Imaginez monter dans un véhicule qui vous salue par votre prénom avec un petit « Oh hi » sympathique, sans chauffeur à l’horizon. Cette scène, encore futuriste pour beaucoup, est en train de devenir réalité dans plusieurs grandes villes américaines. Et justement, le leader incontesté du secteur vient de franchir une nouvelle étape symbolique mais stratégique : Waymo rebaptise son robotaxi conçu avec le constructeur chinois Zeekr. Exit le nom « Zeekr RT », bienvenue à Ojai, un nom qui sent bon la Californie, le bien-être et… l’évitement habile de certaines polémiques géopolitiques.
Le 7 janvier 2026, à quelques jours du CES de Las Vegas, TechCrunch révélait cette décision lourde de sens pour l’avenir de la mobilité autonome. Mais au-delà du simple changement de nom se cache une véritable opération de repositionnement marketing, technologique et politique. Plongeons ensemble dans les coulisses de cette transformation qui pourrait bien marquer un tournant dans la course au robotaxi grand public.
Pourquoi abandonner le nom Zeekr ? Les vraies raisons derrière le rebranding
Officiellement, Waymo explique ce changement par une simple réalité marketing : le grand public américain ne connaît pas (encore) la marque Zeekr. Chris Bonelli, porte-parole de l’entreprise, l’a affirmé sans détour : la notoriété quasi-nulle de Zeekr aux États-Unis rendait le nom peu pertinent pour une expérience grand public.
Mais soyons honnêtes : dans le contexte actuel des relations sino-américaines, associer en permanence le nom d’un constructeur chinois à son service de robotaxi le plus visible pouvait devenir un handicap stratégique. Entre les tensions commerciales persistantes, les questions de sécurité des données et la méfiance croissante d’une partie de l’opinion publique envers les technologies chinoises, le choix d’un nom purement californien n’est pas anodin.
« Le nom Ojai évoque la créativité, le bien-être et une certaine douceur de vivre californienne. C’est exactement l’état d’esprit que nous voulons transmettre à nos usagers lorsqu’ils montent dans nos véhicules autonomes. »
– Porte-parole Waymo (Chris Bonelli, janvier 2026)
Le message est clair : on passe d’une collaboration industrielle technique à une expérience utilisateur résolument américaine, chaleureuse et accessible.
Ojai : un nom, une histoire, un territoire marketing
Ojai (prononcé « oh-hi ») est une petite ville située dans les montagnes Topatopa, au nord de Los Angeles. Connue pour sa communauté artistique, ses sources thermales, son cadre naturel préservé et son ambiance « wellness », elle incarne à merveille les valeurs que Waymo veut projeter : sérénité, modernité douce, innovation respectueuse de l’humain.
Et le clin d’œil est assumé : lorsque vous ouvrirez la porte du véhicule, l’assistant vocal vous accueillera par un joyeux « Oh hi [votre prénom] ». Un petit bonjour amical qui transforme instantanément une course autonome en expérience presque personnelle. C’est du marketing expérientiel d’une finesse remarquable.
Dans un secteur où la plupart des concurrents misent encore sur des noms très technologiques (Cruise, Zoox, Motional, Aurora…), Waymo choisit la voie de l’émotion et de la proximité. Pari audacieux, mais cohérent avec la maturité croissante du marché.
Retour sur le partenariat stratégique Waymo x Zeekr
En 2021, Waymo (filiale d’Alphabet) signe un partenariat majeur avec Zeekr, marque premium du groupe Geely (propriétaire également de Volvo, Polestar et Lotus). L’objectif ? Développer un véhicule 100 % dédié à la robotaxi, sans compromis sur les usages traditionnels.
En 2022, lors d’un événement spectaculaire à Los Angeles, le prototype est dévoilé : monospace futuriste, absence totale de volant, plateforme SEA-M spécialement conçue pour les usages de mobilité autonome et de livraison.
Depuis, le véhicule a énormément évolué en coulisses :
- Des milliers de kilomètres d’essais intensifs à Phoenix et San Francisco
- Améliorations continues des algorithmes de perception et de décision
- Ajustements ergonomiques et de confort intérieur
- Optimisation de la chaîne de traction et de l’autonomie
- Passage progressif à une teinte extérieure plus argentée, plus premium et moins « concept car »
Et surtout : l’ajout d’un volant physique sur la version finale destinée à la commercialisation. Un choix pragmatique qui permet au véhicule d’être homologué plus facilement dans certains États et pays, et qui rassure aussi psychologiquement une partie du public encore frileux.
Le stack technologique : toujours aussi impressionnant
Malgré le changement de nom, la suite capteurs reste inchangée et parmi les plus complètes du marché :
- 13 caméras haute résolution
- 4 lidars de dernière génération
- 6 radars longue et moyenne portée
- Microphones externes pour la détection des sirènes et klaxons
- Essuie-glaces miniaturisés pour les capteurs (détail technique adorable)
Cette redondance et cette diversité de capteurs restent la marque de fabrique de Waymo : une approche « défense en profondeur » qui explique en grande partie sa longueur d’avance en termes de sécurité et de fiabilité opérationnelle.
Le calendrier 2026-2027 : l’année de tous les dangers (et opportunités)
Waymo ne cache plus ses ambitions. Après avoir consolidé sa position à Phoenix, San Francisco, Los Angeles, Austin et Atlanta, l’entreprise prévoit d’attaquer une douzaine de nouvelles villes dans les 12 à 18 prochains mois.
Parmi les noms qui reviennent avec insistance :
- Denver
- Las Vegas
- Miami
- Washington D.C.
- Et surtout… Londres (première incursion européenne significative)
L’arrivée du véhicule Ojai coïncide parfaitement avec cette phase d’hyper-croissance. Il s’agit du premier véhicule conçu dès l’origine pour être un robotaxi pur, et non un modèle dérivé d’une voiture classique. C’est un argument de poids face à Cruise (GM), Zoox (Amazon) ou encore les futures offres de Tesla.
Les implications business pour les startups et investisseurs
Pour les entrepreneurs et investisseurs qui suivent la mobilité autonome, plusieurs signaux sont à retenir :
- Le choix du naming montre que l’expérience client devient désormais aussi importante que la performance technologique pure
- Waymo continue de miser sur des partenariats industriels forts plutôt que sur une intégration verticale totale
- Le marché est en train de passer de la phase « expérimentation » à la phase « scale commercial agressif »
- Les acteurs européens et asiatiques vont devoir accélérer considérablement s’ils veulent rester dans la course
Les valorisations dans le secteur risquent de connaître de fortes variations dans les 18 prochains mois, selon la capacité de chaque acteur à déployer à grande échelle tout en maintenant un niveau de sécurité exemplaire.
Quel impact sur le marketing territorial et les villes intelligentes ?
Pour les métropoles, accueillir Waymo devient un véritable enjeu de communication et d’attractivité économique. Les villes qui seront choisies dans la prochaine vague bénéficieront d’une visibilité mondiale considérable et d’un positionnement « smart city » très fort.
À l’inverse, celles qui traîneront des pieds sur la réglementation ou qui céderont aux lobbys traditionnels risquent de se retrouver distancées dans la compétition mondiale pour attirer les talents et les investissements du futur.
Conclusion : Ojai, plus qu’un nom, une philosophie
En rebaptisant son robotaxi Zeekr en Ojai, Waymo ne fait pas qu’un simple exercice de style. L’entreprise pose les bases d’une nouvelle étape de sa communication : passer de l’image de la technologie froide et complexe à celle d’une mobilité chaleureuse, accessible et presque poétique.
Dans un secteur où la technologie est reine depuis plus de quinze ans, c’est un signal fort : le futur de la mobilité autonome se jouera autant sur l’émotion et la confiance que sur les kilomètres parcourus sans incident.
Et vous, seriez-vous prêt à grimper à bord d’un Ojai qui vous salue par votre prénom ? La réponse à cette question pourrait bien déterminer qui remportera la bataille du robotaxi grand public dans les années à venir.
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