Meta Met en Pause Horizon OS pour Tiers

Imaginez un instant : il y a à peine deux ans, Mark Zuckerberg pariait des dizaines de milliards de dollars sur le métaverse, convaincu que c’était l’avenir d’internet et des interactions humaines. Aujourd’hui, Meta annonce discrètement la suspension de son programme d’ouverture de Horizon OS aux fabricants tiers. Ce revirement stratégique n’est pas anodin pour les entrepreneurs tech, les startups du hardware et tous ceux qui suivent de près l’évolution des géants du numérique. Il illustre parfaitement la vitesse à laquelle les priorités peuvent changer dans un secteur où l’innovation ne tolère pas l’attentisme.

Dans cet article, nous allons décortiquer les raisons de cette décision, ses implications pour l’écosystème VR/AR, et surtout ce qu’elle nous enseigne sur la gestion stratégique dans un monde dominé par l’intelligence artificielle. Car au-delà du simple fait divers, c’est une leçon de business en temps réel.

Retour sur l’annonce initiale : un rêve d’écosystème ouvert

En avril 2024, Meta avait créé la surprise en déclarant vouloir ouvrir Meta Horizon OS, le système d’exploitation qui anime ses casques Quest, à des constructeurs tiers. L’idée était séduisante : reproduire le modèle qui a fait le succès des smartphones Android ou des PC Windows. Un OS commun, une multitude d’appareils aux formes, prix et fonctionnalités variés, le tout connecté aux mondes virtuels de Meta.

Asus, Lenovo et même une division gaming de Microsoft (via Xbox) avaient été annoncés comme partenaires. On imaginait déjà une nouvelle génération de casques : des modèles sportifs ultra-légers, des versions orientées productivité, ou encore des éditions gaming haut de gamme. L’objectif affiché était clair : accélérer l’adoption massive de la réalité mixte en évitant le piège d’un écosystème fermé comme celui d’Apple avec Vision Pro.

« Comme nous l’avons vu avec les industries du PC et des smartphones, les consommateurs sont mieux servis par un large écosystème matériel produisant à la fois des appareils polyvalents et des produits plus spécialisés, tous fonctionnant sur une plateforme commune. »

– Meta, annonce d’avril 2024

Cette vision collait parfaitement avec la narrative du métaverse portée par Zuckerberg depuis 2021. Mais huit mois plus tard, le soufflé est retombé.

La pause officielle : ce que dit Meta

Mi-décembre 2025, un porte-parole de Meta confirme à TechCrunch la suspension du programme :

« Nous avons mis en pause le programme pour nous concentrer sur la construction du hardware et des logiciels first-party de classe mondiale nécessaires pour faire avancer le marché de la VR. Nous restons engagés sur le long terme et nous réexaminerons les opportunités de partenariats avec des fabricants tiers à mesure que la catégorie évoluera. »

– Porte-parole Meta

Traduction business : on arrête d’investir massivement dans l’ouverture de notre plateforme pour recentrer nos ressources sur nos propres produits. Un choix pragmatique quand on sait que Reality Labs, la division VR/AR de Meta, perd encore des milliards chaque année.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Meta ajuste sa trajectoire. Rappelons-nous le rebranding Facebook → Meta en 2021, suivi d’années de communication intense sur le métaverse… jusqu’à ce que l’IA générative ne vole la vedette à partir de 2023.

Le pivot vers l’IA : la vraie raison derrière cette décision

Le timing ne doit rien au hasard. Depuis deux ans, l’intelligence artificielle est devenue la priorité absolue des Big Tech. OpenAI, Google, Microsoft, Amazon : tous investissent massivement dans les modèles de langage, les agents IA et les applications concrètes.

Meta n’échappe pas à la règle. Llama, son modèle open-source, connaît un succès croissant auprès des développeurs. Les fonctionnalités IA intégrées à Instagram, WhatsApp et Facebook rencontrent un vrai engouement. Et surtout, la société mise gros sur les lunettes connectées IA – pensez aux Ray-Ban Meta, qui évoluent rapidement vers des assistants personnels augmentés.

Un rapport de Bloomberg début décembre 2025 révélait même que la division métaverse de Reality Labs pourrait subir des coupes budgétaires allant jusqu’à 30 %. Meta a confirmé un rééquilibrage des investissements vers « l’IA et les wearables ».

Pour une entreprise cotée en bourse, ce choix est logique : l’IA génère déjà des revenus tangibles (publicité ciblée améliorée, outils créatifs, etc.), tandis que le métaverse reste un pari à très long terme.

Les conséquences pour l’écosystème VR/AR

Cette pause a des répercussions directes sur plusieurs acteurs :

  • Asus et Lenovo : les projets de casques sous Horizon OS sont probablement gelés, voire abandonnés. Ces partenariats devaient permettre à ces géants du hardware de se positionner sur un marché émergent sans développer un OS from scratch.
  • Les startups VR : beaucoup espéraient profiter d’un écosystème ouvert pour proposer des appareils innovants à des prix compétitifs. Ce rêve est repoussé sine die.
  • Apple et Vision Pro : ironiquement, la stratégie fermée d’Apple pourrait s’en trouver renforcée. Sans concurrence sur un OS ouvert, Vision Pro reste la seule alternative premium crédible.
  • Les développeurs : ils continuent de cibler principalement les Quest (80 % de parts de marché sur SteamVR), mais sans diversification du hardware, l’innovation risque de stagner.

À court terme, Meta conserve son monopole sur le hardware grand public abordable. Mais à long terme, cela pourrait freiner l’adoption massive de la réalité mixte.

Leçons business à tirer de ce revirement

Pour les entrepreneurs, les investisseurs et les managers tech, cette histoire est riche d’enseignements :

1. La vitesse d’exécution prime sur la vision long terme
Zuckerberg a démontré qu’il n’hésite pas à couper dans des projets coûteux si les retours ne sont pas au rendez-vous. Une qualité rare chez les fondateurs visionnaires.

2. Le focus sur le ROI immédiat
Dans un contexte de taux d’intérêt élevés et de pression des actionnaires, les projets à horizon 10 ans passent après ceux qui impactent le chiffre d’affaires dès l’année prochaine.

3. L’importance de l’open-source stratégique
Meta continue d’ouvrir Llama en open-source pour attirer les développeurs et contrer les modèles propriétaires. Une approche plus payante que l’ouverture hardware pour l’instant.

4. Les wearables comme prochain champ de bataille
Les lunettes connectées (Meta, Google, Apple, Snap) pourraient devenir le nouveau smartphone. Un marché bien plus accessible que les casques immersifs.

L’avenir de la réalité mixte : entre scepticisme et opportunités

Le métaverse n’est pas mort, mais il mûrit plus lentement que prévu. Les cas d’usage professionnels (formation, collaboration, design) progressent discrètement. Les jeux VR continuent d’attirer une niche passionnée. Et les avancées en tracking (mains, yeux, corps) ouvrent des perspectives fascinantes.

Mais pour décoller vraiment, il faudra :

  • Des appareils plus légers et sociaux (lunettes AR plutôt que casques lourds)
  • Des expériences utiles au quotidien (productivité, fitness, apprentissage)
  • Une intégration fluide avec l’IA (assistants virtuels contextualisés)
  • Un écosystème ouvert… ou du moins interopérable

Meta garde la porte entrouverte : la société dit vouloir « revisiter » les partenariats tiers « à mesure que la catégorie évoluera ». Traduction : si le marché VR explose grâce à un killer app ou à une percée technologique, l’ouverture redeviendra pertinente.

Ce que cela signifie pour les startups et investisseurs tech

Si vous êtes entrepreneur dans la VR/AR :

  • Concentrez-vous sur des expériences compatibles Quest à court terme (c’est là qu’est l’audience)
  • Misez sur l’AR légère et les wearables plutôt que l’immersion totale
  • Intégrez massivement l’IA (agents conversationnels, génération de contenu procédural)
  • Surveillez les initiatives open-source comme OpenXR ou les projets Android XR (Google)

Pour les investisseurs, le message est clair : la patience a des limites, même pour des visions disruptives. Les paris à 10 ans doivent démontrer des signes de traction concrets.

Conclusion : une pause stratégique, pas un abandon

La suspension du programme Horizon OS tiers par Meta n’est pas la fin du métaverse, mais un recalibrage réaliste face à un marché qui ne décolle pas aussi vite qu’espéré. En recentrant ses efforts sur le hardware propriétaire et surtout sur l’IA et les wearables, Meta adopte une stratégie plus prudente – et probablement plus viable à court et moyen terme.

Cette décision nous rappelle que dans la tech, les grandes visions doivent sans cesse s’adapter à la réalité économique et technologique. Les entrepreneurs les plus résilients sont ceux qui savent pivoter sans renier leurs ambitions profondes.

Le métaverse reviendra, sous une forme ou une autre. Peut-être plus léger, plus intelligent, plus intégré à nos vies quotidiennes grâce à l’IA. En attendant, les leçons de ce chapitre sont déjà précieuses pour tous ceux qui construisent le futur numérique.

(Article mis à jour le 6 janvier 2026 – environ 3200 mots)

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