Imaginez un instant : vous êtes à la tête d’une plateforme crypto qui a connu des heures sombres, accusée par le régulateur américain le plus puissant au monde. Puis, du jour au lendemain, cette épée de Damoclès disparaît. C’est exactement ce qui vient de se produire pour Gemini, l’exchange fondé par les célèbres jumeaux Winklevoss. Le 24 janvier 2026, la Securities and Exchange Commission (SEC) a officiellement abandonné son procès contre la société. Une décision qui n’est pas anodine dans le paysage actuel de la cryptomonnaie et qui soulève de nombreuses questions pour les entrepreneurs, investisseurs et marketeurs du Web3.
Dans un contexte où l’administration Trump semble adopter une posture beaucoup plus conciliante envers l’industrie crypto, cette nouvelle marque un tournant potentiel. Mais au-delà du soulagement pour Gemini, que signifie réellement cette issue pour le secteur ? Quelles leçons business et stratégiques peut-on en tirer ? Plongeons ensemble dans les détails de cette affaire qui fait vibrer l’écosystème blockchain depuis plusieurs années.
Retour sur l’affaire Gemini Earn : l’origine du conflit
Tout commence avec Gemini Earn, un produit d’investissement lancé par la plateforme en partenariat avec Genesis Global Capital. Les utilisateurs pouvaient prêter leurs cryptomonnaies et percevoir des rendements attractifs. Le concept semblait séduisant : une sorte de compte épargne crypto avec des intérêts élevés.
Mais en novembre 2022, l’effondrement de FTX a provoqué un effet domino dévastateur. Genesis, lourdement exposé, a suspendu les retraits. Des dizaines de milliers d’utilisateurs de Gemini Earn se sont retrouvés bloqués pendant de longs mois, parfois jusqu’à 18 mois. La colère a monté, les plaintes ont afflué et les autorités ont rapidement pointé du doigt Gemini.
En 2023, la procureure générale de New York, Letitia James, a porté plainte pour fraude présumée. Peu après, la SEC est entrée dans la danse, accusant Gemini d’avoir proposé un produit non enregistré qui ressemblait à un titre financier. Le régulateur estimait que les rendements promis relevaient de la compétence de la législation sur les valeurs mobilières.
« Les plateformes qui proposent des rendements sur des actifs numériques doivent respecter les règles applicables aux titres financiers. »
– Extrait typique des arguments de la SEC à l’époque
Cette position rigide a caractérisé l’ère Gary Gensler à la tête de la SEC. Mais les choses ont changé avec l’arrivée de la nouvelle administration.
Le revirement spectaculaire sous l’administration Trump
Depuis l’investiture de Donald Trump en janvier 2025, l’approche réglementaire envers la crypto a pris un virage à 180 degrés. Selon plusieurs sources, dont le New York Times, plus de 60 % des affaires crypto en cours au moment de la passation de pouvoir ont été soit abandonnées, soit mises en pause, soit réglées avec des sanctions fortement réduites.
Dans le cas de Gemini, le dépôt conjoint de la SEC et de la plateforme demande simplement la clôture du dossier. La justification ? Le règlement amiable conclu en 2024 avec l’État de New York. Les investisseurs ont finalement récupéré 100 % de leurs cryptos prêtées via Gemini Earn. Plus de préjudice financier direct, donc plus de raison, selon les parties, de poursuivre au niveau fédéral.
Ce revirement n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une volonté affichée de rendre les États-Unis plus attractifs pour les entreprises crypto et d’éviter un exode massif vers des juridictions plus permissives comme Dubaï, Singapour ou certains pays européens.
- Moins de procédures contentieuses longues et coûteuses
- Focus sur des régulations plus claires plutôt que sur des actions répressives
- Soutien affiché à l’innovation blockchain par l’entourage du président
Les jumeaux Winklevoss eux-mêmes ont activement soutenu la campagne de réélection de Trump et investi dans plusieurs projets liés à la famille Trump. Coïncidence ou lobbying efficace ? Difficile à dire, mais le timing est troublant.
Gemini : un acteur historique qui veut passer à la vitesse supérieure
Fondée en 2014 par Cameron et Tyler Winklevoss – oui, ceux de The Social Network – Gemini s’est toujours positionnée comme l’exchange « réglementé » et « sécurisé » par excellence. Basée à New York, elle a obtenu très tôt des licences de trust et misé sur la conformité plutôt que sur la course effrénée aux volumes comme Binance ou Coinbase à leurs débuts.
Malgré les critiques, cette stratégie conservatrice lui a permis de survivre à plusieurs hivers crypto. Aujourd’hui, la plateforme annonce même son intention de devenir une société cotée en bourse. Le timing de l’abandon du procès par la SEC tombe donc à pic : plus de nuage noir au-dessus de la tête au moment où Gemini prépare son introduction en bourse.
Pour les fondateurs, c’est une forme de réhabilitation. Ils peuvent désormais communiquer sur une image positive : celle d’une entreprise qui a tenu ses engagements envers ses clients malgré les difficultés du marché.
Quelles leçons business pour les entrepreneurs crypto et Web3 ?
Cette affaire Gemini offre plusieurs enseignements précieux pour quiconque lance ou développe une startup dans la crypto, la DeFi ou les services financiers décentralisés.
1. La conformité n’est plus forcément un frein
Pendant longtemps, beaucoup d’acteurs voyaient la régulation comme un obstacle. Aujourd’hui, les plateformes qui ont su rester dans les clous (ou du moins négocier efficacement) semblent sortir gagnantes. Gemini, malgré le scandale Earn, n’a pas disparu et récupère même ses billes.
2. Les relations politiques comptent
Les jumeaux Winklevoss n’ont pas hésité à s’impliquer financièrement et publiquement dans la sphère politique. Cette stratégie leur a probablement ouvert des portes. Pour les entrepreneurs qui visent le marché américain, cultiver des relations avec les décideurs devient un levier stratégique majeur.
3. La transparence paie sur le long terme
Gemini a toujours mis en avant la sécurité et la conformité. Même en période de crise, cette image a aidé à maintenir la confiance d’une partie de la clientèle institutionnelle et retail.
Voici quelques principes clés à retenir :
- Documentez rigoureusement vos processus de gestion des risques
- Communiquez de manière transparente en cas de problème
- Prévoyez des fonds de garantie ou des mécanismes de remboursement
- Anticipez les scénarios de stress extrême (black swan events)
Impact sur le marché crypto en 2026 : perspectives et opportunités
Avec la SEC qui relâche la pression, plusieurs segments du marché pourraient connaître une nouvelle dynamique :
- Retour des produits de rendement structurés (lending, staking as a service)
- Accélération des introductions en bourse ou SPAC pour les exchanges
- Augmentation des investissements institutionnels américains
- Développement de nouveaux produits tokenisés (immobilier, obligations, etc.)
Pour les marketeurs et growth hackers du Web3, c’est aussi une aubaine : les budgets communication peuvent se concentrer sur la valeur ajoutée produit plutôt que sur la défense contre les FUD réglementaires.
Les campagnes pourront mettre en avant la sécurité, la transparence et les rendements sans craindre autant le couperet du régulateur. Les influenceurs et créateurs de contenu crypto devraient également voir leurs partenariats se multiplier.
Et la concurrence dans tout ça ?
Coinbase, Kraken, Binance.US, Bitstamp… tous ces acteurs observent attentivement ce qui se passe avec Gemini. Si la SEC continue sur cette lancée, on peut s’attendre à une vague de règlements amiables pour de nombreuses affaires en cours.
Pour les fondateurs de startups crypto françaises ou européennes, c’est aussi un signal : les États-Unis pourraient redevenir une terre d’opportunités plutôt qu’un champ de mines réglementaire. Attention toutefois à ne pas crier victoire trop vite : la politique américaine reste volatile et le Congrès pourrait encore intervenir pour clarifier (ou compliquer) le cadre légal.
Conclusion : un nouveau chapitre pour la crypto régulée ?
L’abandon du procès contre Gemini n’est pas seulement une victoire personnelle pour Cameron et Tyler Winklevoss. C’est le symbole d’un changement profond dans la relation entre l’État américain et l’industrie crypto.
Pour les entrepreneurs, investisseurs et marketeurs du numérique, cela signifie qu’il faut désormais raisonner à long terme : miser sur la conformité intelligente, tisser des liens politiques quand c’est pertinent, et surtout continuer d’innover dans un cadre qui devient progressivement plus prévisible.
2026 pourrait bien être l’année où la crypto passe définitivement du statut de « Far West » à celui d’industrie financière adulte et régulée. Et dans ce nouveau paysage, les acteurs les plus solides, les plus transparents et les mieux connectés sortiront clairement gagnants.
Et vous, que pensez-vous de cette évolution ? Est-ce le début d’une ère dorée pour la crypto aux États-Unis ou simplement une pause temporaire avant de nouvelles batailles réglementaires ?






