Nouveaux Licornes Européennes 2026

Imaginez un continent qui, malgré les vents contraires économiques mondiaux, continue de faire naître des géants technologiques valorisés à plus d’un milliard de dollars. En ce début 2026, l’Europe démontre une fois encore sa résilience et son attractivité pour les investisseurs. À peine le mois de janvier terminé, cinq nouvelles startups ont franchi le cap symbolique de la licorne. De la cybersécurité belge à la défense autonome française, en passant par l’optimisation cloud lituanienne, le logiciel ESG allemand et l’edtech ukrainienne, ces success stories racontent une Europe tech en pleine effervescence.

Alors que beaucoup prédisaient un ralentissement des valorisations après les années folles de 2021-2022, les investisseurs semblent au contraire parier gros sur des modèles jugés solides et stratégiques. Ces levées massives dans des secteurs aussi variés que la sécurité logicielle, l’optimisation des infrastructures cloud pour l’IA, la défense autonome, la conformité environnementale ou l’éducation en ligne montrent clairement les priorités du moment : sécuriser le numérique, optimiser les coûts de l’IA, défendre les intérêts nationaux, réglementer la durabilité et former les talents de demain.

Pourquoi l’Europe attire encore autant les capitaux en 2026 ?

Malgré la concurrence écrasante des États-Unis et de la Chine, l’écosystème européen continue de séduire. Plusieurs facteurs expliquent ce regain d’intérêt des fonds internationaux. D’abord, la maturité croissante des équipes dirigeantes : les fondateurs de ces nouvelles licornes ne sont plus des novices. Beaucoup ont déjà connu des exits ou travaillé dans des scale-ups reconnues.

Ensuite, la réglementation européenne, souvent perçue comme un frein, devient paradoxalement un atout compétitif. Le RGPD a forcé les entreprises à repenser la privacy by design, le DSA et le DMA obligent les géants à ouvrir leurs écosystèmes, et le futur AI Act crée un cadre clair pour les applications à haut risque. Les startups qui anticipent ces contraintes en font un avantage concurrentiel majeur.

Enfin, le coût du talent technique reste bien plus attractif qu’à San Francisco ou à Tel Aviv. Un ingénieur senior à Berlin, Vilnius ou Lisbonne coûte souvent 50 à 70 % moins cher qu’en Californie tout en offrant un niveau comparable, voire supérieur dans certains domaines pointus comme la cryptographie ou l’IA embarquée.

Aikido Security : la cybersécurité européenne qui défie les géants américains

Partons de Belgique avec Aikido Security. Cette jeune pousse anversoise vient de boucler un tour de table Série B de 60 millions de dollars à une valorisation de 1 milliard. Le tour a été mené par DST Global, avec la participation de PSG Equity, Singular et Notion Capital.

Ce qui frappe chez Aikido, c’est sa capacité à unifier la sécurité tout au long du cycle de développement logiciel. Alors que la plupart des acteurs se concentrent soit sur la sécurité applicative, soit sur la sécurité cloud, soit sur la posture offensive, Aikido propose une plateforme full-lifecycle qui couvre l’ensemble des besoins.

« Dans une industrie dominée par Palo Alto et Tel Aviv, Aikido prouve que l’Europe peut construire une entreprise de sécurité logicielle de classe mondiale et gagner à l’échelle globale. »

– L’équipe d’Aikido Security

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : croissance du chiffre d’affaires multipliée par cinq et nombre de clients presque triplé en une seule année. Plus de 100 000 équipes utilisent déjà la plateforme à travers le monde. Preuve que la proposition de valeur trouve un écho bien au-delà des frontières belges.

Pour les marketeurs et growth hackers, Aikido représente aussi un cas d’école : comment communiquer sur un sujet technique ultra-complexe tout en restant accessible ? Leur blog et leurs contenus LinkedIn sont d’une clarté remarquable, mêlant cas concrets, benchmarks sectoriels et humour bien dosé.

Cast AI : l’optimisation cloud au service de l’explosion des coûts IA

Direction la Lituanie (même si le siège est en Floride) avec Cast AI, qui devient officiellement la cinquième licorne du pays balte. La société vient de recevoir un investissement stratégique de Pacific Alliance Ventures, le bras corporate venture du conglomérat coréen Shinsegae Group.

Ce qui rend Cast AI particulièrement intéressant en 2026, c’est son timing parfait. Alors que les entreprises dépensent des fortunes en GPU pour entraîner et inférer leurs modèles d’IA, Cast AI permet d’optimiser drastiquement ces coûts en orchestrant intelligemment les workloads sur plusieurs fournisseurs cloud et plusieurs types d’instances.

  • Réduction moyenne des coûts GPU de 30 à 70 % selon les cas d’usage
  • Support multi-cloud natif (AWS, GCP, Azure)
  • Lancement récent d’OMNI Compute for AI pour contourner les contraintes régionales de capacité GPU

Pour les startups qui lèvent en Série A/B et qui brûlent énormément en infra IA, Cast AI devient presque un outil incontournable. Les directions financières commencent à exiger des preuves d’optimisation avant d’approuver les budgets compute. Une belle opportunité pour les équipes sales & marketing de Cast AI qui peuvent désormais vendre du cost avoidance plutôt que du simple gain de performance.

Harmattan AI : quand la défense rencontre l’IA autonome

La surprise française de ce cru 2026 s’appelle Harmattan AI. Fondée seulement en 2024, la société atteint déjà une valorisation de 1,4 milliard après un tour Série B de 200 millions mené par… Dassault Aviation, fabricant du Rafale.

Le positionnement ? Des systèmes autonomes pour aéronefs de défense. En clair : des drones intelligents et des wingmen autonomes capables de collaborer avec des pilotes humains. Le timing est parfait : la guerre en Ukraine a démontré l’importance cruciale des drones, et les tensions géopolitiques globales poussent les États à investir massivement dans ces technologies.

Harmattan AI a déjà signé des accords avec les ministères de la Défense français et britannique, ainsi qu’avec le fabricant ukrainien de drones Skyeton. La levée de fonds s’accompagne d’un partenariat stratégique avec Dassault, ce qui donne à la jeune pousse un accès privilégié à l’expertise aéronautique et aux réseaux institutionnels.

Pour les investisseurs européens, Harmattan représente le rêve ultime : une deeptech à très fort impact stratégique, avec barrières à l’entrée énormes (accès aux données classifiées, certifications militaires, relations institutionnelles) et potentiel de revenus récurrents via des contrats gouvernementaux pluriannuels.

Osapiens : la conformité ESG devenue business critique

Direction l’Allemagne avec Osapiens, qui boucle un tour Série C de 100 millions mené par Decarbonization Partners (BlackRock + Temasek) à une valorisation dépassant 1,1 milliard.

Le produit ? Une plateforme SaaS qui aide les grandes entreprises à gérer leurs obligations en matière de reporting extra-financier, de traçabilité de la chaîne d’approvisionnement et de conformité aux différentes règlementations ESG (CSRD en tête).

Avec plus de 2 400 clients dans le monde, dont de très grands groupes industriels, Osapiens bénéficie d’un effet de réseau puissant : plus une entreprise a de fournisseurs connectés à la plateforme, plus elle devient indispensable.

  • Automatisation du reporting CSRD, CSDDD, EU Taxonomy
  • Cartographie des risques RSE dans la supply chain
  • Analyse carbone scope 1, 2 et 3
  • Intégrations avec SAP, Salesforce, Microsoft Dynamics

Pour les directions RSE et les responsables conformité, Osapiens est en train de devenir l’équivalent d’un Salesforce pour la durabilité. Et comme pour Salesforce, la vraie valeur se trouve dans le réseau et les données accumulées.

Preply : l’edtech ukrainienne qui refuse de plier

Terminons par Preply, la marketplace d’apprentissage des langues fondée par des Ukrainiens, valorisée aujourd’hui 1,2 milliard après une Série D de 150 millions de dollars.

Preply a toujours eu une forte empreinte ukrainienne : 150 collaborateurs sur place malgré le conflit. Le CEO Kirill Bigai martèle sa volonté d’utiliser l’IA pour révolutionner l’apprentissage individuel.

« L’IA va transformer l’éducation personnalisée comme jamais auparavant. Chez Preply, nous voulons être à l’avant-garde de cette révolution. »

– Kirill Bigai, CEO de Preply

Les fonds serviront notamment à recruter massivement des talents IA dans les quatre bureaux actuels : Barcelone, Londres, New York et Kyiv. Preply mise donc sur l’hybridation humain-IA : des professeurs natifs coachés et augmentés par des outils d’IA pour proposer des parcours ultra-personnalisés.

Pour les marketeurs du secteur edtech, Preply montre comment transformer une tragédie géopolitique en récit de résilience. Leur communication autour du maintien des emplois en Ukraine et du soutien à la reconstruction via l’éducation touche particulièrement les investisseurs sensibles aux questions d’impact.

Ce que ces licornes nous disent sur les tendances 2026-2027

Ces cinq levées massives dessinent plusieurs lignes de force très claires pour les mois à venir :

  • Cybersécurité : la plateforme unifiée tout au long du cycle de développement logiciel devient la nouvelle norme
  • Optimisation IA : avec l’explosion des coûts GPU, les outils d’optimisation deviennent aussi stratégiques que les modèles eux-mêmes
  • Deeptech défense : l’Europe accepte enfin de financer massivement des technologies duales civilo-militaires
  • ESG & conformité : la CSRD et les futures règlementations font passer la durabilité du statut de « nice-to-have » à « must-have »
  • Edtech + IA : l’apprentissage personnalisé augmenté par l’IA devient le nouveau Graal

Pour les fondateurs qui préparent leur prochaine levée, le message est clair : montrez que votre modèle est aligné avec l’une de ces macro-tendances, que vous avez déjà des preuves de traction significatives, et que vous avez une vision européenne forte (même si vous incorporez aux US ou ailleurs).

Conclusion : l’Europe tech est plus vivante que jamais

Janvier 2026 restera dans les annales comme le mois où l’Europe a prouvé qu’elle pouvait encore créer des licornes à un rythme soutenu, dans des secteurs stratégiques et avec des valorisations ambitieuses. Aikido, Cast AI, Harmattan AI, Osapiens et Preply ne sont pas seulement des success stories nationales : elles incarnent les ambitions technologiques et géopolitiques d’un continent qui refuse de laisser le futur s’écrire sans lui.

Pour les entrepreneurs, investisseurs, marketeurs et décideurs tech qui nous lisent : l’Europe n’est plus seulement le continent des régulations et des contraintes. C’est aussi celui qui produit des champions mondiaux dans les domaines les plus stratégiques de demain.

Et vous, quel secteur européen vous semble le plus prometteur pour les 24 prochains mois ?

author avatar
MondeTech.fr

À lire également