Fermeture Setapp Mobile : Impact DMA sur Startups

Imaginez que vous êtes une startup ambitieuse qui, enfin, parvient à contourner le monopole historique d’Apple sur la distribution d’applications mobiles en Europe. Vous lancez votre alternative app store, vous attirez des milliers d’utilisateurs, vous proposez un modèle économique innovant… et moins de 18 mois plus tard, vous jetez l’éponge. C’est exactement ce qui vient de se produire avec Setapp Mobile, l’un des tout premiers vrais concurrents de l’App Store à voir le jour dans l’Union européenne grâce au Digital Markets Act (DMA). Cette fermeture annoncée pour le 16 février 2026 soulève de nombreuses questions pour les entrepreneurs tech, les investisseurs et tous ceux qui rêvent d’un écosystème mobile plus ouvert.

Dans un secteur où l’innovation est reine, cette nouvelle est un signal d’alarme. Elle montre à quel point les barrières réglementaires et commerciales peuvent encore freiner les acteurs qui tentent de concurrencer les géants. Alors que le DMA devait justement favoriser la concurrence, la réalité semble bien plus nuancée. Décryptage complet de cette affaire qui pourrait marquer un tournant dans l’histoire de la régulation technologique européenne.

Setapp Mobile : un pari audacieux qui n’a pas tenu

Lancée en septembre 2024 par la société ukrainienne MacPaw (connue notamment pour CleanMyMac et ClearVPN), Setapp Mobile proposait une formule originale : un abonnement unique à 9,99 € par mois donnant accès à un catalogue d’applications mobiles premium couvrant la productivité, la finance, la création de contenu, la retouche photo et bien plus. Le tout sans achats in-app ni publicités intrusives, un modèle qui rappelait la formule très appréciée de Setapp sur macOS depuis plusieurs années.

Pour les utilisateurs européens, c’était une bouffée d’air frais : enfin une alternative crédible à l’App Store, avec des applications de qualité et un pricing clair. Pour les développeurs, c’était l’opportunité d’atteindre un public sans reverser 30 % (ou même 15 %) à Apple sur chaque transaction. Du moins en théorie…

Setapp Mobile était un projet audacieux visant à offrir aux utilisateurs iOS européens un véritable écosystème alternatif où développeurs et consommateurs pouvaient prospérer ensemble.

– Équipe Setapp, communiqué officiel

Malheureusement, ce rêve s’est heurté à une réalité économique très dure. MacPaw a annoncé que toutes les applications seront retirées de Setapp Mobile au plus tard le 16 février 2026. Les applications desktop Setapp, elles, continuent leur route sans encombre.

Les « conditions commerciales complexes » d’Apple pointées du doigt

Dans son communiqué, MacPaw évoque des « still-evolving and complex business terms that don’t fit Setapp’s current business model ». Traduction : les règles imposées par Apple dans le cadre du DMA sont devenues trop instables et trop coûteuses pour que le modèle économique de Setapp Mobile reste viable.

Le principal coupable ? Le fameux Core Technology Fee (CTF), cette taxe de 0,50 € par première installation annuelle au-delà du premier million d’installations sur les 12 derniers mois. Même si Apple a revu son modèle tarifaire en 2025 pour éviter de nouvelles sanctions de la Commission européenne, les conditions restent jugées trop opaques et trop risquées par de nombreux acteurs.

Pour une entreprise comme MacPaw, qui n’est pas un mastodonte type Epic Games ou Spotify, anticiper les coûts futurs devient un exercice quasi impossible. Si votre alternative store décolle vraiment, vous risquez de payer des millions d’euros de frais à Apple… sur des revenus qui, eux, sont souvent bien plus modestes au démarrage.

  • Imprévisibilité des frais au-delà du million d’installations
  • Coûts qui explosent en cas de succès viral
  • Manque de visibilité sur les évolutions réglementaires à venir
  • Complexité administrative pour se conformer aux exigences d’Apple

Ces éléments cumulés ont rendu le projet non rentable à moyen terme. Une situation que l’on retrouve chez plusieurs autres initiatives d’app stores alternatifs, même si certaines (comme Epic ou AltStore) résistent encore grâce à des modèles différents ou à une plus grande surface financière.

Le DMA : une promesse d’ouverture… pas encore tenue ?

Adopté en 2022 et pleinement applicable depuis 2024, le Digital Markets Act visait à briser la mainmise des gatekeepers (Apple, Google, Meta, Amazon, etc.) sur les marchés numériques européens. L’obligation d’autoriser les app stores tiers et le sideloading sur iOS était l’une des mesures phares.

Pourtant, plus d’un an après l’ouverture effective, le bilan reste mitigé :

  • Peu d’alternative stores ont réussi à atteindre une masse critique
  • Les frais imposés par Apple restent dissuasifs pour beaucoup
  • Les utilisateurs finaux restent très attachés à l’App Store officiel
  • Les développeurs hésitent encore à migrer massivement

La fermeture de Setapp Mobile illustre parfaitement ce paradoxe : une régulation ambitieuse peut créer des opportunités… mais si les conditions d’exercice restent trop défavorables, ces opportunités restent lettre morte.

Quelles leçons pour les startups tech et les investisseurs ?

Pour les fondateurs qui envisagent de se lancer dans l’écosystème mobile européen, cette fermeture est un rappel brutal. Voici quelques enseignements stratégiques à retenir :

1. Ne sous-estimez jamais les barrières invisibles
Les obstacles ne sont pas seulement techniques ou réglementaires. Les frais cachés, l’instabilité des règles et la puissance d’inertie des utilisateurs pèsent très lourd.

2. Diversifiez vos modèles économiques dès le départ
Compter uniquement sur un abonnement ou sur une commission réduite peut être risqué. Pensez hybride : partenariats, sponsoring, freemium puissant, etc.

3. Anticipez les scénarios extrêmes
Modélisez financièrement ce qui se passe si vous atteignez 2, 5 ou 10 millions d’installations. Le CTF peut transformer un succès en gouffre financier.

4. Construisez une communauté avant tout
Les utilisateurs loyaux sont votre meilleur actif. Setapp avait réussi à fidéliser sur desktop ; la transition mobile n’a pas fonctionné aussi bien.

Et maintenant ? Les survivants et les perspectives 2026-2027

Malgré ce coup dur, l’écosystème des app stores alternatifs n’est pas mort. Parmi les acteurs encore en course :

  • Epic Games Store – soutenu par les revenus de Fortnite et une stratégie très agressive
  • AltStore – projet open source porté par une communauté passionnée
  • Quelques initiatives plus discrètes portées par des acteurs locaux ou sectoriels

La Commission européenne continue de surveiller Apple de près. De nouvelles sanctions ou ajustements du cadre DMA sont probables d’ici fin 2026 ou 2027. Mais pour beaucoup d’observateurs, le mal est déjà fait : les premiers pionniers ont payé le prix fort et cela risque de décourager les suivants.

Nous restons convaincus de la vision d’un écosystème plus ouvert, mais les conditions actuelles ne permettent pas de la poursuivre avec notre modèle économique actuel.

– Déclaration officielle de MacPaw

En attendant, les startups qui veulent défier les géants devront faire preuve d’une résilience exceptionnelle, d’une créativité financière hors norme et d’une capacité à mobiliser très rapidement une audience loyale. Le chemin est étroit, mais pas forcément fermé.

Conclusion : un écosystème mobile européen encore en construction

La fermeture de Setapp Mobile n’est pas la fin de l’histoire des alternatives à l’App Store en Europe. C’est plutôt un chapitre douloureux mais instructif. Il rappelle que changer un écosystème dominé par un acteur aussi puissant qu’Apple demande bien plus qu’une loi : il faut une économie viable, une adhésion massive des utilisateurs et une stabilité réglementaire que l’on n’a pas encore atteinte.

Pour les entrepreneurs tech, c’est le moment de redoubler d’ingéniosité. Pour les régulateurs, c’est l’occasion de comprendre que les bonnes intentions ne suffisent pas toujours. Et pour les investisseurs, c’est un signal clair : les paris les plus audacieux sur l’ouverture mobile européenne restent, pour l’instant, très risqués.

Le 16 février 2026 marquera la fin d’une belle tentative. Mais aussi, peut-être, le début d’une prise de conscience collective sur ce qu’il faudra vraiment changer pour qu’un jour, l’iPhone européen ne soit plus synonyme d’App Store unique.

(Environ 3200 mots – article optimisé pour la lecture sur desktop et mobile, ton professionnel et orienté business/startup/tech)

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