Imaginez un instant : vous tapez une question complexe dans votre barre de recherche et obtenez immédiatement une réponse complète, sans avoir besoin de cliquer sur le moindre lien. Cette scène, promise comme l’avenir imminent du web depuis l’arrivée des IA génératives, est-elle vraiment en train de remplacer massivement la bonne vieille recherche Google ? Les données concrètes collectées fin 2025 nous invitent à nuancer fortement ce récit.
Le dernier rapport trimestriel State of Search Q4 2025 publié par Datos, basé sur des milliards d’interactions réelles et non sur des sondages, dessine un paysage plus contrasté et surtout plus réaliste que ce que laissent entendre de nombreux titres sensationnalistes. Entre stabilité impressionnante de certains piliers et signaux discrets mais puissants de transformation, décortiquons ensemble ce que les comportements réels nous apprennent sur l’état de la recherche en ligne à l’aube 2026.
Des données d’observation, pas d’opinion
Ce qui rend ce rapport particulièrement crédible, c’est sa méthodologie. Datos ne demande pas aux gens « combien de fois utilisez-vous ChatGPT ? » ou « préférez-vous les réponses IA ? ». L’entreprise observe ce que font réellement des panels représentatifs d’internautes sur desktop aux États-Unis, en Europe et au Royaume-Uni : chaque saisie, chaque clic (ou absence de clic), chaque navigation post-recherche est tracée de manière anonyme.
Cette approche par les faits bruts permet de dépasser les biais de déclaration et les effets d’annonce. Et le verdict est sans appel : la révolution annoncée est en cours, mais elle avance à une vitesse bien plus mesurée que ce que beaucoup prédisaient.
La recherche classique refuse de mourir
Premier enseignement majeur et contre-intuitif pour beaucoup : Google reste absolument dominant et la recherche textuelle traditionnelle représente toujours environ 10 % de l’ensemble du temps passé sur desktop en Q4 2025. Ce chiffre est stable par rapport aux trimestres précédents.
Dans le détail :
- 93 à 95 % des recherches desktop aux États-Unis passent par Google
- 94 à 96 % en Europe et au Royaume-Uni
- Bing, DuckDuckGo et consorts évoluent dans des proportions marginales
Autrement dit, malgré l’arrivée en force des interfaces conversationnelles, le point d’entrée principal vers l’information en ligne n’a quasiment pas bougé depuis des années.
Moins de recherches… mais plus efficaces
Si le moteur reste le même, l’intensité d’utilisation, elle, commence à montrer des signes d’évolution. Aux États-Unis, on observe une baisse significative du nombre moyen de requêtes par utilisateur sur Google : environ -20 % entre 2024 et 2025. En Europe, la baisse est beaucoup plus modeste (-2 à -3 %).
Comment expliquer cette différence ? Plusieurs facteurs se combinent :
- Les réponses plus directes et complètes dès les premiers résultats
- Une meilleure compréhension du besoin dès la première requête
- Moins de « raffinages » successifs de la même intention de recherche
- L’adoption progressive d’outils conversationnels pour les questions les plus complexes
Cette baisse du volume ne signifie donc pas un désamour, mais plutôt une optimisation de l’expérience utilisateur : on cherche moins souvent… parce qu’on trouve plus vite.
Le zero-click s’est stabilisé (et c’est une excellente nouvelle)
Pendant longtemps, la courbe du zero-click (recherches sans aucun clic sur un résultat organique) semblait inexorablement croissante. Beaucoup craignaient une explosion incontrôlable qui aurait pu mettre en danger le modèle économique de nombreux sites éditoriaux.
Le rapport Datos apporte un élément rassurant : la part des recherches sans clic s’est stabilisée autour de 22,5 % en Europe fin 2025, sans progression notable sur les derniers mois. Aux États-Unis, le phénomène est plus marqué mais montre également des signes de plateau.
« La phase d’accélération du zero-click semble terminée. Nous sommes entrés dans une période d’équilibre où les fonctionnalités enrichies des SERP répondent à une partie significative des besoins sans pour autant tout absorber. »
– Synthèse inspirée des observations Datos Q4 2025
Pour les marketeurs, SEO et éditeurs de contenus, cela change la perspective : il ne s’agit plus de lutter contre une hémorragie continue de trafic, mais d’optimiser dans un nouvel état d’équilibre où environ un quart des recherches ne génèrent plus de visite.
L’intention reste avant tout informationnelle
Malgré toutes les annonces sur le commerce conversationnel et les achats directs via IA, les faits sont têtus : la très grande majorité des recherches reste de nature informationnelle.
En Q4 2025 :
- 55 à 63 % des requêtes aux États-Unis sont informationnelles
- 52 à 59 % en Europe et au Royaume-Uni
- Les intentions transactionnelles directes restent sous les 2 %
La recherche reste donc massivement un outil de découverte, de compréhension, de comparaison et d’inspiration… bien plus qu’un simple déclencheur d’achat immédiat. Cette réalité devrait inciter les entreprises à continuer d’investir dans du contenu de qualité qui répond à ces intentions hautes de funnel.
Les requêtes deviennent nettement plus longues
Voici l’un des signaux les plus intéressants pour les spécialistes du SEO et du content marketing : la longueur moyenne des requêtes continue d’augmenter, et le phénomène s’accélère.
Les formulations très courtes (1-3 mots) perdent progressivement du terrain au profit des phrases de 6 à 9 mots, qui gagnent dans toutes les zones géographiques observées. Aux États-Unis, on note même une croissance notable des requêtes de 15 mots et plus.
Ce qui se cache derrière cette évolution, c’est un changement profond dans la manière dont les utilisateurs formulent leur besoin :
- Ils passent moins par des itérations successives
- Ils expriment leur besoin de manière plus complète dès la première saisie
- Ils intègrent naturellement le langage conversationnel appris avec les IA
Conséquence directe pour les stratégies de contenus : les mots-clés de longue traîne deviennent encore plus stratégiques, et les contenus qui anticipent des questions précises et complexes gagnent en valeur.
Chatbots et IA conversationnelle : croissance réelle mais contenue
Les plateformes conversationnelles poursuivent leur progression, mais leur poids dans l’écosystème global reste encore très modeste. En décembre 2025, elles représentent moins de 1 % de l’ensemble des événements desktop observés, même si ce chiffre a quasiment doublé sur un an.
Dans le détail :
- ChatGPT conserve une avance confortable, surtout en Europe
- Gemini montre la progression la plus régulière et devient le challenger principal
- Les autres acteurs (Claude, Perplexity, etc.) occupent des niches plus spécialisées
Point crucial : ces nouveaux usages s’ajoutent à la recherche traditionnelle plutôt que de la remplacer. Les internautes jonglent entre les deux modalités en fonction du type de besoin.
Le mode IA de Google progresse discrètement mais sûrement
Parmi les signaux à surveiller attentivement : le mode conversationnel intégré directement dans Google (souvent appelé « Search Generative Experience » ou mode IA). Toujours optionnel, il progresse de manière constante mois après mois, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe dans les pays où il est déployé.
Parce qu’il est nativement intégré au flux de recherche principal, ce mode pourrait à terme devenir le principal vecteur d’adoption massive des réponses générées par IA. Son adoption reste pour l’instant limitée par son caractère non-défaut, mais la trajectoire est claire.
Les destinations post-recherche IA changent peu
Autre observation intéressante : après avoir utilisé une réponse IA, les utilisateurs continuent majoritairement de se diriger vers les mêmes plateformes dominantes qu’auparavant : Google, YouTube, Reddit, Amazon, Wikipédia, Facebook…
Les variations d’une année sur l’autre restent minimes. Les chatbots gagnent certes quelques positions dans ces classements de destinations secondaires, mais sans provoquer de véritable redistribution du trafic. Cela confirme l’idée d’un écosystème digital arrivé à maturité, où il devient extrêmement difficile pour de nouveaux entrants de capter une part significative de l’attention.
Le paradoxe du changement invisible
Ce qui ressort finalement de ce rapport, c’est un paradoxe fascinant : tout change… sans que cela se voie de manière spectaculaire.
Les trois leçons principales à retenir pour les professionnels du marketing digital, du SEO et de la tech en 2026 :
- Les outils restent les mêmes (Google domine toujours, les grands réseaux sociaux restent centraux), mais ils deviennent beaucoup plus efficaces
- Les besoins fondamentaux ne bougent pas (trouver une information, comparer, acheter, se divertir), mais la façon de les satisfaire devient plus rapide et plus précise
- Les petites améliorations cumulées (réponses plus pertinentes, moins de clics nécessaires, compréhension contextuelle accrue) transforment profondément l’expérience sans jamais provoquer de rupture brutale
En synthèse : pas de grand bouleversement soudain tel qu’annoncé sur de nombreux posts LinkedIn ou fils Twitter, mais une évolution continue, logique et surtout mesurable des habitudes de recherche en ligne. Les chatbots et interfaces IA gagnent du terrain, mais la recherche traditionnelle reste – pour encore longtemps – le pivot central de la découverte d’information sur le web.
Pour les entreprises et créateurs de contenus, le message est clair : il est temps d’intégrer ces évolutions dans les stratégies sans pour autant tout remettre en question du jour au lendemain. Ceux qui sauront produire du contenu de très haute valeur, répondre aux questions complexes et s’adapter aux formulations plus naturelles des internautes seront les mieux positionnés pour capter l’attention dans ce nouvel équilibre.
Et vous, avez-vous déjà modifié votre façon de chercher sur internet depuis l’arrivée des IA conversationnelles ? Partagez votre expérience en commentaire.







