Imaginez un instant : des millions de dollars en équipements high-tech, des serveurs qui tournent sans relâche pour alimenter l’intelligence artificielle mondiale, et soudain… une petite fuite d’eau qui passe inaperçue. En quelques heures, c’est la catastrophe : downtime massif, données compromises, réparations coûteuses. Dans l’univers effervescent des data centers, où l’IA et le cloud computing règnent en maîtres, ce scénario n’est pas de la science-fiction. C’est une réalité que de nombreuses entreprises vivent encore aujourd’hui. Pourtant, une startup émergente, MayimFlow, propose une solution révolutionnaire pour anticiper ces drames avant qu’ils ne surviennent.
À l’heure où la course à la puissance de calcul bat son plein, les acteurs annexes – ceux qu’on appelle les « picks and shovels » de la ruée vers l’or numérique – jouent un rôle crucial. MayimFlow s’inscrit précisément dans cette catégorie, avec une mission claire : protéger les infrastructures critiques contre les fuites d’eau, un risque souvent sous-estimé mais aux conséquences dévastatrices.
Le boom des data centers : une opportunité et un risque majeur
La frénésie autour des data centers n’est plus à démontrer. Avec l’explosion de l’intelligence artificielle, les géants du cloud comme AWS, Google Cloud ou Microsoft Azure multiplient les constructions de méga-centres de données. Ces installations consomment des quantités colossales d’énergie… et d’eau. L’eau est essentielle pour les systèmes de refroidissement, mais elle représente aussi une menace permanente.
Une fuite, même minime, peut entraîner des dommages considérables. Les opérateurs subissent alors des interruptions de service coûteuses, des pertes de données et des réparations qui se chiffrent en millions. Pire encore : la plupart des solutions actuelles sont purement réactives. On détecte le problème… quand il est déjà trop tard.
C’est là qu’intervient MayimFlow, lauréate du prix Built World à TechCrunch Disrupt 2025. Cette jeune pousse ne se contente pas de réagir : elle prédit.
MayimFlow : une technologie prédictive au service de la prévention
Le cœur de l’offre de MayimFlow repose sur une combinaison astucieuse de capteurs IoT et de modèles d’apprentissage automatique déployés en edge computing. Ces technologies analysent en temps réel les signaux faibles qui annoncent une fuite imminente, offrant aux opérateurs une fenêtre précieuse de 24 à 48 heures pour intervenir.
Concrètement, la startup propose deux approches :
- L’installation de ses propres capteurs intelligents sur les systèmes de refroidissement existants.
- L’intégration de ses algorithmes prédictifs directement aux capteurs déjà en place chez le client.
Cette flexibilité permet à MayimFlow de s’adapter à des infrastructures variées, des data centers hyperscale aux installations plus modestes. L’entreprise s’appuie sur une vaste base de données collectées auprès de systèmes industriels divers pour affiner ses prédictions.
En combinant Internet des Objets et intelligence artificielle edge, MayimFlow transforme une menace passive en un risque maîtrisé, offrant une tranquillité d’esprit inédite aux gestionnaires de data centers.
John Khazraee : un fondateur marqué par l’expérience et la frugalité
Derrière MayimFlow se trouve John Khazraee, un ingénieur qui a passé plus de quinze ans à concevoir des infrastructures pour des géants comme IBM, Oracle et Microsoft. Il a vu de l’intérieur les failles des systèmes traditionnels.
« J’ai remarqué ces problèmes dans les data centers, et la seule solution qu’ils avaient était : “Quand la fuite arrive, on s’en rend compte”. Il faut alors dépenser énormément pour réparer, éteindre les serveurs, perturber les données. J’ai décidé d’agir. »
– John Khazraee, fondateur de MayimFlow
Son parcours personnel joue aussi un rôle clé. Élevé dans une famille modeste, il a développé très tôt une sensibilité à l’efficacité et à l’économie de ressources. Une anecdote révélatrice : son père lui reprochait de passer trop de temps sous la douche ! Cette culture de la frugalité l’a suivi jusqu’à l’université, où il a travaillé sur la transformation d’huile de friture en biodiesel.
Aujourd’hui, il applique cette philosophie à l’échelle industrielle : optimiser l’usage de l’eau, éviter le gaspillage, prévenir les pertes. Une démarche qui résonne particulièrement dans un contexte mondial où l’eau devient une ressource critique.
Une équipe expérimentée pour une ambition XXL
John Khazraee n’est pas seul. Il s’est entouré d’experts chevronnés :
- Jim Wong, directeur de la stratégie, fort de décennies d’expérience dans l’univers des data centers.
- Ray Lok, directeur technique, spécialisé dans la gestion de l’eau et les infrastructures IoT.
Cette équipe complémentaire donne à MayimFlow une crédibilité immédiate auprès des grands opérateurs. John Khazraee a même refusé des postes chez plusieurs Big Tech pour se consacrer pleinement à son projet, convaincu de l’impact sociétal et environnemental de sa solution.
« Je crois vraiment en la vision. Je crois en l’impact que nous avons. L’eau devient l’un des grands enjeux de notre monde. »
– John Khazraee
Au-delà des data centers : un marché immense à conquérir
Si les data centers constituent le terrain de jeu initial, MayimFlow voit beaucoup plus loin. La technologie développée peut s’appliquer à de nombreux secteurs où l’eau circule en grande quantité :
- Immeubles commerciaux
- Hôpitaux
- Usines et sites de manufacturing
- Services publics (utilities)
Toute organisation souhaitant détecter précocement les fuites ou optimiser sa consommation d’eau est un client potentiel. Dans un monde confronté au stress hydrique, cette approche prédictive pourrait devenir un standard.
Les data centers restent cependant le marché le plus urgent. Avec la multiplication des installations pour répondre aux besoins en IA, la demande pour des solutions de résilience infrastructurelle explose. MayimFlow arrive au bon moment.
Pourquoi cette innovation résonne auprès des entrepreneurs et investisseurs
Dans l’écosystème startup, MayimFlow incarne parfaitement le modèle « picks and shovels ». Plutôt que de concurrencer directement les géants de l’IA ou du cloud, la société fournit un outil indispensable à leur fonctionnement. C’est une stratégie éprouvée : pendant la ruée vers l’or, ceux qui vendaient pelles et pioches gagnaient souvent plus que les chercheurs d’or eux-mêmes.
Pour les investisseurs, c’est une opportunité attractive : un marché en croissance exponentielle, un problème concret et coûteux, une solution technique différenciante, et une équipe expérimentée. Le prix remporté à TechCrunch Disrupt 2025 vient valider cette traction précoce.
Pour les entrepreneurs tech, c’est aussi une inspiration : identifier un pain point niche mais critique dans une industrie en plein boom peut mener à une scale impressionnante.
Les enjeux environnementaux et sociétaux derrière la tech
Derrière l’aspect purement technique, MayimFlow soulève des questions plus larges. Les data centers sont souvent critiqués pour leur consommation énergétique et hydrique. En optimisant l’usage de l’eau et en évitant les gaspillages liés aux fuites, la startup contribue indirectement à une infrastructure numérique plus durable.
À une époque où les entreprises sont scrutées sur leur impact environnemental, proposer une solution qui allie résilience opérationnelle et responsabilité écologique est un atout majeur. Les grands opérateurs de data centers, sous pression réglementaire et sociétale, cherchent précisément ce type d’innovations.
L’eau, comme le souligne John Khazraee, devient un enjeu géopolitique et économique majeur. Les startups qui adressent ce défi avec des technologies intelligentes ont un rôle crucial à jouer dans la transition vers une économie plus résiliente.
Perspectives : vers une généralisation de la détection prédictive
À moyen terme, on peut imaginer que la technologie de MayimFlow devienne un standard dans toute nouvelle construction de data center. Les capteurs IoT et les modèles prédictifs pourraient être intégrés dès la conception, comme les systèmes anti-incendie aujourd’hui.
Plus largement, l’approche edge AI pour la maintenance prédictive pourrait s’étendre à d’autres fluides ou risques : détection précoce de surchauffe, anomalies électriques, etc. MayimFlow ouvre la voie à une nouvelle génération de monitoring intelligent des infrastructures critiques.
En conclusion, MayimFlow illustre parfaitement comment une observation terrain, une expertise approfondie et une vision long terme peuvent donner naissance à une innovation à fort impact. Dans un secteur où chaque minute de downtime coûte des fortunes, offrir une avance de 24 à 48 heures change radicalement la donne. Une startup à suivre de très près pour tous ceux qui s’intéressent à l’avenir des infrastructures numériques.
Le monde de la tech ne se résume pas qu’aux modèles d’IA spectaculaires : les vraies révolutions se jouent souvent dans les coulisses, là où l’on protège, optimise et sécurise les fondations mêmes de notre ère numérique.







