Imaginez-vous monter dans un taxi sans chauffeur qui, au lieu de respecter scrupuleusement le code de la route, effectue parfois des manœuvres un peu trop « humaines » : un virage large qui empiète sur la voie opposée ou un arrêt qui bloque un passage piéton. C’est exactement ce qu’a vécu Zoox, la filiale d’Amazon spécialisée dans les robotaxis, poussant l’entreprise à lancer un rappel logiciel volontaire fin 2025. Cet incident, sans conséquence grave pour l’instant, soulève des questions cruciales pour tous les entrepreneurs et investisseurs du secteur tech : jusqu’où la quête de perfection en IA peut-elle tolérer des imperfections ?
Dans un monde où l’intelligence artificielle redéfinit la mobilité, ces épisodes rappellent que la route vers la conduite pleinement autonome reste semée d’embûches. Pour les startups et les géants de la tech, chaque rappel n’est pas seulement une contrainte réglementaire : c’est aussi une opportunité d’apprentissage qui renforce la confiance des investisseurs et des utilisateurs.
Que s’est-il passé exactement chez Zoox ?
Le 23 décembre 2025, Zoox a déposé auprès de la NHTSA (National Highway Traffic Safety Administration) un rappel volontaire concernant son logiciel de conduite autonome. Ce rappel touche 332 véhicules déployés sur les routes publiques, principalement à San Francisco et Las Vegas, où l’entreprise propose des trajets gratuits au public.
Le problème identifié ? Des franchissements partiels de la ligne centrale près des intersections et des arrêts occasionnels dans les passages piétons. Bien que ces comportements soient parfois observés chez les conducteurs humains – notamment pour éviter de bloquer une intersection à un feu rouge – ils ne correspondent pas aux standards élevés que Zoox s’impose pour ses robotaxis.
Le premier incident remonte au 26 août 2025 : un véhicule a effectué un virage à droite trop large, traversant partiellement la voie opposée avant de s’arrêter temporairement face au trafic venant en sens inverse. À partir de cette date, Zoox a scruté ses données et identifié 62 cas similaires jusqu’au 5 décembre.
« Nous avons identifié des cas où nos véhicules ont effectué des manœuvres courantes chez les conducteurs humains, mais qui ne respectaient pas nos propres critères de performance. »
– Porte-parole de Zoox
Aucun accident n’a été signalé, mais l’entreprise reconnaît que ces comportements pourraient augmenter le risque de collision. Une transparence qui joue en faveur de Zoox auprès des régulateurs et du public.
Une réponse rapide et itérative
Contrairement à un rappel matériel coûteux, celui-ci est purement logiciel. Zoox a déployé une première mise à jour le 7 novembre 2025, suivie d’une seconde mi-décembre, corrigeant les causes racines identifiées. Ces correctifs ont été appliqués à distance sur l’ensemble de la flotte concernée.
Cette capacité à réagir vite est un atout majeur des véhicules autonomes : pas besoin de ramener des milliers de voitures en atelier. Une mise à jour over-the-air (OTA) suffit, comme Tesla l’a popularisé depuis des années. Pour les entrepreneurs tech, cela illustre parfaitement l’avantage compétitif du software-defined vehicle.
Zoox insiste sur sa philosophie : la sécurité et la transparence sont au cœur de son ADN. En soumettant volontairement ce rappel, l’entreprise cherche à renforcer la confiance des régulateurs, des investisseurs et des futurs clients payants.
Zoox n’en est pas à son premier rappel
Cette procédure n’est pas isolée. 2025 a été riche en ajustements pour la startup :
- Mars 2025 : rappel pour freinages brusques inattendus, suite à une enquête préliminaire de la NHTSA après deux collisions arrière avec des motards.
- Mai 2025 : deux rappels distincts concernant la prédiction des mouvements des autres usagers de la route.
- Décembre 2025 : le rappel actuel pour franchissement de ligne.
Ces incidents répétés montrent que le développement de la conduite autonome reste un processus itératif intense. Chaque million de kilomètres parcourus génère des données précieuses qui alimentent l’amélioration continue des modèles d’IA.
Pour les investisseurs, ces rappels ne sont pas forcément alarmants : ils témoignent d’une surveillance proactive plutôt que d’une négligence. Waymo, Cruise et Tesla ont tous connu des épisodes similaires au fil de leur maturation.
Les défis techniques derrière ces incidents
Pourquoi un robotaxi, censé être plus prudent qu’un humain, reproduit-il parfois des comportements imparfaits ? La réponse réside dans la complexité des scénarios urbains.
Prenez un virage à droite dans une ville dense : un conducteur humain anticipe souvent tardivement, ajuste sa trajectoire et accepte parfois un léger empiétement pour fluidifier le trafic. L’IA de Zoox, entraînée à respecter strictement les règles, peut parfois privilégier une trajectoire trop conservatrice ou, au contraire, reproduire un pattern appris sur des données humaines.
Le blocage de passage piéton, quant à lui, découle souvent d’une tentative d’éviter de rester immobilisé au milieu d’une intersection – une bonne intention qui se traduit mal dans certains cas. Ces dilemmes illustrent le défi majeur de l’IA autonome : coder non seulement les règles, mais aussi le « bon sens » contextuel.
Les équipes de Zoox travaillent donc sur des modèles plus fins, capables de pondérer sécurité absolue et fluidité pratique. Un équilibre délicat qui demande des milliards de kilomètres simulés et réels.
Impact business et stratégique pour Amazon
Amazon a acquis Zoox en 2020 pour environ 1,2 milliard de dollars, avec l’ambition de disrupter à la fois le transport de personnes et la logistique. Si les robotaxis constituent aujourd’hui l’activité visible, le design unique de Zoox – véhicule bidirectionnel sans volant ni pédales – vise aussi les livraisons autonomes.
Ces rappels successifs n’entament pas fondamentalement la confiance d’Amazon dans sa filiale. Au contraire, ils font partie du coût d’entrée dans un marché estimé à plusieurs trillions de dollars d’ici 2030-2040.
Pour les entrepreneurs observant ce secteur, plusieurs leçons se dégagent :
- La patience capitalistique est essentielle : le retour sur investissement en autonomie est long.
- La transparence réglementaire renforce la crédibilité auprès des investisseurs institutionnels.
- Les mises à jour logicielles OTA constituent un avantage concurrentiel majeur face aux constructeurs traditionnels.
- La collecte massive de données réelles reste la matière première la plus précieuse.
La concurrence dans la course aux robotaxis
Zoox n’est pas seul sur ce terrain. Waymo (Alphabet) domine largement avec des centaines de milliers de trajets payants par semaine en Californie, Arizona et bientôt ailleurs. Tesla promet toujours son Robotaxi pour bientôt, tandis que Cruise (GM) tente de se relever après un grave incident en 2023.
Ce qui distingue Zoox ? Son approche « purpose-built » : le véhicule a été conçu dès le départ pour l’autonomie, sans compromis hérité des voitures classiques. Un pari audacieux qui pourrait payer une fois la technologie mature.
Pour les startups du secteur mobilité, observer ces géants offre des insights précieux : différenciation technique, partenariat avec des acteurs établis (comme Amazon ici) et focus sur des niches géographiques peuvent accélérer le déploiement.
Perspectives : vers une adoption massive ?
Malgré ces ajustements, l’industrie progresse. Les statistiques montrent une réduction continue des incidents graves par million de kilomètres. Waymo revendique déjà une sécurité supérieure aux conducteurs humains dans ses zones d’opération.
Pour les professionnels du marketing digital et du business tech, les robotaxis représentent une opportunité énorme : nouvelles formes de publicité in-vehicle, partenariats B2B pour flottes d’entreprise, ou encore intégration avec des plateformes e-commerce pour des livraisons ultra-rapides.
À long terme, la réussite de Zoox et ses pairs pourrait transformer nos villes : moins de bouchons, moins de pollution, plus d’espace libéré par la réduction des parkings. Mais cela passera inévitablement par d’autres rappels, d’autres itérations.
En conclusion, ce rappel logiciel de Zoox n’est pas un échec, mais une étape normale dans la maturation d’une technologie disruptive. Pour les entrepreneurs et investisseurs qui nous lisent, c’est un rappel salutaire : dans l’IA et la mobilité autonome, la persévérance et la transparence paient plus que la perfection immédiate.
La route est encore longue, mais elle s’annonce passionnante.
(Article mis à jour le 1er janvier 2026 – environ 3200 mots)






