Imaginez ouvrir TikTok ou Instagram et tomber immédiatement sur un message d’alerte : « Attention, cette fonctionnalité peut créer une dépendance ». Plus question de scroller sans fin sans être conscient des risques. C’est exactement ce que vient de rendre obligatoire l’État de New York pour les plateformes sociales ciblant les jeunes utilisateurs. Une mesure forte, signée fin décembre 2025 par la gouverneure Kathy Hochul, qui marque un tournant dans la régulation du numérique. Pour les entrepreneurs tech, les marketeurs et les startups du digital, cette nouvelle loi soulève des questions cruciales : comment adapter ses stratégies d’engagement tout en respectant ces contraintes ?
Dans un univers où l’attention est la ressource la plus précieuse, les géants des réseaux sociaux ont perfectionné des mécanismes conçus pour nous garder scotchés à l’écran. Mais aujourd’hui, les pouvoirs publics contre-attaquent. Cette initiative new-yorkaise pourrait bien faire école et transformer durablement la façon dont nous concevons et commercialisons les produits digitaux.
Qu’est-ce que cette nouvelle loi change concrètement ?
La législation, connue sous les références S4505/A5346, impose aux plateformes qualifiées d’« addictives » d’afficher des avertissements clairs et non contournables dès qu’un utilisateur mineur active une fonctionnalité à risque. Ces fonctionnalités incluent notamment l’autoplay, le scroll infini, les notifications push et l’affichage du nombre de likes.
Les plateformes concernées sont celles qui intègrent ces éléments comme partie significative de leur expérience utilisateur, sauf si le procureur général estime qu’ils servent un objectif légitime autre que prolonger le temps passé sur l’application.
Les avertissements doivent apparaître :
- À la première utilisation de la fonctionnalité par un jeune utilisateur
- Périodiquement par la suite
- Sans possibilité de les ignorer ou de les désactiver
Cette obligation s’inscrit dans une série de mesures protectrices adoptées par New York ces dernières années, notamment l’interdiction de proposer des flux algorithmiques addictifs aux mineurs sans consentement parental.
Pourquoi maintenant ? Le contexte d’une prise de conscience collective
Depuis plusieurs années, chercheurs, psychologues et responsables politiques alertent sur l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale des adolescents. Des études montrent une corrélation entre usage intensif et augmentation des troubles anxieux, dépressifs ou encore des problèmes de sommeil.
En 2024, le Surgeon General américain Vivek Murthy avait déjà appelé à apposer des étiquettes d’avertissement sur les plateformes sociales, comparant leurs effets à ceux du tabac. New York franchit le pas et devient pionnier dans la mise en œuvre concrète de cette recommandation.
« Protéger les New-Yorkais a toujours été ma priorité absolue depuis que j’ai pris mes fonctions, et cela inclut protéger nos enfants des dangers potentiels des fonctionnalités de réseaux sociaux qui encouragent une utilisation excessive. »
– Kathy Hochul, gouverneure de New York
Cette déclaration illustre parfaitement le ton adopté : protecteur, presque parental, vis-à-vis des jeunes générations.
Les réactions des acteurs du secteur tech et marketing
Du côté des plateformes, on peut s’attendre à une certaine tension. Les modèles économiques reposent largement sur le temps passé par les utilisateurs. Réduire l’engagement via des frictions délibérées pourrait affecter les métriques clés et, par extension, les revenus publicitaires.
Pour les marketeurs et les startups du social media, c’est un signal fort : les techniques d’engagement agressif sont désormais dans le viseur des régulateurs. Les notifications intempestives, les streaks, les récompenses virtuelles quotidiennes… tout cela pourrait être remis en question.
Certaines entreprises innovantes y voient déjà une opportunité. Concevoir des expériences digitales respectueuses du bien-être pourrait devenir un argument commercial puissant, surtout auprès des parents et des générations conscientes des enjeux de santé mentale.
Comparaison avec d’autres initiatives dans le monde
New York n’est pas totalement isolé. La Californie travaille sur un projet similaire. En Europe, le Digital Services Act (DSA) impose déjà des obligations de transparence et de modération, même si les avertissements explicites ne sont pas encore généralisés.
L’Australie a interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans à partir de fin 2025. Le Royaume-Uni, avec son Online Safety Act, renforce aussi la protection des mineurs. On assiste à une vague réglementaire mondiale qui place la santé mentale numérique au cœur des priorités politiques.
Pour les entreprises internationales, cela signifie souvent devoir adapter leurs produits région par région, augmentant les coûts de compliance mais aussi poussant à repenser les bonnes pratiques globales.
Impact sur les stratégies de growth marketing et d’acquisition
Les growth hackers et responsables acquisition vont devoir revoir certaines tactiques éprouvées :
- Les campagnes de réactivation basées sur des notifications push massives risquent de perdre en efficacité
- Le scroll infini, longtemps considéré comme indispensable pour maintenir l’attention, pourrait être limité ou accompagné de frictions
- Les métriques de temps passé (time on app) pourraient être dépriorisées au profit d’indicateurs de qualité d’engagement
- Les A/B tests devront intégrer des contraintes légales spécifiques à certains marchés
À la place, on pourrait voir émerger des approches plus éthiques et durables : contenus premium accessibles sans algorithme addictif, recommandations personnalisées mais limitées dans le temps, ou encore modes « bien-être » par défaut pour les plus jeunes.
Les opportunités business cachées derrière la contrainte
Paradoxalement, cette régulation peut ouvrir des portes pour les entrepreneurs malins. Quelques pistes :
1. Outils de compliance automatisée : des startups pourraient développer des solutions SaaS permettant aux plateformes de détecter automatiquement les utilisateurs mineurs et d’afficher les avertissements requis.
2. Alternatives « saines » aux réseaux traditionnels : des applications sociales conçues dès le départ sans mécanismes addictifs pourraient séduire une niche croissante de parents et d’utilisateurs soucieux de leur temps d’écran.
3. Certification « bien-être numérique » : un label indépendant pourrait émerger, valorisant les apps respectueuses de la santé mentale, un peu comme les labels bio dans l’alimentation.
4. Services de conseil en éthique digitale : les agences marketing pourraient proposer des audits pour aider les entreprises à adapter leurs produits aux nouvelles normes.
Que retenir pour votre activité digitale en 2026 ?
Si vous évoluez dans le marketing digital, les réseaux sociaux ou le développement d’applications, voici les actions recommandées :
- Auditez vos fonctionnalités : identifiez celles potentiellement concernées (scroll infini, notifications, autoplay)
- Préparez des versions conformes pour le marché américain, en particulier New York
- Communiquez proactivement sur vos efforts en matière de bien-être utilisateur – cela peut devenir un avantage concurrentiel
- Suivez l’évolution légale dans d’autres États et pays : la Californie pourrait suivre rapidement
- Pensez « design éthique » dès la conception de vos produits
En définitive, cette loi new-yorkaise n’est probablement que le début d’une transformation plus profonde. Les entreprises qui sauront anticiper et innover dans un cadre plus contraint pourraient bien en sortir renforcées. Car au final, un utilisateur qui choisit volontairement de passer du temps sur votre plateforme vaut bien mieux qu’un utilisateur captif malgré lui.
Le digital de demain sera peut-être moins addictif… mais potentiellement plus fidèle et plus rentable à long terme.
(Article basé sur les informations publiées par TechCrunch le 27 décembre 2025)







