Zanskar Révolutionne la Géothermie avec l’IA

Et si la solution à la crise énergétique mondiale se trouvait littéralement sous nos pieds, mais que nous l’avions ignorée pendant des décennies ? Alors que le monde entier parle d’éolien, de solaire et de batteries, une startup américaine nommée Zanskar affirme que le potentiel géothermique conventionnel pourrait atteindre le térawatt – oui, 1 000 gigawatts – grâce à l’intelligence artificielle. Une ambition qui semble folle au premier abord, mais qui vient de convaincre des investisseurs de premier plan de miser 115 millions de dollars sur cette vision.

Dans un secteur où les promesses de l’énergie propre se heurtent souvent à la réalité du terrain, Zanskar propose une approche radicalement différente : oublier les méthodes traditionnelles de prospection et laisser l’IA révéler ce que l’œil humain ne voit pas. Pour les entrepreneurs, les investisseurs et les passionnés de deep tech, cette histoire mérite qu’on s’y attarde. Elle illustre parfaitement comment l’intelligence artificielle peut transformer des industries matures en opportunités massives de croissance.

La géothermie conventionnelle : une ressource sous-estimée depuis trop longtemps

La géothermie n’est pas une technologie nouvelle. Depuis des décennies, certaines régions du monde exploitent la chaleur naturelle de la Terre pour produire de l’électricité ou du chauffage. Aux États-Unis, ce sont environ 4 gigawatts qui sont installés aujourd’hui, principalement en Californie et au Nevada. Un chiffre qui stagne depuis des années.

Pourquoi un tel immobilisme ? Parce que la prospection géothermique repose traditionnellement sur des indices visibles en surface : sources chaudes, fumerolles, volcans actifs. Or ces signes ne représentent qu’une infime partie – environ 5 % selon les estimations – des systèmes géothermiques existants. Les 95 % restants restent invisibles, enfouis, et donc inexplorés.

Le Département de l’Énergie américain (DOE) table sur un potentiel de 60 gigawatts d’ici 2050, mais cette projection repose principalement sur le développement de la géothermie améliorée (EGS), une technique qui fracture la roche chaude profonde à l’aide de méthodes proches de la fracturation hydraulique. Une voie prometteuse, portée par des acteurs comme Fervo Energy ou Sage Geosystems, mais qui demande des investissements colossaux et soulève des questions environnementales.

« Ils ont sous-estimé le nombre de systèmes non découverts, peut-être d’un ordre de grandeur ou plus. Avec les techniques modernes de forage, on peut extraire beaucoup plus de chaque site, peut-être encore un ordre de grandeur supplémentaire. »

– Carl Holland, co-fondateur et CEO de Zanskar

Cette citation résume parfaitement la thèse disruptive de Zanskar : la géothermie conventionnelle, celle qui exploite des réservoirs naturellement fracturés et perméables, n’a pas dit son dernier mot. Et l’IA pourrait bien être la clé pour déverrouiller ce trésor caché.

Comment Zanskar utilise l’IA pour redéfinir l’exploration géothermique

L’approche de Zanskar repose sur deux piliers technologiques majeurs. D’abord, des modèles d’apprentissage supervisé entraînés sur des données historiques, y compris les découvertes fortuites du passé. Ces algorithmes analysent une multitude de signaux : données gravimétriques, magnétiques, sismiques, températures de surface, composition chimique des eaux souterraines, images satellites… tout ce qui peut servir d’indice indirect.

Une fois qu’un site prometteur est identifié, l’équipe se rend sur place pour valider physiquement la présence de chaleur et de perméabilité. Mais le vrai game-changer arrive ensuite : la modélisation probabiliste via le Bayesian Evidential Learning (BEL), une méthode spécialement adaptée aux incertitudes géologiques.

Le BEL fonctionne en partant d’hypothèses a priori (les « priors ») construites à partir des données existantes, puis en les confrontant systématiquement aux nouvelles observations pour les réfuter ou les renforcer. Là où les données manquent, Zanskar a développé son propre simulateur géothermique pour combler les trous. Le résultat ? Des probabilités quantifiées pour chaque scénario possible, ce qui réduit drastiquement le risque d’échec lors du forage.

Les premiers résultats parlent d’eux-mêmes : sur trois sites explorés grâce à une levée précédente, les trois ont été des succès. Un taux de 100 % qui défie les standards de l’industrie minière et pétrolière, où un forage réussi sur trois est déjà considéré comme excellent.

Des résultats concrets : une centrale relancée et deux nouveaux sites de 100 MW

Parmi les réalisations les plus parlantes de Zanskar, on trouve la remise en service d’une ancienne centrale géothermique au Nouveau-Mexique. Ce site, considéré comme mort ou marginal par ses précédents exploitants, a été redynamisé grâce à une meilleure compréhension du réservoir permise par les outils IA de la startup.

Parallèlement, Zanskar a identifié deux nouveaux sites dont le potentiel combiné dépasse les 100 mégawatts. Des découvertes réalisées sans aucun indice de surface classique. Pour une industrie habituée à des décennies de stagnation, ces annonces représentent un signal fort.

  • Relance réussie d’une centrale existante au Nouveau-Mexique
  • Découverte de deux nouveaux réservoirs > 100 MW cumulés
  • Pipeline actuel suffisant pour soutenir au moins 1 GW de capacité
  • Focus géographique : Ouest américain (zone à fort potentiel naturel)

Ces succès concrets expliquent en grande partie pourquoi des fonds comme Lowercarbon Capital, Obvious Ventures, Union Square Ventures ou encore Munich Re Ventures ont participé à la Série C de 115 millions de dollars bouclée en janvier 2026.

Pourquoi cette levée de fonds change la donne pour la climate tech

Dans l’écosystème des startups climat, beaucoup meurent dans le tristement célèbre « valley of death » : cette phase où il faut passer de la preuve de concept à des projets bancables, capables d’attirer des financements de projet (project finance) à faible coût.

Zanskar vise explicitement cet objectif. Carl Holland l’explique clairement : trouver au moins 10 sites confirmés permettrait d’attirer ce type d’investisseurs institutionnels, bien moins chers que le capital-risque. Une fois cette étape franchie, la scalabilité devient possible.

Pour les entrepreneurs qui nous lisent, c’est une leçon stratégique majeure : dans la climate tech, la technologie seule ne suffit pas. Il faut démontrer une exécution terrain irréprochable et réduire les risques perçus pour dérisquer le modèle aux yeux des financeurs classiques (banques, fonds infrastructures, etc.).

« Nous avons maintenant assez de sites dans le pipeline pour soutenir au moins un gigawatt de capacité. Nous voulons confirmer au moins 10 sites pour attirer le project finance. »

– Carl Holland, CEO de Zanskar

Géothermie vs autres renouvelables : les avantages compétitifs oubliés

Dans le débat sur les énergies bas-carbone, la géothermie est souvent reléguée au second plan. Pourtant elle cumule des avantages uniques :

  • Disponibilité 24/7 : facteur de charge > 90 %, contrairement au solaire (25 %) ou l’éolien (35-45 %)
  • Faible empreinte au sol : 1 à 4 ha par MW installé
  • Longévité exceptionnelle : les centrales fonctionnent 30 à 50 ans, voire plus
  • Capacité à fournir chaleur ET électricité
  • Stockage thermique naturel intégré

Ces caractéristiques en font un complément idéal aux renouvelables intermittents. À l’heure où les réseaux peinent à gérer les pics de production solaire et les creux nocturnes, la géothermie pourrait devenir le pivot de stabilité du mix énergétique futur.

Les défis qui restent à relever pour scaler

Malgré les avancées impressionnantes, plusieurs obstacles subsistent :

  • Coût du forage : reste le principal poste de dépense (50-70 % du CAPEX)
  • Risque géologique : même avec l’IA, zéro certitude absolue
  • Réglementation et permis : longs délais administratifs
  • Accès au capital patient : nécessaire pour les projets de 5-10 ans de maturité
  • Compétition avec l’EGS : les acteurs de la géothermie améliorée avancent vite

Zanskar mise sur la réduction du risque exploration pour abaisser le coût global du mégawatt installé. Si la startup parvient à maintenir un taux de succès élevé sur 10, 20 ou 50 forages, le modèle économique pourrait devenir extrêmement attractif.

Leçons pour les entrepreneurs tech et climate

Cette aventure entrepreneuriale offre plusieurs enseignements transposables à d’autres secteurs :

1. Repenser les industries matures avec l’IA : les secteurs considérés comme « ennuyeux » ou stagnants regorgent souvent d’inefficacités que l’intelligence artificielle peut résoudre.

2. La data historique est un actif stratégique : Zanskar a construit son avantage compétitif sur des décennies de données d’exploration accumulées par d’autres.

3. Le couple exploration/exécution est clé : belle technologie sans résultats terrain = zéro crédibilité auprès des investisseurs sérieux.

4. Viser le project finance tôt : le venture capital est un tremplin, pas une fin en soi pour les infrastructures énergétiques.

Vers un futur où la géothermie devient mainstream ?

Si les prédictions de Carl Holland se réalisent, nous pourrions assister dans les prochaines années à une véritable renaissance de la géothermie conventionnelle aux États-Unis, puis probablement ailleurs. Avec un potentiel de l’ordre du térawatt, cette technologie pourrait devenir l’une des colonnes vertébrales de la transition énergétique mondiale.

Pour les entrepreneurs, investisseurs et décideurs qui nous suivent, Zanskar est un cas d’école fascinant : la rencontre entre une thèse audacieuse, une exécution technique de haut niveau et un marché prêt à exploser. À suivre de très près.

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