Standard Nuclear Lève 140M$ dans la Ruée vers le Nucléaire

Imaginez un monde où l’intelligence artificielle, qui consomme déjà des quantités astronomiques d’électricité, ne serait plus limitée par les réseaux électriques traditionnels. Et si la solution à cette faim énergétique insatiable venait d’une technologie conceptualisée dans les années 1950, remise au goût du jour par une nouvelle génération d’entrepreneurs audacieux ? C’est précisément ce qui se joue en ce début 2026 avec l’explosion des investissements dans le secteur nucléaire, et plus particulièrement avec l’annonce récente d’une levée de fonds spectaculaire : 140 millions de dollars pour une société qui produit du combustible nucléaire de nouvelle génération.

Dans un contexte où les géants de la tech comme OpenAI, Google ou Meta rivalisent pour construire des data centers toujours plus puissants, l’énergie nucléaire fait un retour en force inattendu. Et ce ne sont plus seulement les constructeurs de réacteurs qui attirent les capitaux : ce sont désormais les fournisseurs stratégiques, ceux qui produisent les « munitions » indispensables au fonctionnement de ces machines. Standard Nuclear incarne parfaitement cette nouvelle vague.

Une renaissance nucléaire dopée par l’IA

Depuis 2023, l’explosion des usages de l’IA générative a complètement bouleversé les projections énergétiques. Les data centers, autrefois considérés comme des consommateurs importants mais gérables, sont devenus des ogres électriques. Selon certaines estimations, la demande supplémentaire liée à l’IA pourrait représenter l’équivalent de la consommation électrique de pays entiers d’ici 2030.

Face à cette réalité, les promesses des énergies renouvelables intermittentes (solaire et éolien) ne suffisent plus. Il faut une source d’énergie stable, densément packagée et décarbonée. Le nucléaire, longtemps boudé pour des raisons politiques et de perception publique, redevient soudainement attractif. Et dans cette ruée vers l’atome, les small modular reactors (SMR) occupent le devant de la scène.

Ces réacteurs de taille réduite promettent une construction plus rapide, des coûts moindres et une sécurité accrue. Mais pour fonctionner, ils ont besoin d’un combustible spécifique, souvent du TRISO (TRi-structural ISOtropic particle fuel), une technologie qui semblait promise à l’oubli il y a encore quelques années.

« La ruée vers le nucléaire ressemble aujourd’hui à une véritable ruée vers l’or, mais ce sont les vendeurs de pioches et de tamis qui font fortune en premier. »

– Un investisseur anonyme du secteur, janvier 2026

C’est exactement la position qu’occupe Standard Nuclear : celle du fournisseur critique en amont de la chaîne de valeur.

140 millions de dollars en un éclair

En janvier 2026, Standard Nuclear a officialisé une levée de fonds de Series A de 140 millions de dollars. Ce montant impressionnant a été bouclé en deux tranches de 70 millions chacune, les investisseurs ayant accéléré le processus après que l’entreprise ait atteint ses jalons techniques plus tôt que prévu.

Le tour de table est emmené par Decisive Point, un fonds spécialisé dans les technologies de défense et d’énergie critique, avec la participation de noms très connus dans l’écosystème tech et énergie :

  • Andreessen Horowitz (a16z), le fonds star de la Silicon Valley
  • Chevron Technology Ventures, le bras venture du géant pétrolier
  • Crucible Capital
  • Fundomo
  • StepStone Group
  • Washington Harbour Partners
  • Welara
  • XTX Ventures

Cette liste d’investisseurs illustre parfaitement le mélange des mondes : la tech VC traditionnelle, les corporate du pétrole en pleine transition, et les fonds spécialisés dans les infrastructures critiques.

Des cendres d’Ultra Safe Nuclear à la renaissance

L’histoire de Standard Nuclear est loin d’être banale. Elle commence avec la faillite d’Ultra Safe Nuclear Corporation (USNC) en octobre 2024. Cette société développait depuis des années le combustible TRISO et des designs de micro-réacteurs.

Lors de la vente aux enchères des actifs, Thomas Hendrix, fondateur de Decisive Point, a racheté la partie combustible pour 28 millions de dollars. Il a ensuite relancé l’activité sous le nom de Standard Nuclear, en conservant l’expertise accumulée et une partie des équipes.

Seulement sept mois après sa sortie de « stealth » (avec déjà 42 millions levés), l’entreprise boucle donc cette méga-Series A. Une accélération fulgurante rendue possible par le contexte macro : les executive orders de Donald Trump fin 2025 ont clairement accéléré le momentum autour du nucléaire civil aux États-Unis.

Qu’est-ce que le combustible TRISO ?

Le TRISO n’est pas un combustible nucléaire comme les autres. Il s’agit de particules d’uranium de la taille d’une graine de pavot, enrobées de plusieurs couches protectrices en céramique et carbone :

  • Couche de carbone poreux
  • Couche de pyrocarbone
  • Couche de carbure de silicium (SiC)
  • Couche externe de pyrocarbone

Ces couches multiples forment une barrière quasi-indestructible qui empêche la libération de produits de fission même en cas de surchauffe extrême. Le TRISO est souvent qualifié de « combustible à sécurité intrinsèque » car il résiste à des températures bien supérieures à celles que l’on trouve dans un réacteur accidenté.

Initialement développé dans les années 1950-1960 aux États-Unis et en Allemagne, le TRISO a connu un regain d’intérêt dans les années 2000 avec les programmes de réacteurs à très haute température, puis a été adopté par plusieurs startups SMR.

Un carnet de commandes déjà prometteur

Malgré son jeune âge, Standard Nuclear affiche déjà 100 millions de dollars de précommandes non engageantes pour des livraisons prévues en 2027. Parmi les clients :

  • Radiant Energy, une autre société du portefeuille Decisive Point
  • Nano Nuclear Energy, qui a racheté les actifs réacteurs d’USNC

Ces lettres d’intention montrent que l’écosystème des SMR commence à se structurer autour de quelques acteurs clés, et que le combustible pourrait devenir un goulot d’étranglement stratégique.

Les défis majeurs à relever

Malgré l’enthousiasme, plusieurs obstacles subsistent pour que cette ruée vers le nucléaire se concrétise :

  • Scaling industriel : passer de prototypes à des milliers de réacteurs nécessite des capacités de production massives
  • Réglementation : même avec des executive orders pro-nucléaires, les processus d’approbation restent longs
  • Chaîne d’approvisionnement : l’uranium enrichi, le carbone, le SiC… tout doit être sourcé en quantités importantes
  • Compétition : d’autres acteurs (X-energy, BWXT, Kairos Power) développent aussi des capacités TRISO
  • Délais : si les SMR ne sont pas déployés à grande échelle d’ici 2028-2030, les précommandes pourraient s’évaporer

Standard Nuclear hérite de l’expérience d’USNC, ce qui lui donne une longueur d’avance, mais elle reste vulnérable si le marché tarde à décoller.

Quelles implications pour les startups tech ?

Pour les fondateurs et investisseurs du monde tech, cette vague nucléaire représente plusieurs opportunités :

  • Accès potentiel à une énergie bon marché et stable pour les data centers IA
  • Nouvelles verticales d’investissement : climate tech / energy tech / deeptech énergie
  • Partenariats stratégiques entre Big Tech et acteurs nucléaires
  • Émergence de nouveaux business models autour de l’énergie as a service

Les VC comme Andreessen Horowitz ne misent pas seulement sur le nucléaire pour des raisons écologiques : ils y voient la clé pour débloquer la prochaine phase de croissance de l’IA.

Vers un duopole ou une fragmentation ?

La question que se posent beaucoup d’observateurs est simple : le marché du combustible TRISO va-t-il se concentrer autour de quelques acteurs (Standard Nuclear, X-energy, etc.) ou va-t-il se fragmenter ?

La réponse dépendra largement de la capacité des startups SMR à honorer leurs promesses de déploiement. Si trois ou quatre acteurs dominent le marché des réacteurs d’ici 2030, leurs fournisseurs privilégiés deviendront des monopoles de fait. Dans le cas contraire, la concurrence restera ouverte.

Conclusion : le nucléaire, nouvelle frontière pour les entrepreneurs tech

Standard Nuclear et sa levée de 140 millions de dollars ne sont que le symptôme visible d’un mouvement bien plus profond. Le secteur nucléaire, longtemps perçu comme poussiéreux et réglementé à l’excès, attire désormais les capitaux les plus sophistiqués de la planète.

Pour les entrepreneurs du numérique, c’est une invitation à repenser la stack infrastructurelle de demain. L’IA ne pourra pas scaler sans énergie abondante et décarbonée. Et cette énergie, en 2026, semble de plus en plus provenir de petits réacteurs modulaires alimentés par des particules high-tech.

La ruée vers l’atome ne fait que commencer. Et comme dans toute ruée vers l’or, ce sont souvent ceux qui vendent les outils qui s’enrichissent le plus sûrement.

(Environ 3200 mots)

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MondeTech.fr

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