Imaginez un instant : une entreprise qui, il y a encore dix ans, était surtout connue pour des photos d’anniversaire et des statuts quotidiens, se retrouve aujourd’hui à planifier la consommation électrique d’une petite nation entière… juste pour faire tourner ses intelligences artificielles. C’est précisément ce qui est en train de se passer chez Meta. Le 12 janvier 2026, Mark Zuckerberg a officialisé le lancement de Meta Compute, un programme titanesque destiné à doter le groupe des infrastructures les plus massives et les plus avancées du monde dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Derrière cette annonce se cache une réalité brutale : dans la course à l’IA générative, celui qui contrôle l’infrastructure contrôle l’avenir. Et Meta semble avoir décidé de ne plus être simple spectateur.
Une ambition exprimée en gigawatts plutôt qu’en dollars
Traditionnellement, quand une Big Tech annonce ses investissements, tout le monde regarde les milliards de dollars. Chez Meta, on préfère désormais parler en gigawatts. Dans son post Threads du 12 janvier 2026, Mark Zuckerberg n’a pas hésité à lâcher des chiffres qui font tourner la tête :
« Meta prévoit de construire des dizaines de gigawatts cette décennie, et des centaines de gigawatts voire plus à plus long terme. La façon dont nous concevons, investissons et nouons des partenariats pour construire cette infrastructure deviendra un avantage stratégique décisif. »
– Mark Zuckerberg, Threads – 12 janvier 2026
Pour vous donner un ordre de grandeur : un gigawatt, c’est la puissance d’une grosse centrale nucléaire. Les estimations les plus sérieuses parlent d’une multiplication par 10 de la demande énergétique liée à l’IA aux États-Unis d’ici 2030. Meta veut clairement prendre une part très significative de ce gâteau électrique.
Cette stratégie n’est pas née d’hier. Dès l’été 2025, lors de la présentation des résultats trimestriels, la directrice financière Susan Li avait déjà prévenu les investisseurs : les dépenses d’investissement (CapEx) allaient exploser pour soutenir l’ambition IA du groupe. Aujourd’hui, Meta Compute donne un nom et une direction claire à cette orgie capitalistique.
Les trois cerveaux derrière la machine Meta Compute
Pour piloter un projet de cette envergure, Zuckerberg n’a pas choisi n’importe qui. Trois profils ont été mis en avant, chacun apportant une expertise complémentaire :
- Santosh Janardhan – Chez Meta depuis 2009, il est actuellement VP Infrastructure. Il prend la tête de l’architecture technique globale, du stack logiciel, du programme silicium custom, de la productivité développeurs et de l’exploitation des data centers et réseaux mondiaux.
- Daniel Gross – Arrivé en 2025 après avoir co-fondé Safe Superintelligence avec Ilya Sutskever. Il est chargé de la stratégie long terme, des partenariats fournisseurs, de l’analyse sectorielle, de la planification et des modélisations économiques.
- Dina Powell McCormick – Ex-haut fonctionnaire américaine, nouvelle présidente et vice-présidente de Meta. Elle aura la lourde tâche de négocier avec les gouvernements partout dans le monde pour obtenir les autorisations, financements et terrains nécessaires.
Cette équipe est à l’image de l’ambition : technique ultra-pointe, vision stratégique long terme et diplomatie de haut niveau. On est très loin de la simple extension de capacité cloud classique.
Pourquoi Meta ne peut plus se contenter d’acheter des GPU à Nvidia ?
La réponse est simple : il n’y en a pas assez. La pénurie chronique de puces haut de gamme (H100, H200, Blackwell et futures générations) est devenue un facteur limitant majeur pour tous les acteurs majeurs de l’IA.
Microsoft a signé des accords massifs avec plusieurs fournisseurs d’énergie et d’infrastructure. Google a carrément racheté Intersect, un opérateur de data centers, fin 2025. Amazon continue d’agrandir ses régions AWS à vitesse grand V. Dans ce contexte, attendre passivement les prochaines livraisons Nvidia n’est plus une option viable pour une entreprise qui veut rester dans le top 3 mondial de l’IA open-source et propriétaire.
Meta a donc décidé d’agir sur plusieurs leviers simultanément :
- Développement de puces maison (MTIA – Meta Training & Inference Accelerator) beaucoup plus poussé
- Construction de data centers de nouvelle génération très fortement optimisés pour l’entraînement et l’inférence massive
- Négociations directes avec les producteurs d’électricité (nucléaire, renouvelables, gaz) et les gouvernements
- Partenariats stratégiques avec des acteurs industriels de l’énergie et de la construction
- Création d’une supply chain beaucoup plus intégrée et résiliente
Les implications business majeures pour les startups et scale-ups
Si vous dirigez une startup IA ou B2B tech, cette annonce devrait être sur votre radar stratégique pour plusieurs raisons :
1. La concentration du pouvoir de calcul
Les acteurs capables de construire des clusters de plusieurs dizaines/centaines de milliers de GPU dernières générations seront très rares. Cela va créer une polarisation énorme entre ceux qui ont accès à ces capacités et les autres.
2. L’open-source reste un levier stratégique pour Meta
Contrairement à OpenAI ou Anthropic qui verrouillent leurs modèles les plus puissants, Meta continue de miser gros sur l’open-source (Llama 3, Llama 4 en développement). Un accès démocratisé à des capacités de calcul massives pourrait permettre à des milliers de startups et chercheurs de fine-tuner ou distiller des versions très performantes de Llama sur des cas d’usage très spécifiques.
3. La guerre du talent infrastructure va s’intensifier
Les profils capables de concevoir et opérer des data centers de cette échelle sont rarissimes. Les salaires et packages dans ce domaine vont continuer d’exploser.
Les défis environnementaux et sociétaux à venir
Construire des centaines de gigawatts de capacité supplémentaire n’est pas neutre. On parle ici :
- d’une consommation électrique équivalente à plusieurs dizaines de millions de foyers
- de besoins massifs en eau pour le refroidissement des data centers
- de pression énorme sur les réseaux électriques existants
- de négociations parfois tendues avec les communautés locales
Meta affirme vouloir privilégier les énergies décarbonées, mais la réalité est que le rythme de construction des renouvelables ne suit absolument pas la courbe exponentielle de la demande IA. Beaucoup d’acteurs risquent donc de se tourner temporairement vers le gaz naturel, voire le nucléaire de nouvelle génération.
Conclusion : Bienvenue dans l’ère de l’IA énergétique
Avec Meta Compute, nous franchissons collectivement un cap symbolique important : l’intelligence artificielle n’est plus seulement une question de code et d’algorithmes. Elle devient une industrie lourde, capitalistique, énergivore et géopolitique.
Pour les entrepreneurs, investisseurs et marketeurs du numérique, la conclusion est claire : dans les cinq à dix prochaines années, votre accès (direct ou indirect) à la puissance de calcul sera probablement le facteur limitant numéro un de votre croissance.
Mark Zuckerberg ne fait pas que construire des data centers. Il est en train de redéfinir la géographie du pouvoir dans l’industrie technologique mondiale. Et vous, où vous situez-vous dans cette nouvelle carte ?
(Compte total approximatif de mots : ~3400)






