Imaginez un jeune immigré de 10 ans arrivant aux États-Unis, inscrit dans un programme d’anglais langue seconde alors qu’il parle déjà couramment la langue… Cette anecdote personnelle de Kofi Ampadu résume parfaitement la mission qu’il a portée pendant plus de quatre ans chez Andreessen Horowitz : combattre les barrières systémiques qui empêchent des talents exceptionnels d’accéder au monde du venture capital. Aujourd’hui, son départ officialisé marque peut-être la fin d’une expérience ambitieuse et controversée : le programme Talent x Opportunity (TxO).
En janvier 2026, alors que l’écosystème tech continue de se réinventer après les coupes budgétaires massives de 2023-2025, l’annonce du départ de Kofi Ampadu n’est pas anodine. Elle intervient quelques mois seulement après la mise en pause indéfinie du programme TxO et le licenciement de la quasi-totalité de son équipe. Pour les fondateurs issus de milieux non traditionnels, c’était l’un des rares ponts vers les grands fonds de la Silicon Valley. Que signifie vraiment cette sortie pour la diversité en startup ?
Qui est Kofi Ampadu et quel rôle a-t-il joué chez a16z ?
Kofi Ampadu a rejoint Andreessen Horowitz en 2021 pour prendre les rênes du programme TxO, initialement lancé en 2020 par Nait Jones. Issu lui-même d’un parcours atypique – immigré ghanéen arrivé enfant aux États-Unis –, il incarnait parfaitement la philosophie du programme : repérer des fondateurs hors réseau, ceux qui n’ont ni diplôme de Stanford, ni connexion familiale dans la tech, ni CV passé chez FAANG.
Pendant plus de quatre ans, Ampadu a dirigé :
- des cohortes intensives de plusieurs mois
- un fonds d’investissement alimenté par un donor-advised fund
- des sessions de mentorat avec des partenaires a16z
- un programme de grants de 50 000 $ lancé en 2024 pour des organisations soutenant les fondateurs sous-représentés
La dernière promotion remonte à mars 2025. Depuis, silence radio jusqu’à la pause officielle en novembre 2025, suivie de près par le départ d’Ampadu en janvier 2026. Dans son email interne, il écrit :
Identifier des entrepreneurs hors réseau, les aider à affiner leurs idées, lever des fonds et devenir des leaders confiants a été l’une des expériences les plus significatives de ma carrière.
– Kofi Ampadu, email interne du 30 janvier 2026
Cette phrase résume bien l’ambition, mais aussi la difficulté de la tâche.
TxO : un programme innovant… et très critiqué
Le concept de TxO était simple sur le papier : démocratiser l’accès au capital en identifiant des fondateurs talentueux mais invisible pour les VC traditionnels. Le programme offrait :
- un bootcamp intensif de plusieurs semaines
- un investissement initial via le fonds TxO
- un accès privilégié au réseau a16z (partenaires, portfolio, LP)
- un accompagnement long terme
Mais la structure même du financement posait question. Le véhicule était un donor-advised fund (DAF), ce qui signifiait que les dons étaient fiscalement avantageux pour les donateurs, mais que le contrôle restait largement entre les mains d’a16z. Plusieurs fondateurs ont publiquement critiqué ce montage :
C’était génial d’avoir accès au réseau, mais on se sentait parfois comme des pions dans une opération de com’ DEI plus que comme de vrais partenaires d’investissement.
– Fondateur anonyme d’une startup TxO promo 2023
Cette tension entre intention affichée et réalité opérationnelle est au cœur du débat sur les initiatives DEI dans la tech depuis 2022.
Le contexte 2025-2026 : la fin des engagements DEI ?
TxO n’est pas un cas isolé. Depuis l’arrêt de l’affirmative action aux États-Unis et les pressions politiques et économiques, de nombreux acteurs tech ont réduit ou abandonné leurs programmes diversité :
- Google a discrètement réduit ses objectifs internes DEI en 2024
- Meta a fusionné plusieurs équipes inclusion dans des départements RH plus larges
- Plusieurs fonds VC ont arrêté leurs « emerging manager » ou « diverse founder » programs
Dans ce climat, la pause de TxO et le départ d’Ampadu s’inscrivent dans une tendance lourde. Pour les startups fondées par des femmes, des personnes racisées ou issues de milieux modestes, les barrières d’accès au capital restent très élevées : selon les données PitchBook 2025, moins de 2,1 % des dollars investis aux États-Unis sont allés à des équipes 100 % noires ou latinos.
Quel avenir pour la diversité en venture capital ?
Le départ de Kofi Ampadu ne signifie pas nécessairement la mort définitive des initiatives d’inclusion, mais il oblige à repenser les modèles. Plusieurs pistes émergent dans l’écosystème en 2026 :
- Modèles communautaires : des collectifs de fondateurs qui mutualisent mentorat et intros investisseurs sans passer par un grand fonds
- Fonds micro-VC indépendants : des structures de 10-30 M$ gérées par d’anciens participants TxO ou d’autres programmes similaires
- Plateformes IA de matching : des outils qui analysent pitch decks et profils pour connecter fondateurs atypiques et investisseurs sans biais de réseau
- Corporate venture inclusif : certaines grandes entreprises tech relancent des programmes internes plus discrets mais mieux financés
Chez a16z, on murmure qu’Ampadu pourrait avoir rejoint l’accélérateur Speedrun avant de quitter définitivement le fonds. Son email se termine sur une note optimiste :
Il reste beaucoup de travail à faire et je suis excité de continuer à construire.
– Kofi Ampadu
Ces mots laissent planer la possibilité d’un retour sous une autre forme, peut-être plus indépendante, plus agile.
Leçons pour les entrepreneurs et investisseurs en 2026
Pour les fondateurs qui lisaient ces lignes et qui se reconnaissent dans le profil TxO, voici quelques enseignements concrets :
- Ne misez jamais tout sur un seul programme ou un seul fonds – construisez plusieurs ponts vers le capital
- Documentez chaque interaction avec des investisseurs (notes, feedbacks, intros reçues) – cela devient votre CRM personnel
- Créez ou rejoignez des communautés sectorielles très ciblées (par industrie + identité)
- Utilisez les outils open-source et IA pour compenser le manque de réseau (analyse de decks concurrents, recherche de warm intros via LinkedIn + bases publiques)
- Préparez un plan B financier : bootstrapping, grants non-dilutifs, side consulting
Du côté des investisseurs, l’histoire TxO rappelle que les programmes DEI ne peuvent pas être des opérations de communication. Ils doivent être :
- financièrement indépendants et transparents
- dirigés par des personnes qui ont vécu les mêmes obstacles
- évalués sur des critères de performance réels (taux de follow-on, IRR, satisfaction des fondateurs)
Conclusion : la diversité n’est pas une mode, c’est un impératif stratégique
Le départ de Kofi Ampadu et la mise en sommeil de TxO ne signent pas la fin de la quête d’une tech plus inclusive. Au contraire, ils obligent l’écosystème à passer de l’affichage à l’efficacité. Les fondateurs les plus résilients sauront transformer ces fermetures en opportunités de construire leurs propres réseaux, leurs propres fonds, leurs propres règles.
Et si l’avenir de la diversité en venture ne passait plus par les géants de Sand Hill Road, mais par une nouvelle génération d’acteurs décentralisés, agiles et profondément ancrés dans les réalités des entrepreneurs qu’ils financent ? L’histoire de TxO pourrait bien n’être que le premier chapitre d’une transformation bien plus large.
À suivre de très près en 2026 et au-delà.






