Imaginez un instant : vous posez à votre assistant IA les questions les plus personnelles de votre vie professionnelle – une stratégie de lancement délicate, des doutes sur une levée de fonds, ou même des réflexions intimes sur votre parcours entrepreneurial. Quelques secondes plus tard, ces mêmes données servent-elles à entraîner un modèle plus puissant, à cibler des publicités ou pire, à être revendues ? C’est précisément ce scénario que de nombreux dirigeants et fondateurs redoutent aujourd’hui avec les assistants IA grand public. Et si une alternative vraiment respectueuse de la vie privée existait enfin ? C’est tout l’enjeu du projet Confer, lancé fin 2025 par nul autre que Moxie Marlinspike, le cofondateur de Signal.
Dans un monde où l’IA devient un partenaire quotidien pour les entrepreneurs, les marketeurs et les créateurs de startups, la question de la confidentialité n’est plus un simple “nice to have”. Elle devient un avantage concurrentiel majeur… voire une condition sine qua non pour certains. Décryptage complet de cette initiative qui pourrait redéfinir la relation entre IA et utilisateurs exigeants en matière de privacy.
Qui est Moxie Marlinspike et pourquoi son retour dans l’IA fait-il autant parler ?
Moxie Marlinspike n’est pas un inconnu dans l’écosystème tech. Il est surtout connu pour avoir co-créé Signal, l’application de messagerie devenue la référence absolue en matière de confidentialité et d’encryption de bout en bout. Son obsession pour la protection des données utilisateurs n’est pas une posture marketing : c’est une philosophie profonde qui a guidé toutes ses décisions techniques depuis plus de quinze ans.
Après avoir quitté ses fonctions opérationnelles chez Signal, beaucoup pensaient que Moxie se retirerait dans l’ombre. C’était sans compter sur l’émergence des grands modèles de langage et leur consommation massive de données personnelles. Pour lui, l’arrivée des chatbots conversationnels marque un tournant dangereux :
« C’est une forme de technologie qui invite activement à la confession. Les interfaces de chat comme ChatGPT en savent plus sur les individus que n’importe quelle technologie auparavant. Quand on y ajoute la publicité, c’est comme payer votre thérapeute pour qu’il vous pousse à acheter quelque chose. »
– Moxie Marlinspike, janvier 2026
Cette citation résume parfaitement la genèse de Confer : créer un assistant IA qui conserve toute la puissance conversationnelle des leaders du marché… sans aucun des travers en termes de collecte de données.
Confer : comment fonctionne techniquement cette IA “zero-knowledge” ?
Confer n’est pas simplement une surcouche de confidentialité plaquée sur un modèle existant. Toute l’architecture a été repensée pour garantir que l’opérateur du service n’ait jamais accès au contenu des conversations. Voici les piliers techniques qui rendent cela possible :
- Chiffrement des échanges via WebAuthn passkeys : l’utilisateur s’authentifie avec une clé cryptographique stockée sur son appareil (ou via un gestionnaire de mots de passe compatible). Le serveur ne voit jamais de credentials classiques.
- Inférence dans un Trusted Execution Environment (TEE) : tous les calculs d’IA se déroulent dans une enclave sécurisée matérielle (Intel SGX, AMD SEV-SNP ou équivalent cloud). Même l’administrateur du serveur ne peut pas inspecter les données en clair.
- Remote attestation : l’utilisateur peut vérifier cryptographiquement que le code exécuté dans le TEE correspond bien au code open-source audité de Confer.
- Modèles open-weight : Confer utilise des modèles open-source de dernière génération (famille Llama, Mistral, Gemma, etc.) que l’équipe ajuste et déploie elle-même.
Cette combinaison crée un système où, techniquement, même en cas de compromission du serveur ou de mandat gouvernemental, les conversations restent inaccessibles. Un niveau de protection que l’on retrouve habituellement dans les messageries ultra-sécurisées… mais jamais encore dans le monde des assistants IA conversationnels.
Quelles sont les limites actuelles et le positionnement tarifaire ?
Comme tout projet jeune et exigeant technologiquement, Confer présente encore plusieurs contraintes :
- Le support WebAuthn est optimal sur iOS, macOS Sequoia et Android. Sur Windows et Linux, il faut souvent passer par un gestionnaire de mots de passe compatible (Bitwarden, 1Password, etc.).
- Le tier gratuit est limité à 20 messages par jour et 5 conversations actives simultanées.
- L’abonnement à 35 $/mois donne accès illimité, à des modèles plus puissants et à des fonctionnalités de personnalisation (memory persistante chiffrée côté client).
Ce positionnement tarifaire place Confer nettement au-dessus de ChatGPT Plus (20 $/mois) ou Claude Pro (même gamme). Mais pour une clientèle professionnelle – fondateurs, avocats, investisseurs, dirigeants – qui manipule des informations stratégiques ou personnelles ultra-sensibles, ces 15 $ supplémentaires représentent souvent une assurance bien plus précieuse que n’importe quel autre outil SaaS.
Pourquoi cette approche intéresse particulièrement les entrepreneurs et marketeurs tech ?
Dans le quotidien d’une startup ou d’une scale-up, les usages typiques d’un assistant IA touchent souvent à des sujets stratégiques :
- Brainstorming de positionnement produit ultra-confidentiel
- Rédaction / relecture de pitch decks avant levée
- Préparation d’appels investisseurs avec des questions sensibles
- Stratégies de communication de crise
- Analyse concurrentielle approfondie avec données internes
Dans tous ces cas, la fuite d’une seule conversation peut représenter des millions d’euros de valorisation perdue ou un avantage concurrentiel offert sur un plateau. C’est pourquoi de plus en plus de VC, family offices et fondateurs tech regardent aujourd’hui du côté de solutions comme Confer avec un intérêt stratégique.
Comparatif rapide : Confer vs ChatGPT / Claude / Gemini
Voici un tableau synthétique des différences majeures :
- Collecte & usage des données conversations : Confer = zéro / les autres = oui (entraînement + analyse)
- Chiffrement des prompts et réponses : Confer = systématique client-serveur + TEE / les autres = transport uniquement
- Modèles disponibles : Confer = open-weight récents / les autres = propriétaires + quelques open
- Prix abonnement premium : Confer 35 $ / ChatGPT Plus 20 $ / Claude Pro ~20-30 $
- Personnalisation persistante : Confer = chiffrée client-side / les autres = stockée serveur-side
Le compromis est clair : on perd un peu en fluidité d’accès et en coût, on gagne énormément en tranquillité d’esprit.
Perspectives 2026-2027 : vers une standardisation de l’IA privée ?
Le lancement de Confer intervient à un moment charnière. Les régulations européennes (AI Act, DMA, DSA) se durcissent sur la transparence et la protection des données. Parallèlement, les scandales liés à l’utilisation des données d’utilisateurs par les géants de l’IA se multiplient. Dans ce contexte, plusieurs signaux forts émergent :
- De grandes entreprises exigent désormais des clauses “zero retention” dans leurs contrats IA
- Les fonds spécialisés “privacy tech” voient leurs tickets moyens augmenter fortement
- Plusieurs startups “Confidential Computing” lèvent des dizaines de millions pour industrialiser les TEE multi-modèles
Si Confer parvient à stabiliser son infrastructure, à élargir la compatibilité WebAuthn et à intégrer régulièrement les meilleurs modèles open-source, il pourrait devenir la référence “privacy-grade” dans l’univers des assistants IA professionnels d’ici 18 à 24 mois.
Conclusion : un signal fort pour l’écosystème startup
Moxie Marlinspike ne fait pas les choses à moitié. Avec Confer, il pose un jalon important : il est possible de construire une IA conversationnelle puissante sans transformer chaque utilisateur en mine de données gratuites. Pour les entrepreneurs, marketeurs, investisseurs et créateurs qui considèrent leur capital informationnel comme leur actif le plus précieux, cette nouvelle donne mérite d’être testée très sérieusement.
Dans un monde où l’attention est déjà monétisée à l’extrême, l’intimité cognitive pourrait bien devenir le prochain grand combat technologique… et commercial.
Et vous, seriez-vous prêt à payer 35 $/mois pour un assistant IA qui ne lira jamais vos conversations ?






