Imaginez une finale de football devant 60 000 spectateurs en 1921… mais avec des femmes sur le terrain. L’année suivante, la fédération anglaise interdit purement et simplement le foot féminin. Résultat ? Un demi-siècle de blackout. Cent ans plus tard, une seule femme a décidé que cette fois, l’histoire ne se répéterait pas. Elle s’appelle Kara Nortman, ex-partenaire d’Upfront Ventures, co-fondatrice d’Angel City FC et désormais à la tête du premier fonds au monde dédié exclusivement au sport féminin : Monarch Collective et ses 250 millions de dollars. Cette histoire n’est pas seulement inspirante, elle est surtout en train de redessiner les règles du business sportif.
Angel City FC : la preuve que le modèle fonctionne (même sans titre)
Novembre 2025. Angel City termine 11e sur 13 en NWSL. Sur le papier, c’est une saison décevante. Dans la réalité ? Le club est valorisé 250 millions de dollars (record mondial pour une franchise féminine) et vient d’être racheté majoritairement par Bob Iger et Willow Bay. Comment en est-on arrivé là ?
Dès le lancement en 2020, Kara Nortman et son équipe (Natalie Portman, Serena Williams, Eva Longoria…) ont appliqué une règle simple : le sport féminin n’est pas une version low-cost du sport masculin. Il faut un playbook totalement différent.
« Nous sommes passés de 0 à 30 millions de dollars de revenus avant même que l’équipe ne joue son premier match officiel. »
– Kara Nortman
Le secret ? Des partenariats de sponsoring qui parlent directement à la cible : Sephora qui fait pleuvoir des box beauté depuis les tribunes, Fenty Beauty avec sa « Fenty Cam » au kiss-cam, collab Hello Kitty qui part en 3 minutes… Des activations que personne n’avait osé dans le sport masculin parce que « ça ne se fait pas ». Chez Angel City, ça se fait, et ça rapporte gros.
Monarch Collective : le premier fonds 100 % sport féminin
Fort de ce succès, Kara Nortman quitte le VC traditionnel en 2023 pour lancer Monarch Collective. Objectif initial : 100 millions. Résultat final : 250 millions, avec des LPs comme Melinda French Gates ou d’ex-cadres Netflix.
Le positionnement est unique : Monarch n’est pas un fonds VC classique qui disperse 50 tickets. Il prend des positions concentrées dans quelques clubs seulement, puis met les mains dans le cambouis opérationnel.
- San Diego Wave (NWSL)
- Boston Legacy FC (arrivée 2026)
- FC Viktoria Berlin (38 %, première prise de participation étrangère dans un club féminin allemand)
Le fonds vise des sports à zéro risque produit-marché : ceux que les gens regardent déjà à la télé ou en streaming (foot, basket, tennis, golf). Pas de paris sur le pickleball ou le flag football… pour l’instant.
Les chiffres qui font tourner les têtes
Quand Monarch commence à lever en 2023 :
- Marché mondial du sport masculin ≈ 500 milliards $
- Marché mondial du sport féminin ≈ 500 millions $
Deux ans plus tard ? Le sport féminin flirte déjà avec les 3 milliards de dollars. Et ce n’est que le début.
Exemples concrets :
- WNBA : record d’audience grâce à Caitlin Clark et Angel Reese
- NWSL : nouveau contrat médias à 240 M$ sur 4 ans (x40 par rapport à l’ancien)
- Golden State Valkyries (extension WNBA) : 50 000 demandes de dépôt pour la liste d’attente saison 1
Pourquoi cette fois c’est différent (et durable)
Kara Nortman le répète : on a déjà vu des « moments » dans le sport féminin. Coupe du monde 1999, 2019… puis l’intérêt retombe. Cette fois, plusieurs facteurs structurels changent la donne :
- Arrivée massive de capitaux privés (fonds, family offices, célébrités)
- Propriétaires féminines ou female-led (Kansas City Current, Bay FC, Washington Spirit…)
- Contrats médias enfin à la hauteur
- Marketing adapté à une audience 50 %+ féminine
« Chaque pic d’attention est une opportunité de créer une expérience constante. Il ne faut pas juste surfer sur la vague Caitlin Clark, il faut construire les fondations pour que ça tienne sur 20 ans. »
– Kara Nortman
Leçons business à retenir (même si vous n’investissez pas dans le sport)
Que vous soyez fondateur de startup, CMO ou investisseur, le cas Angel City / Monarch est une masterclass :
- Ne copiez pas le modèle dominant → créez le vôtre (le foot féminin n’a pas cherché à imiter la MLS, il a inventé son style)
- Parlez directement à votre audience cible → 50-60 % des fans de NWSL sont des femmes. Résultat : partenariats beauté, mode, bien-être explosent
- Le storytelling compte autant que le produit → Natalie Portman + Serena Williams = visibilité gratuite massive dès le jour 1
- Concentrez vos investissements → Monarch préfère 4 gros tickets ultra-opérationnels que 50 paris passifs
Et demain ?
Monarch n’a déployé qu’une petite partie de son fonds. Kara Nortman regarde déjà le basket (WNBA, mais aussi ligues européennes), le tennis, le golf. Et pourquoi pas une entrée dans la nouvelle ligue professionnelle de volley US ou dans le cricket féminin indien qui explose ?
Une chose est sûre : le sport féminin n’est plus une niche caritative ou un « nice to have » ESG. C’est devenu l’un des secteurs les plus sous-valorisés et à plus forte croissance de la décennie.
Comme le dit si bien Kara Nortman : « Tout le monde se réveille un jour et se découvre soudain passionné de sport féminin. Nous, on a simplement commencé cinq ans avant les autres. »
Si vous cherchez le prochain x100 dans l’investissement ou simplement un modèle de disruption marketing, regardez du côté des terrains de foot, de basket et de tennis… où jouent les femmes. Le match ne fait que commencer.






