irlandaise fondée en 2018, apporte la technologie drone. Après avoir dominé le marché de Dublin (où elle livre plus vite que 99 % des livreurs humains), elle s’attaque au Grand Nord. Ses appareils supportent vent fort, pluie battante et même neige – testés et approuvés en Irlande, pays pas franchement connu pour son climat méditerranéen.

Wolt (racheté par DoorDash en 2022) fournit l’application, la base clients et surtout son réseau de Wolt Market, ces dark stores qui permettent d’ajouter lait et œufs à sa commande de poke bowl.

Enfin Huuva, la pépite locale fondée par Ville Leppälä. Le concept ? Des cuisines virtuelles qui préparent les recettes de grandes chaînes (Burger King, Fafa’s, etc.) dans des zones sous-desservies. Levée de fonds auprès de General Catalyst en 2022, Huuva mise tout sur la rapidité de livraison pour maintenir la qualité alimentaire.

« Si le drone est disponible, on l’utilise. Point. »

– Ville Leppälä, fondateur de Huuva

Comment ça marche concrètement ?

Vous êtes à Niittari, quartier résidentiel d’Espoo. Il est 18 h 32, il pleut des cordes. Vous commandez sur Wolt un menu chez Huuva. L’application vous indique immédiatement : « Livraison par drone prévue dans 8 minutes ».

Dans la cuisine Huuva, le plat est préparé, placé dans un sac isotherme. Un livreur en scooter électrique (oui, même pour 300 mètres) apporte le sac jusqu’au launchpad partagé avec Wolt Market. Là, l’équipe Manna pèse, équilibre, place dans un sac spécial homologué, attache à la corde biodégradable.

Le drone décolle. Vol à 50-60 mètres d’altitude, vitesse moyenne 80 km/h. À l’arrivée, il descend à 7 mètres, prend une photo du lieu de dépôt, un opérateur humain en Irlande valide, et le paquet descend doucement dans votre jardin ou sur votre balcon.

Température du plat à l’arrivée ? Toujours au-dessus de 60 °C d’après Huuva. Contre parfois à peine 45 °C avec un livreur coincé dans les embouteillages.

Les chiffres qui font rêver tout entrepreneur foodtech

Le nerf de la guerre dans la livraison alimentaire, c’est le coût du dernier kilomètre. Aujourd’hui, un livreur humain coûte entre 5 et 8 € par commande en Europe du Nord. Avec le drone ?

  • Coût cible : environ 1 € par livraison une fois à pleine échelle
  • Temps moyen : 8-12 minutes contre 25-35 minutes en voiture/scooter
  • Capacité : jusqu’à 4,4 lb (2 kg), soit largement un repas familial
  • Possibilité d’envoyer 2 drones simultanément depuis le même pad

Autrement dit, on parle d’une division par 5 à 7 du coût logistique tout en améliorant l’expérience client. Difficile de faire mieux en termes de proposition de valeur.

Et la sécurité dans tout ça ?

Manna met le paquet (sans mauvais jeu de mots) sur la sécurité). Redondance totale des systèmes, parachute de secours, batteries toujours à 100 %, contrôle humain systématique avant largage, sacs résistants certifiés par l’aviation civile… Même en cas de verglas, l’entreprise préfère basculer sur livreur traditionnel plutôt que prendre le moindre risque.

Résultat : zéro incident notable depuis le lancement commercial.

Ce que ça change pour les business models foodtech

Pour une startup comme Huuva, l’impact est colossal :

  • Possibilité d’ouvrir des cuisines dans des zones moins denses sans exploser les coûts de livraison
  • Augmentation du panier moyen (les clients ajoutent plus facilement des desserts ou boissons quand la livraison est ultra-rapide)
  • Réduction massive du taux d’annulation (le plat arrive chaud = client satisfait)
  • Différenciation forte face aux restaurants traditionnels

Et pour Wolt/DoorDash ? C’est une arme stratégique face à Uber Eats ou Just Eat, mais aussi un test grandeur nature avant un éventuel déploiement de leur propre flotte (les rumeurs parlent d’un programme interne + partenariat avec Wing d’Alphabet).

Prochaines étapes : vers une démocratisation européenne ?

Huuva prévoit d’ouvrir un second site à Espoo, cette fois avec le launchpad directement à côté de la cuisine – plus de scooter intermédiaire, le cuisinier passe le sac par la fenêtre. Objectif : descendre sous les 6 minutes porte-à-porte.

Manna, de son côté, vise d’autres villes nordiques puis l’Allemagne et les Pays-Bas où la réglementation évolue rapidement.

Et en France ? On en est encore aux expérimentations très encadrées (Geodis à Sophia-Antipolis, quelques tests en zone rurale). La différence ? Une approche pragmatique finlandaise contre une frilosité réglementaire hexagonale.

Conclusion : le dernier kilomètre vient de changer de dimension

Ce qui se passe aujourd’hui à Espoo n’est pas une anecdote technologique. C’est le premier cas concret en Europe où la livraison par drone devient plus qu’un gadget marketing : elle devient un avantage compétitif décisif.

Pour tous les entrepreneurs foodtech, delivery ou logistique qui nous lisent : le message est clair. Celui qui maîtrisera le dernier kilomètre aérien dans les 24 prochains mois prendra une avance considérable sur ses concurrents.

Et le plus beau dans tout ça ? Votre prochain repas pourrait bien arriver du ciel.

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