Imaginez un instant : vous êtes créatif, freelance, dirigeant d’une petite startup ou simplement quelqu’un qui envoie régulièrement des fichiers lourds à des clients. Pendant des années, un seul nom vous venait naturellement à l’esprit : WeTransfer. Simple. Rapide. Sans prise de tête. Et puis… tout a changé.
En décembre 2025, l’histoire a pris une tournure inattendue : Nalden, l’un des deux cofondateurs historiques de WeTransfer, a publiquement exprimé sa profonde déception vis-à-vis de la nouvelle direction prise par l’entreprise depuis son rachat par Bending Spoons. Mieux encore : il a décidé de ne pas simplement critiquer… il a lancé sa propre alternative. Elle s’appelle Boomerang.
Quand la nostalgie devient un business model
Il fut un temps où WeTransfer incarnait presque à lui seul la philosophie du « less is more » dans l’univers tech. Pas d’inscription obligatoire, pas de tracking invasif, pas de pubs criardes, juste une page blanche, un gros bouton « + » et la possibilité d’envoyer jusqu’à 2 Go en quelques clics.
Cette simplicité quasi-monacale plaisait énormément aux graphistes, motion designers, architectes, agences de communication, studios de production… bref, à toute une économie créative qui avait besoin d’un outil fiable et discret.
Bending Spoons ne se préoccupe pas vraiment des gens. Même si je comprends que c’est leur stratégie de private equity, je constate que depuis mon départ en 2019, il y a eu énormément de mises à jour qui, à mon sens, ont tué le produit.
– Nalden, cofondateur de WeTransfer
Ces mots, prononcés fin 2025 dans une interview accordée à TechCrunch, ont résonné très fort dans la communauté des utilisateurs historiques.
Que s’est-il vraiment passé chez WeTransfer après le rachat ?
Le rachat de WeTransfer par Bending Spoons (société italienne déjà connue pour avoir racheté et restructuré de nombreuses applications grand public) a été officialisé en 2024. Très rapidement, plusieurs signaux ont inquiété la communauté :
- licenciement d’environ 75 % des effectifs
- modifications opaques sur le fonctionnement des liens de transfert
- polémique autour de l’utilisation des contenus des utilisateurs pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle
- tentatives (finalement abandonnées sous la pression) de modifier les conditions générales d’utilisation
Autant d’éléments qui ont créé un sentiment de trahison chez de nombreux utilisateurs de la première heure. Nalden, qui avait quitté l’aventure en 2019, a commencé à recevoir des dizaines de messages de créatifs désemparés. C’est ce qui l’a poussé à agir.
Boomerang : le retour assumé à la simplicité radicale
Le pitch de Boomerang tient en quelques mots : partager des fichiers comme en 2010, mais avec les standards de sécurité et de fiabilité de 2026.
Les promesses principales de la nouvelle plateforme :
- Pas d’inscription obligatoire pour les transferts de base
- Interface ultra-minimaliste (presque provocante en 2025)
- Aucune publicité
- Collecte minimale de données personnelles
- Pas de fonctionnalités IA visibles pour l’utilisateur final
Nalden compare son produit à un marteau : on ne veut pas un marteau connecté, avec IA et lumière LED. On veut un marteau qui tape droit et qui dure longtemps.
Les différents paliers tarifaires de Boomerang (déc. 2025)
Voici la grille actuelle, qui devrait parler à beaucoup d’indépendants et de petites structures :
- Gratuit sans compte → 1 Go de stockage total – 1 Go par fichier – 7 jours d’expiration
- Compte gratuit → 3 Go de stockage total – 3 Go par fichier – historique des envois – ajout/suppression fichiers après coup – emojis personnalisés
- Pro à 6,99 € / mois → 200 Go par dossier – 500 Go stockage global – 5 Go par fichier – expiration jusqu’à 90 jours – protection par mot de passe – couverture personnalisée des dossiers – invitations illimitées
Le positionnement prix est volontairement agressif face aux mastodontes actuels du transfert de fichiers sécurisé.
Pourquoi cette histoire intéresse particulièrement les entrepreneurs et marketeurs ?
Parce qu’elle illustre plusieurs grands débats actuels dans l’écosystème tech/startup :
- La tension permanente entre croissance à tout prix et respect de l’expérience utilisateur originelle
- Le devenir des produits iconiques une fois passés entre les mains de structures de private equity ou de roll-up companies
- La nostalgie comme levier marketing puissant en 2025-2026
- Le retour en force du minimalisme payant face à la surcharge fonctionnelle généralisée
- La défiance croissante vis-à-vis de l’utilisation des données utilisateurs pour l’entraînement IA
Pour un marketeur ou un fondateur, l’histoire de Boomerang pose une question stratégique très concrète : faut-il continuer à empiler des fonctionnalités pour justifier une hausse de prix… ou revenir à l’essence même de ce qui a fait le succès initial ?
Les limites actuelles et les chantiers à venir
Boomerang reste, fin 2025, un produit très jeune. Parmi les limites les plus souvent mentionnées par les premiers testeurs :
- Pas encore d’application mobile native (seulement web responsive)
- Pas de support pour les liens de téléchargement protégés par mot de passe en version gratuite
- Stockage global encore modeste même en version Pro
- Pas d’intégrations avec les outils de productivité majeurs (Drive, Dropbox, Figma, Slack, etc.)
Nalden l’a annoncé : une application Mac dédiée arrive très prochainement, et d’autres développements sont prévus en fonction des retours utilisateurs.
Leçons business à retenir de cette saga WeTransfer → Boomerang
Voici quelques enseignements que tout entrepreneur, growth marketer ou product manager peut déjà tirer de cette histoire :
- Une promesse utilisateur forte peut rester un actif extrêmement puissant même 15 ans plus tard
- Quand on change radicalement l’ADN d’un produit iconique, on prend le risque de libérer un espace pour un concurrent « nostalgique »
- Le positionnement « sans pub, sans tracking, sans IA intrusive » devient un vrai différenciateur compétitif en 2026
- Les fondateurs historiques conservent souvent une légitimité émotionnelle très forte auprès de la communauté originelle
- Le pricing très raisonnable (6,99 €) associé à un storytelling fort peut permettre de capter rapidement une niche très fidèle
Conclusion : un boomerang qui pourrait vraiment revenir
Il est encore beaucoup trop tôt pour savoir si Boomerang deviendra un concurrent sérieux de WeTransfer, de Smash, de Filemail, de TransferNow ou des géants historiques.
Mais une chose est déjà sûre : Nalden a réussi son pari symbolique. Il a rappelé à toute une génération de créatifs et d’entrepreneurs qu’il était encore possible, en 2026, de créer un produit tech essentiel en misant tout sur la simplicité, la transparence et le respect de l’utilisateur.
Et parfois, dans un monde saturé de fonctionnalités, le plus disruptif… c’est de revenir en arrière.
À suivre de très près.







