Imaginez un monde où les voitures autonomes ne se laissent plus intimider par la pluie battante, le brouillard épais ou la neige abondante. Où les capteurs embarqués détectent avec une précision chirurgicale les obstacles à plusieurs centaines de mètres, même quand les technologies actuelles deviennent aveugles. C’est précisément cette promesse que vient de faire Teradar, une startup américaine qui sort tout juste de l’ombre pour dévoiler une innovation qui pourrait bien redessiner le paysage des aides à la conduite et de la conduite autonome.
Présentée en grande pompe au CES 2026, la solution Summit de Teradar exploite une bande du spectre électromagnétique encore largement inexploité : le terahertz. Située entre les micro-ondes et l’infrarouge, cette fréquence offre des propriétés uniques qui pourraient résoudre plusieurs des problèmes majeurs auxquels se heurtent aujourd’hui les systèmes de perception automobile. Après une levée de fonds impressionnante de 150 millions de dollars il y a seulement deux mois, la jeune pousse de Boston passe désormais à la vitesse supérieure.
Pourquoi le terahertz pourrait changer la donne dans l’automobile
Pour bien comprendre l’enjeu, il faut se pencher sur les limites actuelles des capteurs les plus répandus. Le radar excelle par tous les temps, mais sa résolution reste médiocre : il voit loin, mais pas avec précision. À l’inverse, le lidar offre une cartographie 3D extrêmement détaillée, mais il est très sensible aux conditions météorologiques défavorables et son coût reste prohibitif pour une démocratisation massive.
Le terahertz arrive comme une sorte de compromis idéal. Il combine une portée longue (comparable au radar longue distance), une résolution spatiale élevée (proche de celle du lidar) et surtout une robustesse exceptionnelle face aux intempéries. Contrairement à la lumière visible ou infrarouge, les ondes terahertz pénètrent relativement bien le brouillard, la pluie et la neige légère, tout en offrant une signature spectrale qui permet de distinguer plus facilement les matériaux (asphalte, métal, plastique, etc.).
Teradar affirme que son capteur Summit est solid-state, c’est-à-dire sans aucune partie mobile. Cela réduit drastiquement les risques de panne mécanique, diminue les coûts de production à terme et améliore la fiabilité sur le long terme — un argument de poids pour les constructeurs qui visent des véhicules devant rouler plusieurs centaines de milliers de kilomètres sans maintenance lourde.
« Notre capteur est conçu pour offrir les meilleures qualités du lidar et du radar, tout en éliminant la plupart de leurs inconvénients. »
– Matt Carey, CEO de Teradar
Un timing parfait dans un marché en pleine recomposition
Le lancement de Summit intervient à un moment charnière pour l’industrie des capteurs automobiles. Fin 2025, le géant américain du lidar Luminar a dû se placer sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites après que Volvo et Mercedes-Benz ont annulé ou fortement réduit leurs engagements. La concurrence chinoise à bas coût (notamment Hesai, qui a dépassé le million d’unités produites en 2025) a accéléré cette consolidation douloureuse.
Dans le même temps, des acteurs comme Ouster (qui a fusionné avec Velodyne) se diversifient vers la robotique et les infrastructures intelligentes, signe que le marché automobile pur n’est plus assez rentable pour tout le monde. C’est dans ce contexte que Teradar arrive avec une proposition radicalement différente, soutenue par des investisseurs de poids : Lockheed Martin Ventures et VXI Capital, un fonds orienté défense dirigé par l’ancien CTO de la Defense Innovation Unit américaine.
Cette double casquette civilo-militaire n’est pas anodine. Les ondes terahertz présentent un intérêt stratégique évident pour les applications de défense (détection longue distance, imagerie traversant certains obstacles, etc.), ce qui explique probablement l’implication de ces investisseurs. Pour les startups tech, un tel soutien est souvent synonyme d’accès à des contrats très rémunérateurs et d’une crédibilité renforcée auprès des grands comptes.
Les ambitions affichées de Teradar pour 2028 et au-delà
Teradar ne cache pas ses ambitions : faire adopter Summit par le plus grand nombre possible de constructeurs automobiles. La société annonce déjà des discussions avancées avec cinq grands constructeurs américains et européens, ainsi qu’avec trois équipementiers de rang 1. L’objectif est clair : démarrer la production en série en 2028 si les contrats tombent.
Matt Carey, le PDG, ne mâche pas ses mots :
« Notre mission principale est de faire en sorte que notre capteur équipe le maximum de véhicules. Nous sommes prêts à explorer toutes les voies pour y parvenir. »
– Matt Carey
Cette approche pragmatique tranche avec la posture parfois idéologique de certains acteurs de la mobilité autonome qui misaient tout sur un niveau 5 d’autonomie dès le départ. Teradar semble au contraire vouloir s’inscrire dans une logique incrémentale : améliorer d’abord les systèmes de niveau 2+ et 3, puis viser progressivement des fonctionnalités plus avancées à mesure que la maturité technologique et réglementaire le permettra.
Quels avantages concurrentiels concrets pour les constructeurs ?
Pour un constructeur automobile, intégrer un capteur terahertz pourrait offrir plusieurs bénéfices stratégiques majeurs :
- Réduction du nombre total de capteurs nécessaires sur le véhicule (moins de lidars coûteux + radars redondants)
- Meilleure performance en conditions dégradées → marketing plus agressif sur la sécurité
- Coût potentiellement inférieur à une suite lidar + radar à long terme
- Fiabilité accrue grâce à l’absence de pièces mobiles
- Possibilité d’ajouter des fonctionnalités avancées (détection de matériaux, reconnaissance d’objets spécifiques) sans capteur supplémentaire
Ces arguments pourraient convaincre des constructeurs qui hésitaient encore à massifier le lidar en raison de son coût et de ses limitations météo. Même Rivian, qui a récemment annoncé l’intégration d’un lidar sur le toit de son futur R2, pourrait être tenté par une alternative plus polyvalente si les performances sont au rendez-vous.
Le terahertz au-delà de l’automobile : une technologie dual-use
Si l’automobile constitue le cas d’usage le plus visible à court terme, Teradar regarde bien au-delà. Le terahertz intéresse de nombreux secteurs : imagerie médicale non invasive, contrôle qualité industriel, communications ultra-haut débit en intérieur, détection d’explosifs ou de drogues à distance… La levée de fonds auprès d’investisseurs défense montre que la société anticipe déjà des applications duales.
Cette stratégie élargit considérablement le marché adressable et réduit le risque pour les investisseurs. Dans un contexte où beaucoup de startups lidar ont souffert d’une dépendance excessive au secteur automobile, cette diversification intelligente pourrait faire la différence à moyen terme.
Quels sont les défis techniques et industriels à relever ?
Malgré ses promesses, la technologie terahertz n’est pas exempte de défis :
- La génération et la détection efficace d’ondes terahertz restent complexes et énergivores
- Le coût des composants électroniques reste élevé pour l’instant
- Il faut démontrer une maturité industrielle (fiabilité sur plusieurs millions d’unités)
- Les normes réglementaires pour l’utilisation de cette bande de fréquence dans l’automobile doivent encore être clarifiées dans plusieurs pays
Teradar dispose néanmoins de plusieurs atouts : une équipe expérimentée, un financement confortable et des partenariats déjà engagés avec des acteurs majeurs. Si la société parvient à industrialiser sa technologie à un coût compétitif d’ici 2028, elle pourrait s’imposer comme un acteur incontournable du sensing automobile de nouvelle génération.
Impact potentiel sur l’écosystème startup et l’innovation automobile
Pour les entrepreneurs et investisseurs qui suivent de près le secteur de la mobilité, l’émergence de Teradar est un signal fort. Elle montre que même dans un domaine aussi concurrentiel que les capteurs pour la conduite autonome, il reste de la place pour des approches radicalement nouvelles quand elles apportent une vraie différenciation.
Elle rappelle aussi l’importance de ne pas se focaliser exclusivement sur une seule technologie (lidar, radar 4D, caméra, etc.). Les constructeurs les plus performants seront probablement ceux qui sauront combiner intelligemment plusieurs modalités sensorielles, dont le terahertz pourrait devenir une brique essentielle.
Enfin, cette annonce renforce l’attractivité de Boston comme hub technologique pour les deeptech liées à la mobilité. Avec des acteurs comme Teradar, Motional, Cruise (même si en difficulté) ou encore des centres de R&D de grands groupes, la côte Est américaine reste un terrain fertile pour l’innovation dans ce domaine.
Vers une nouvelle ère de perception automobile ?
Le chemin reste long entre une démonstration au CES et une adoption massive sur les chaînes de production. Mais Teradar a déjà accompli une première étape cruciale : attirer l’attention des plus grands noms du secteur et lever des fonds conséquents dans un marché qui devient très sélectif.
Si Summit tient ses promesses techniques et économiques, 2028 pourrait marquer le début d’une nouvelle génération de systèmes de perception automobile, plus robustes, plus précis et plus abordables. Une évolution qui profiterait directement aux consommateurs en quête de véhicules toujours plus sûrs, mais aussi aux startups qui imaginent déjà les usages de demain autour de ces capteurs ultra-performants.
Le terahertz n’est peut-être pas encore dans votre vocabulaire quotidien, mais dans quelques années, il pourrait bien être au cœur de la voiture que vous conduirez… ou qui vous conduira.
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