Imaginez un monde où vous commandez un taxi depuis votre smartphone, et c’est un véhicule entièrement autonome qui arrive devant chez vous, sans chauffeur humain à bord. Ce scénario, encore futuriste pour beaucoup, est en train de devenir réalité dans de nombreux États américains. Et maintenant, New York, souvent considérée comme l’un des marchés les plus complexes et réglementés, fait un pas de géant en direction de cette révolution de la mobilité. Sauf dans la ville qui ne dort jamais.
En janvier 2026, la gouverneure Kathy Hochul a annoncé lors de son discours sur l’état de l’État une proposition législative ambitieuse : ouvrir la voie aux robotaxis partout dans l’État… à l’exception notable de New York City. Pour les entrepreneurs tech, les startups de la mobilité et les investisseurs en intelligence artificielle, cette nouvelle représente à la fois une opportunité massive et un signal fort sur la manière dont les États-Unis régulent désormais l’innovation autonome.
Un contexte réglementaire historiquement très strict
Pendant des années, l’État de New York a maintenu l’une des réglementations les plus restrictives du pays en matière de véhicules autonomes. La loi obligeait notamment tout conducteur à garder au moins une main sur le volant en permanence. Une règle simple en apparence, mais qui rendait impossible le déploiement commercial de robotaxis sans chauffeur.
Le programme pilote actuel sur les véhicules autonomes (AV pilot program) offrait certes des dérogations pour les tests, mais les entreprises restaient limitées à des opérations très encadrées, souvent avec un opérateur de sécurité à bord. Waymo, la filiale d’Alphabet, n’a obtenu qu’un permis très restreint à New York City : maximum huit Jaguar I-Pace testés à Manhattan et Downtown Brooklyn, toujours avec un humain prêt à reprendre le contrôle.
Cette prudence s’explique par plusieurs facteurs : la densité exceptionnelle de la circulation à NYC, le nombre impressionnant de piétons, les infrastructures complexes et le poids politique des chauffeurs de taxi traditionnels et des syndicats. Mais l’annonce de la gouverneure marque un tournant clair : l’État veut désormais rattraper son retard sur des pionniers comme la Californie, l’Arizona ou le Texas.
Les grandes lignes de la proposition Hochul
La future législation vise à faire passer le programme pilote à une phase suivante : le déploiement commercial limité de véhicules autonomes de transport de passagers hors de New York City.
Concrètement, les entreprises intéressées devront soumettre un dossier complet prouvant :
- un soutien local clair à l’implantation du service
- le respect des plus hauts standards de sécurité possibles
- une collaboration étroite avec plusieurs agences étatiques (DMV, Department of Transportation, Police de l’État de New York)
Le terme « limité » reste volontairement flou pour l’instant. S’agit-il d’un quota de véhicules ? D’un nombre restreint de villes ? De zones géographiques précises ? Les détails opérationnels doivent encore être précisés, notamment dans le budget exécutif présenté fin janvier 2026.
« Cette initiative s’appuie sur des années de démonstrations de tests réussies à travers l’État et reflète les preuves croissantes que les véhicules autonomes peuvent améliorer la sécurité routière et les options de transport lorsqu’ils sont introduits de manière réfléchie. »
– Extrait du document officiel de la gouverneure Kathy Hochul, janvier 2026
Ce langage prudent montre que l’État veut éviter les controverses qui ont secoué d’autres villes américaines (accidents médiatisés, opposition syndicale, interrogations sur la cybersécurité). Mais pour les acteurs du secteur, c’est déjà une porte qui s’ouvre.
Waymo en pole position : une réaction très positive
Parmi les entreprises qui saluent le plus bruyamment cette annonce, on retrouve évidemment Waymo. Le leader actuel du marché des robotaxis aux États-Unis (déjà déployé commercialement à San Francisco, Los Angeles, Phoenix et Austin) voit dans cette proposition une opportunité historique.
« La proposition de la gouverneure Hochul de légaliser les véhicules entièrement autonomes est un moment transformateur pour le système de transport de New York. »
– Justin Kintz, responsable des politiques publiques mondiales chez Waymo
Waymo insiste sur la complémentarité possible entre sa technologie et les investissements de l’État dans la réduction des vitesses, le renforcement des contrôles routiers et la gestion de la congestion. L’entreprise promet aussi d’apporter infrastructures, emplois qualifiés et investissements dans l’État de New York.
Pour les startups et scale-ups françaises ou européennes qui regardent le marché américain, c’est un signal fort : même un État aussi réglementé que New York commence à bouger. Les barrières tombent progressivement.
Pourquoi exclure New York City ? Les raisons officielles… et les vraies
L’exclusion de la mégapole est justifiée officiellement par la « complexité unique » de la ville : trafic extrêmement dense, millions de piétons chaque jour, rues étroites, cyclistes omniprésents, travaux permanents, etc. Autant de défis que même les systèmes les plus avancés ont encore du mal à gérer à grande échelle.
Mais il y a aussi des raisons politiques évidentes :
- le puissant lobby des chauffeurs de taxi et des applications VTC (Uber, Lyft) qui craignent une destruction massive d’emplois
- la sensibilité du sujet auprès des syndicats et des élus locaux
- le poids électoral des quartiers concernés par une éventuelle perturbation économique
En choisissant de commencer par le reste de l’État (Upstate New York, Long Island, villes moyennes), Hochul adopte une stratégie pragmatique : démontrer l’intérêt et la sécurité du modèle dans des environnements moins hostiles avant d’affronter le Graal new-yorkais.
Quels impacts business pour les startups et les investisseurs ?
Pour les entrepreneurs et investisseurs spécialisés dans la tech, l’IA et la mobilité, cette annonce ouvre plusieurs perspectives concrètes :
- Opportunités de pilotes régionaux : des villes comme Buffalo, Rochester, Syracuse ou Albany pourraient accueillir les premiers services commerciaux
- Partenariats public-privé : les exigences de « soutien local » vont pousser les entreprises à collaborer étroitement avec les municipalités, les chambres de commerce et les acteurs économiques régionaux
- Création d’emplois qualifiés : maintenance des flottes, centres de supervision à distance, data scientists, ingénieurs en IA… les besoins vont exploser
- Données et cartographie : chaque kilomètre parcouru enrichit les modèles d’IA. New York devient un terrain d’entraînement précieux
- Effet domino : si le déploiement est un succès hors NYC, la pression politique pour ouvrir la ville augmentera
Les startups qui développent des technologies complémentaires (lidars nouvelle génération, IA de perception en conditions hivernales, cybersécurité véhicule, interfaces utilisateur pour passagers, etc.) pourraient trouver ici un marché d’expérimentation idéal.
Les défis qui restent à surmonter
Malgré l’enthousiasme, plusieurs obstacles subsistent :
- Le calendrier législatif : le projet doit encore être voté par l’Assemblée et le Sénat de l’État
- L’opposition syndicale : les chauffeurs VTC et taxis craignent une concurrence déloyale
- Les questions d’assurance et de responsabilité : qui paie en cas d’accident impliquant un robotaxi ?
- Les infrastructures : marquages au sol, feux intelligents, connectivité 5G/6G… tout doit suivre
- La météo : les hivers rigoureux de l’Upstate New York représentent un test grandeur nature pour les capteurs et algorithmes
Les entreprises qui réussiront devront démontrer une transparence totale sur leurs données de sécurité et une capacité réelle à dialoguer avec les communautés locales.
Une tendance lourde : l’accélération mondiale de la mobilité autonome
Ce mouvement à New York s’inscrit dans une dynamique globale. En 2026, plusieurs villes américaines (et internationales) ont déjà des flottes commerciales actives :
- Waymo domine aux États-Unis avec plusieurs dizaines de milliers de courses par semaine
- Cruise (General Motors) reprend son activité après des péripéties
- Zoox (Amazon), Baidu Apollo (Chine), WeRide, Pony.ai… la compétition s’intensifie
Pour les entrepreneurs européens, c’est aussi un rappel : les États-Unis restent le marché le plus dynamique et le plus rapide à expérimenter. Les retards réglementaires européens pourraient coûter cher en termes d’avance technologique et d’attractivité pour les talents.
Conclusion : un pas décisif vers la mobilité du futur
L’annonce de Kathy Hochul n’est pas encore une révolution totale, mais elle constitue un signal extrêmement positif pour l’écosystème tech et startup. En autorisant le déploiement commercial limité hors New York City, l’État envoie un message clair : l’innovation autonome n’est plus une expérience de laboratoire, elle devient un service grand public potentiel.
Pour les fondateurs, investisseurs et marketeurs qui lisent ces lignes, c’est le moment de se poser les bonnes questions : comment intégrer la mobilité autonome dans vos modèles économiques ? Quelles opportunités de partenariat ou de complémentarité avec les leaders du secteur ? Comment anticiper les changements de comportement des consommateurs dans les prochaines années ?
Une chose est sûre : la course aux robotaxis ne fait que commencer, et New York, même partiellement, entre désormais dans la danse.
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