Imaginez un pays de près de 100 millions d’habitants soudain plongé dans le silence numérique total. Plus de réseaux sociaux, plus d’emails professionnels, plus de paiements en ligne, plus de coordination à distance. C’est exactement ce que vit l’Iran depuis plus d’une semaine en ce début d’année 2026. Cette coupure internet, l’une des plus longues de son histoire récente, soulève des questions cruciales pour tous les entrepreneurs, marketeurs et acteurs du digital : que se passe-t-il quand l’infrastructure internet devient une arme politique ? Et surtout, quelles leçons en tirer pour protéger son business dans un monde de plus en plus instable ?
Alors que les protestations massives secouent le pays depuis la fin 2025, les autorités ont opté pour une réponse radicale : couper presque totalement l’accès à internet pour la population. Ce n’est pas une simple restriction de certains sites, mais un blackout quasi-complet qui affecte 92 millions de personnes. Pour les professionnels du numérique, c’est un cas d’école extrême sur la vulnérabilité de nos modèles économiques modernes.
Une chronologie inédite : la plus longue coupure depuis des années
Le blackout a débuté brusquement le 8 janvier 2026. En quelques heures, la quasi-totalité du trafic internet a été interrompue. Selon les experts de NetBlocks, une organisation spécialisée dans la surveillance des disruptions numériques, cela représente déjà plus de 170 heures de coupure complète. À titre de comparaison, les précédents records iraniens tournaient autour de 160-163 heures en 2019 et 2025. Nous sommes donc face à un événement exceptionnel par sa durée et son ampleur.
Mais l’Iran n’est pas le seul pays à utiliser cette méthode. Des blackouts encore plus longs ont été observés ailleurs : près de 35 jours au Soudan en 2021, 22 jours en Mauritanie en 2024. Ce qui rend la situation iranienne particulièrement marquante, c’est l’échelle : près de 92 millions de citoyens impactés simultanément, soit l’une des plus grosses populations jamais privées d’internet de manière aussi brutale.
« Les shutdowns iraniens restent parmi les plus complets et les mieux appliqués que nous ayons observés, surtout en termes de population touchée. »
– Isik Mater, directeur de la recherche chez NetBlocks
Cette citation résume parfaitement la gravité de la situation. Il ne s’agit pas d’une simple gêne passagère : c’est une paralysie numérique totale.
Pourquoi couper internet ? Les motivations politiques derrière le blackout
Les autorités iraniennes ont une longue tradition d’utilisation de la coupure internet comme outil de contrôle lors des périodes de contestation. Dès que des manifestations prennent de l’ampleur, le régime coupe les communications pour plusieurs raisons stratégiques :
- Empêcher la coordination des manifestants en temps réel via Telegram, Instagram, WhatsApp ou X
- Rendre extrêmement difficile la diffusion de vidéos et d’images à l’international
- Limiter la capacité des journalistes et activistes à documenter les répressions
- Créer un climat de peur et d’isolement au sein de la population
En 2026, les protestations ont pris une ampleur considérable : plus de 600 manifestations recensées dans tout le pays selon certaines ONG américaines, et des estimations faisant état d’au moins 2 000 morts lors de la répression. Face à cette contestation généralisée, le pouvoir a choisi la méthode la plus radicale.
Les exceptions : qui a encore accès à internet ?
Tous ne sont pas logés à la même enseigne. Certaines institutions gouvernementales, certains ministères et une partie du secteur bancaire ont vu leur connexion rétablie rapidement. Les stations-service peuvent par exemple traiter les paiements électroniques. Cette segmentation montre que le blackout n’est pas technique, mais délibérément ciblé : on coupe la population civile tout en maintenant les infrastructures critiques du pouvoir et de l’économie étatique.
Pour le reste de la population et surtout pour les entrepreneurs privés, les freelances, les startups et les e-commerçants, l’accès reste quasi nul. Les conséquences économiques sont déjà dramatiques.
Impact économique : quand le digital s’effondre
Dans un pays où une grande partie des transactions passe par des applications mobiles, où le freelancing international représente une source majeure de revenus en devises étrangères, et où de nombreuses petites entreprises dépendent du marketing digital, une coupure de plus d’une semaine est catastrophique.
Voici quelques secteurs particulièrement touchés :
- E-commerce local : impossible de passer ou recevoir des commandes en ligne
- Freelancers et remote workers : perte totale de productivité pour ceux qui travaillent avec des clients étrangers
- Startups tech : impossibilité de déployer, tester, monitorer ou scaler leurs produits
- Marketing digital : campagnes publicitaires stoppées net, community management impossible
- Cryptomonnaies : trading, transferts et paiements en crypto paralysés pour la plupart des utilisateurs
Pour les entreprises qui avaient déjà anticipé ce risque et mis en place des solutions de contournement (VPN, serveurs proxy délocalisés, outils asynchrones), l’impact est moindre. Mais la majorité n’a pas cette résilience.
Starlink : l’espoir venu du ciel… mais sous haute surveillance
Depuis 2022, l’administration américaine avait assoupli les sanctions pour permettre à des entreprises comme Starlink de fournir une connexion satellite aux Iraniens. Des terminaux ont été introduits clandestinement dans le pays. Aujourd’hui, une petite minorité d’Iraniens parvient à se connecter via ces antennes.
Mais le régime ne reste pas les bras croisés : posséder un terminal Starlink est désormais illégal, les appareils sont confisqués, des brouilleurs sont déployés dans les quartiers où l’on soupçonne une utilisation, et des descentes ont lieu régulièrement.
« Un nombre relativement faible mais inconnu d’Iraniens utilisent des terminaux Starlink introduits clandestinement dans le pays. »
– The Guardian
Cette technologie représente pourtant l’une des rares voies de sortie pour les entrepreneurs et créateurs qui refusent de disparaître complètement du web mondial.
Leçons pour les entrepreneurs et marketeurs du digital
Même si votre marché est stable aujourd’hui, la situation iranienne nous rappelle que la dépendance totale à une infrastructure internet contrôlée par un État peut devenir un talon d’Achille majeur. Voici quelques stratégies concrètes à envisager :
- Développer des canaux de communication asynchrones et multi-plateformes (email + Telegram + Signal + WhatsApp Business)
- Stocker des copies locales de ses actifs digitaux critiques (bases de données clients, contenus marketing)
- Mettre en place des systèmes redondants (serveurs dans plusieurs juridictions)
- Former ses équipes à travailler en mode low-tech ou offline-first pendant plusieurs jours
- Envisager des solutions satellites (Starlink, OneWeb, etc.) comme plan B dans les zones à risque
- Diversifier géographiquement sa clientèle et ses fournisseurs pour limiter l’impact d’un blackout local
Ces mesures ne sont pas réservées aux pays autoritaires. Les catastrophes naturelles, les cyberattaques massives ou les crises géopolitiques peuvent provoquer des disruptions similaires ailleurs.
Géopolitique et tech : l’internet comme enjeu stratégique mondial
La réaction internationale à ce blackout est révélatrice. Donald Trump, redevenu président, a menacé d’intervention militaire tout en repositionnant des forces navales vers le Moyen-Orient. Dans le même temps, il affirme avoir des informations selon lesquelles « les tueries ont cessé ». Le Royaume-Uni a fermé son ambassade à Téhéran et évacué son personnel. L’espace aérien iranien a été temporairement fermé.
Ces mouvements montrent que la question iranienne dépasse largement le cadre local. Elle touche directement la stabilité régionale, les flux énergétiques, les routes commerciales et… les infrastructures numériques globales.
Vers une nouvelle ère de résilience numérique ?
Les shutdowns comme celui que vit l’Iran en 2026 pourraient bien accélérer plusieurs tendances déjà en cours :
- essor des réseaux mesh locaux et décentralisés
- adoption massive des solutions satellite grand public
- développement d’outils de communication résistants à la censure (Nostr, Session, Briar…)
- croissance des VPN et proxies décentralisés
- montée en puissance des architectures zero-trust et multi-cloud
Pour les fondateurs de startups, marketeurs et dirigeants tech, l’équation est claire : dans un monde où l’internet peut être coupé du jour au lendemain, la vraie compétitivité passe par la capacité à continuer d’opérer – même partiellement – quand tout le monde est dans le noir.
La situation iranienne n’est pas seulement une tragédie humaine. C’est aussi un signal d’alarme pour toute l’économie numérique mondiale. Ceux qui sauront en tirer les leçons aujourd’hui seront ceux qui survivront – et peut-être prospéreront – aux crises de demain.
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