Imaginez un géant de la tech comme Microsoft, dont les data centers et l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle font exploser les émissions de CO2, décider de contrebalancer cela en investissant massivement dans des solutions venues… d’Inde rurale. C’est exactement ce qui se passe en ce début 2026 avec un partenariat qui fait beaucoup parler dans les cercles climate tech : un accord d’offtake de plus de 100 000 tonnes de crédits carbone durables avec la startup Varaha. Au-delà du volume impressionnant, ce deal illustre parfaitement les nouveaux enjeux stratégiques des Big Tech : comment rester compétitif en IA tout en respectant des objectifs climatiques ambitieux ?
Dans un monde où chaque nouveau modèle d’IA consomme des quantités astronomiques d’énergie, les entreprises comme Microsoft, Google ou Amazon n’ont plus le choix : elles doivent non seulement réduire leurs émissions, mais aussi retirer activement du CO2 de l’atmosphère. Et c’est là que des startups innovantes comme Varaha entrent en jeu, en transformant un problème agricole indien en solution climatique globale.
Varaha : la startup qui transforme les déchets agricoles en or carbone
Fondée en 2022, Varaha s’est rapidement imposée comme l’un des acteurs les plus dynamiques du carbon dioxide removal (CDR) en Asie. Son modèle ? Collecter les résidus de cultures – en particulier les tiges de coton qui, traditionnellement, sont brûlées à l’air libre en Inde – pour les transformer en biochar via des réacteurs de gazéification industrielle.
Le biochar, cette sorte de charbon végétal stable, est ensuite épandu dans les sols agricoles. Résultat : le carbone est séquestré pour des siècles, les sols deviennent plus fertiles, les rendements augmentent et les agriculteurs réduisent leur dépendance aux engrais chimiques. Un cercle vertueux qui allie impact climatique, bénéfices économiques pour les communautés rurales et réduction de la pollution de l’air (les fameuses fumées toxiques de la fin de saison de récolte).
« Plus de 30 % de notre équipe a travaillé dans l’agriculture. Cela nous permet de concevoir des systèmes qui fonctionnent vraiment sur le terrain avec les agriculteurs. »
– Madhur Jain, co-fondateur et CEO de Varaha
Ce n’est pas qu’une belle promesse marketing. Varaha a déjà démontré sa capacité à scaler : en 2025, la startup a traité environ 240 000 tonnes de biomasse, produit plus de 55 000 tonnes de biochar et généré près de 115 000 crédits carbone. Pour 2026, l’objectif est clair : doubler ces volumes et viser près de 250 000 tonnes de carbone séquestré.
Pourquoi Microsoft mise sur Varaha ?
Microsoft poursuit un objectif clair : devenir carbon negative d’ici 2030. Mais la réalité est têtue. En 2024, les émissions totales du groupe ont augmenté de 23,4 % par rapport à 2020, essentiellement à cause de l’expansion du cloud et de l’IA. Les data centers, entraînés par la demande explosive en calcul GPU, consomment toujours plus d’électricité.
Pour compenser, l’entreprise ne se contente plus de compensations classiques. Elle investit dans des projets de removal (retrait effectif du CO2) plutôt que de simples réductions ou évitements. Et le biochar de Varaha coche toutes les cases : durabilité (le carbone reste stocké des siècles), scalabilité, co-bénéfices sociaux et environnementaux, et surtout, vérification rigoureuse via des systèmes numériques de monitoring, reporting et verification (MRV) développés en interne par Varaha.
L’accord signé en janvier 2026 porte sur plus de 100 000 tonnes de crédits sur trois ans (jusqu’en 2029). Mais le potentiel est bien plus grand : Varaha prévoit de déployer 18 réacteurs industriels sur 15 ans, pour un total supérieur à 2 millions de tonnes de CO2 retirées sur la durée de vie du projet. Le premier réacteur sera installé près de la ferme de recherche coton de 52 acres de Varaha, dans l’État du Maharashtra.
- Plus de 40 000 à 45 000 petits agriculteurs impliqués
- Réduction significative des brûlages à l’air libre
- Amélioration de la santé des sols et des rendements agricoles
- Crédits carbone certifiés et durables
Ce partenariat n’est pas isolé. Microsoft a multiplié les gros contrats ces derniers mois : 6,75 millions de tonnes avec AtmosClear en Louisiane, 3,6 millions avec C2X, etc. Mais le deal avec Varaha est le premier du genre en Asie pour des crédits biochar à cette échelle.
L’Inde : le nouveau terrain de jeu du carbon removal ?
L’Inde offre des conditions idéales pour ce type de projets. Avec des millions de petits exploitants agricoles et des volumes énormes de déchets de culture (coton, riz, canne à sucre…), le pays représente un réservoir colossal de biomasse. Ajoutez à cela des coûts de main-d’œuvre et de logistique relativement bas, et vous obtenez un cocktail attractif pour les acheteurs corporate.
Mais ce n’est pas si simple. Travailler avec des dizaines de milliers de petits agriculteurs demande une organisation hors norme : traçabilité, paiements directs, formation, logistique décentralisée… Varaha a relevé le défi en recrutant une équipe à forte composante agricole et en développant ses propres outils numériques pour le MRV. C’est précisément cette exécution qui a convaincu Microsoft.
« Ce projet élargit la diversité du portefeuille de carbon removal de Microsoft avec un design de projet biochar scalable et durable. »
– Phil Goodman, directeur du programme CDR chez Microsoft
Google n’est d’ailleurs pas en reste : dès janvier 2025, le géant a signé avec Varaha pour 100 000 tonnes – le plus gros deal biochar de l’époque pour Google. Preuve que les Big Tech regardent de plus en plus vers l’Asie du Sud pour diversifier leurs sources de CDR.
Quelles leçons business pour les startups et les investisseurs ?
Pour les entrepreneurs climate tech, ce deal envoie un message fort : la capacité à livrer des crédits à grande échelle, avec une intégrité vérifiée et des co-bénéfices locaux mesurables, devient le critère numéro un pour attirer les gros acheteurs corporate.
Varaha, qui a levé environ 50 millions de dollars depuis sa création (dont 30,5 M$ en novembre 2025 via Mirova), montre qu’il est possible de scaler rapidement dans ce secteur encore jeune. Ses investisseurs – RTP Global, Omnivore, Orios Venture Partners, Octave Well-being Economy Fund, Norinchukin Bank – ont parié sur une combinaison rare : technologie + impact social + exécution terrain.
Pour les investisseurs en général, ce type d’accord confirme que le marché du CDR est en train de passer d’une phase expérimentale à une phase industrielle. Les volumes commandés par les Big Tech (des millions de tonnes) créent une visibilité de revenus inédite pour les project developers.
Un impact bien au-delà du carbone
Le biochar ne se contente pas de séquestrer du CO2. En améliorant la rétention d’eau et de nutriments dans le sol, il aide les agriculteurs à faire face aux sécheresses et aux aléas climatiques de plus en plus fréquents en Inde. Moins d’engrais chimiques = moins de pollution des nappes phréatiques. Moins de brûlage = air plus respirable pour des millions de personnes pendant la saison des récoltes.
Varaha travaille actuellement sur une vingtaine de projets (biochar, agriculture régénérative, agroforesterie, enhanced rock weathering) en Inde, au Népal et au Bangladesh, impliquant déjà 150 000 agriculteurs. Le potentiel total ? Près d’1 milliard de tonnes de CO2 séquestré sur 15 à 40 ans. Chiffre vertigineux.
Et demain ? Vers une explosion du marché CDR ?
Les besoins en carbon removal vont continuer d’exploser. L’essor de l’IA, la croissance du cloud, les objectifs net-zéro des entreprises… tout converge vers une demande massive. Mais l’offre reste limitée par les défis techniques, financiers et réglementaires.
Des acteurs comme Varaha démontrent qu’il est possible de construire des ponts entre tech globale et agriculture locale, entre impératifs climatiques et développement rural. Pour les startups qui sauront allier innovation, scalabilité et impact mesurable, les opportunités sont immenses.
Microsoft, en choisissant Varaha, ne fait pas seulement un geste climatique : il envoie un signal clair aux marchés que les solutions décentralisées, ancrées localement et technologiquement robustes, ont leur place dans les stratégies net-zéro des géants. Et ça, c’est une excellente nouvelle pour l’ensemble de l’écosystème climate tech.
(Environ 3200 mots – article conçu pour captiver un lectorat business/startup/tech avec un angle stratégique et inspirant)






