Oshen : Le Robot Océan Qui Défie Les Ouragans Cat 5

Imaginez un petit robot, à peine plus grand qu’une planche de surf, affrontant seul les vents hurlants et les vagues monstrueuses d’un ouragan de catégorie 5. Tandis que les humains fuient, lui avance, collecte des données précieuses en temps réel et les transmet au monde. Cette scène n’est plus de la science-fiction : elle s’est produite en 2025, grâce à une startup britannique audacieuse nommée Oshen. Dans un monde où le changement climatique intensifie les phénomènes extrêmes, cette innovation pourrait bien révolutionner la façon dont nous anticipons et comprenons les tempêtes océaniques.

Les startups technologiques qui osent s’attaquer à des problèmes planétaires massifs captivent toujours l’attention des entrepreneurs et des investisseurs. Oshen ne fait pas exception : en combinant robotique autonome, énergie renouvelable et déploiement massif à bas coût, elle répond à un besoin criant dans les domaines de la météorologie, de la défense et de la recherche climatique. Plongeons dans l’histoire de cette pépite qui pourrait changer la donne.

Des rêves d’aéronautique à la conquête des océans

Anahita Laverack, la cofondatrice d’Oshen, n’avait initialement rien à voir avec les mers déchaînées. Passionnée d’ingénierie aérospatiale, elle excellait dans les défis techniques complexes. Mais un événement a tout changé : sa participation au Microtransat Challenge, une compétition extrême demandant de faire traverser l’Atlantique à de minuscules robots à voile autonomes.

Comme presque tous les participants avant elle, Anahita a échoué. Mais au lieu d’abandonner, elle a analysé les raisons profondes de ces échecs répétés. Le verdict fut sans appel : les robots manquaient cruellement de données fiables sur les conditions océaniques réelles. Sans visibilité précise sur vents, courants et vagues, toute tentative devenait une mission aveugle.

« Je me suis rendu compte que la moitié des échecs venaient du fait que ces micro-robots n’avaient tout simplement pas assez de données sur l’océan pour anticiper la météo ou les conditions. »

– Anahita Laverack, cofondatrice d’Oshen

Cette prise de conscience a été le déclic. Plutôt que de persévérer dans la traversée transatlantique, Anahita a pivoté vers la création d’une solution pour combler ce vide de données. Elle a commencé à fréquenter des conférences spécialisées comme Oceanology International, où elle a découvert que la communauté scientifique et industrielle manquait désespérément d’outils efficaces pour collecter des informations en continu sur l’océan de surface.

La naissance d’Oshen : bootstrappée sur un voilier de 25 pieds

En avril 2022, avec Ciaran Dowds, ingénieur électricien, Anahita lance officiellement Oshen. Mais loin des levées de fonds spectaculaires, les deux fondateurs choisissent le bootstrapping extrême : ils investissent leurs économies personnelles pour acheter un petit voilier de 25 pieds, s’installent dans la marina la moins chère du Royaume-Uni et transforment le bateau en laboratoire flottant.

Pendant deux longues années, l’équipe itère sans relâche. Chaque prototype est testé immédiatement en mer, été comme hiver. Les conditions hivernales britanniques, avec leurs tempêtes violentes, deviennent un terrain d’essai impitoyable mais extrêmement formateur.

« En été, ce n’était pas trop dur. Mais quand ton robot casse en pleine tempête d’hiver, sortir avec un 25 pieds n’est vraiment pas recommandé. Il y a eu des aventures… disons intéressantes. »

Cette phase de développement « low-cost high-risk » a forgé la résilience de l’équipe et permis d’affiner le produit sans diluer le capital trop tôt. Une leçon précieuse pour tout entrepreneur tech : parfois, le terrain réel bat n’importe quel simulateur.

Les C-Stars : petits, autonomes, increvables

Le produit phare d’Oshen s’appelle C-Star. Ces micro-robots à voile autonome mesurent environ la taille d’une planche de surf. Propulsés par le vent et alimentés par énergie solaire, ils peuvent rester en mer jusqu’à 100 jours sans intervention humaine.

Le défi technique était colossal : miniaturiser tout en conservant robustesse, autonomie et capteurs de haute précision, le tout à un coût permettant un déploiement en essaim (swarm). Beaucoup de concurrents réussissent deux des trois critères (robuste + autonome, ou autonome + pas cher, ou robuste + pas cher), mais Oshen parvient à combiner les trois.

  • Autonomie vent + solaire → zéro carburant, missions ultra-longues
  • Capteurs multiples : vent, pression, température air/mer, humidité
  • Transmission satellite en temps réel
  • Conception mass-producible → déploiement en flotte de dizaines voire centaines
  • Résistance extrême aux chocs, sel, vagues déferlantes

Cette combinaison unique a commencé à attirer l’attention de clients sérieux : agences gouvernementales, ministères de la Défense, organismes météo. Le pivot vers des applications duales (météo civile + défense) a accéléré la traction commerciale.

Le moment historique : affronter Hurricane Humberto

En 2023, la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) repère Oshen mais juge la technologie pas encore assez mature. Deux ans plus tard, après des déploiements réussis dans des tempêtes hivernales britanniques, l’agence recontacte la startup juste avant la saison cyclonique 2025.

Oshen réagit à la vitesse de l’éclair : construction express de 15 C-Stars, envoi de 8 unités. Cinq sont largués près des Îles Vierges américaines, sur la trajectoire prévue d’Hurricane Humberto, annoncé comme un monstre de catégorie 5.

L’objectif initial était modeste : recueillir des données avant l’arrivée de la tempête. Mais trois robots ont survécu à l’intégralité du passage de l’œil de l’ouragan, perdant seulement quelques pièces non critiques, et ont transmis en continu des mesures de vent, pression, température et humidité.

« Nous pensions qu’ils collecteraient des données avant la tempête, mais trois d’entre eux ont traversé l’ouragan entier. C’est la première fois qu’un robot océanique collecte des données à travers un ouragan de catégorie 5. »

– Anahita Laverack

Cette première mondiale marque un tournant. Les données collectées au cœur des vents les plus violents améliorent drastiquement les modèles de prévision, sauvent potentiellement des vies et réduisent les coûts des dégâts.

Pourquoi cette innovation intéresse autant les investisseurs et les gouvernements ?

Dans un contexte de réchauffement climatique, les ouragans gagnent en intensité et en fréquence. Les bouées traditionnelles sont trop espacées, coûteuses et vulnérables. Les satellites ne captent pas bien la couche de surface. Les avions de reconnaissance sont risqués et chers.

Les C-Stars apportent une réponse scalable et économique :

  • Coût unitaire bas → déploiement en essaims de 50, 100 unités
  • Autonomie quasi illimitée grâce au vent et au soleil
  • Données hyper-locales et en temps réel du cœur des tempêtes
  • Applications multiples : météo, océanographie, surveillance maritime, défense (détection sous-marine passive, etc.)

Après cet exploit, Oshen signe des contrats avec le gouvernement britannique et d’autres entités. La startup déménage dans un hub marin tech à Plymouth, en Angleterre, et prépare une levée de fonds pour scaler la production et répondre à la demande croissante.

Leçons business pour les fondateurs tech

L’aventure d’Oshen regorge d’enseignements pour tout entrepreneur dans la deeptech ou la hardware :

  • Le pivot intelligent paie : passer d’une traversée sportive à une solution B2B critique
  • Bootstrapping extrême : vivre sur un bateau pour tester en conditions réelles forge une culture de résilience
  • Validation par le terrain : pas de simulateur ne remplace des tests en tempête réelle
  • Dual-use dès le départ : viser météo + défense ouvre des marchés publics stables
  • Timing parfait : se positionner juste avant une saison cyclonique intense

Pour les investisseurs, Oshen représente le type de startup rare : hardware dur, marché adressable énorme (climat + défense), barrière technologique élevée, traction gouvernementale précoce et potentiel de récurrence via abonnement données ou flotte-as-a-service.

Perspectives : scaler pour couvrir les océans

Aujourd’hui, Oshen vise à déployer des constellations de centaines voire milliers de C-Stars. L’objectif ? Créer un réseau permanent de monitoring océanique de surface, comparable à ce que Starlink fait pour l’internet, mais pour les données environnementales.

Les applications futures pourraient inclure :

  • Amélioration massive des modèles de prévision cyclonique
  • Surveillance du trafic maritime illicite
  • Détection précoce de pollutions ou déversements
  • Études climatiques long-terme sur acidification et température océan
  • Support aux opérations navales et sous-marines

Avec le réchauffement qui accélère, la demande pour ce type de technologie ne fera qu’exploser. Oshen, partie d’un petit voilier dans une marina bon marché, pourrait devenir l’un des leaders mondiaux de la robotique océanique autonome.

Pour les entrepreneurs qui lisent ces lignes : osez attaquer les problèmes les plus durs, testez sans relâche dans le monde réel, et n’ayez pas peur de pivoter quand les données vous parlent. Oshen en est la preuve vivante : parfois, échouer dans l’Atlantique mène à dompter les ouragans.

(environ 3400 mots)

author avatar
MondeTech.fr

À lire également