Imaginez un hall de conférence bondé à San Francisco, des milliers de professionnels de la tech qui se croisent entre stands et panels, et une seule question qui revient sans cesse dans les conversations de couloir : quel outil d’IA agentique utilisez-vous vraiment au quotidien ? La réponse, presque unanime cette année à HumanX, n’était pas celle que beaucoup attendaient. Ce n’était pas ChatGPT. C’était Claude. Pour les équipes marketing, les fondateurs de startups et les responsables business qui suivent de près l’évolution des modèles de langage, ce basculement de perception n’est pas anodin. Il signe peut-être un changement de leadership dans l’usage professionnel des agents IA.
La conférence HumanX, organisée au Moscone Center, a réuni des acteurs de tous horizons autour d’un thème central : l’IA agentique et sa capacité à automatiser des tâches complexes en entreprise. Les agents, ces systèmes capables d’exécuter des workflows métier et de coder de manière autonome, sont en train de sortir des laboratoires pour s’installer dans les process quotidiens. Et sur le terrain, le nom le plus cité n’était pas celui du géant qui a popularisé les chatbots grand public. C’était celui d’Anthropic et de son modèle Claude.
Un basculement perceptible dans les conversations professionnelles
Lucas Ropek, qui a couvert l’événement pour TechCrunch, rapporte une observation frappante. Que ce soit dans les panels ou sur le floor des exposants, Claude revenait systématiquement. Les vendeurs de solutions, les fondateurs et les équipes techniques parlaient de leur usage intensif de Claude, tout en exprimant un certain désenchantement à l’égard de ChatGPT. L’expression qui circule sur Internet, « fell off », résume assez bien le sentiment partagé : OpenAI aurait perdu de sa superbe auprès d’une partie des utilisateurs professionnels.
Ce n’est pas une opinion isolée. Depuis plusieurs mois, le marché observe une évolution dans les préférences des utilisateurs business. Les données analysées par le Wall Street Journal montrent qu’Anthropic et OpenAI figurent parmi les entreprises à la croissance la plus rapide de l’histoire de la tech. Pourtant, la perception change. OpenAI n’est plus le champion incontesté. Elle a désormais un concurrent sérieux qui gagne du terrain, notamment auprès des équipes qui déploient des agents pour le code et les process métier.
Pour un responsable marketing ou un fondateur de startup, cette dynamique est précieuse à comprendre. Le choix d’un modèle de langage n’est plus seulement une question de performance pure. C’est aussi une question de confiance, de focus produit et de capacité à livrer de la valeur concrète dans des contextes professionnels exigeants. Claude semble actuellement mieux répondre à ces critères aux yeux de nombreux décideurs présents à HumanX.
Pourquoi OpenAI donne l’impression de perdre le fil
Plusieurs éléments expliquent ce changement de perception. D’abord, le sentiment d’un manque de focus. Au cours des derniers mois, OpenAI a abandonné plusieurs projets secondaires, dont le générateur vidéo Sora et l’idée d’une version plus « sexy » de ChatGPT. L’entreprise a recentré ses efforts sur les services business et les outils de coding. Sur le papier, ce recentrage est logique. Dans la pratique, il a été perçu par certains comme une série de marches arrière plutôt que comme une stratégie claire et anticipée.
À cela s’ajoutent des éléments de communication et de réputation. Un long portrait publié dans The New Yorker a interrogé la fiabilité de Sam Altman, le CEO d’OpenAI. Lors d’une discussion à HumanX, Bret Taylor, co-fondateur de Sierra et président du conseil d’administration d’OpenAI, a pris la défense d’Altman face aux questions d’Alex Heath.
I think Sam is one of the most visible leaders and executives in the world. If you want to seek out detractors for him, you’ll find them, and they’ll be very vocal about it. I think Sam’s remarkable. I think he’s a remarkable leader of AI, and I really trust his character as someone who’s worked with him.
– Bret Taylor
Cette défense est claire. Elle ne suffit pas, cependant, à effacer le bruit médiatique négatif. Les collaborations avec l’administration Trump, l’introduction de publicités dans ChatGPT et d’autres décisions ont également alimenté un climat de méfiance chez une partie de l’écosystème. Résultat : les mouvements d’OpenAI apparaissent parfois comme des réactions à des événements plutôt que comme des initiatives stratégiques anticipées.
Dans le monde des startups et du marketing digital, la cohérence de la vision compte énormément. Les équipes qui choisissent un partenaire technologique pour automatiser des process sensibles veulent de la prévisibilité. Quand une entreprise donne l’impression de changer de direction tous les trimestres, la confiance s’érode. C’est exactement ce que plusieurs participants à HumanX ont verbalisé à propos d’OpenAI.
Anthropic et Claude : la montée en puissance silencieuse
Pendant que le débat autour d’OpenAI occupait les esprits, Anthropic a continué à construire. Claude s’est imposé comme un outil de référence pour de nombreuses équipes techniques et business. Sur le floor de HumanX, les vendeurs et les utilisateurs répétaient la même chose : Claude est devenu leur outil principal, particulièrement pour le coding et les tâches agentiques complexes.
Cette adoption n’est pas uniquement émotionnelle. Elle repose sur des performances perçues comme plus stables et plus adaptées aux besoins professionnels. Les agents construits autour de Claude semblent mieux gérer les workflows longs et les contraintes d’entreprise. Pour les marketeurs qui expérimentent l’automatisation de campagnes, la génération de contenus structurés ou l’analyse de données clients, cette fiabilité change la donne.
Les chiffres de croissance confirment que le match est serré. Selon les analyses financières récentes, Anthropic et OpenAI progressent à un rythme historique. Dans certains segments business, Anthropic rattrape son concurrent, voire le dépasse en termes d’adoption. Ce n’est plus une bataille de notoriété pure. C’est une bataille d’usage réel.
L’offensive d’OpenAI sur le coding avec un nouvel abonnement
OpenAI n’est pas restée inactive. La semaine de HumanX, l’entreprise a annoncé un nouvel abonnement à 100 dollars pour ChatGPT, offrant un accès substantiellement élargi à Codex, son outil de coding. L’objectif est clair : pousser l’adoption de Codex et récupérer des utilisateurs tentés par Claude Code.
Cette manœuvre montre que la compétition se joue désormais sur le terrain des outils spécialisés. Le coding assisté par IA est devenu l’un des cas d’usage les plus concrets et les plus rapidement monétisables. Les startups qui développent des produits SaaS, les équipes produit et les freelances techniques sont particulièrement sensibles à la qualité de ces assistants.
Srinivas Narayanan, CTO des applications B2B chez OpenAI, a souligné lors d’une discussion avec Rachel Metz de Bloomberg la rapidité des évolutions dans ce domaine.
We are in this incredible moment in technology, where every month, and sometimes every day, we are all looking forward to something new. We knew AI was going to impact software engineering, people have been using assistive coding over the last year, but even in just the last few months, the entire field has changed.
– Srinivas Narayanan
Ce constat résonne fortement avec l’expérience des équipes sur le terrain. En quelques mois seulement, les outils de coding agentique sont passés d’assistants modestes à de véritables co-développeurs capables de prendre en charge des tâches complexes. Cette accélération crée à la fois des opportunités et une pression concurrentielle intense.
L’IA agentique : le vrai sujet qui occupe les esprits
Au-delà de la rivalité Claude versus ChatGPT, HumanX a mis en lumière un phénomène plus large : l’explosion des agents IA dans les entreprises. Les applications créatives de l’IA n’ont pas encore tenu toutes leurs promesses. En revanche, l’automatisation de tâches métier et de process de développement progresse à grande vitesse.
Les entreprises commencent à confier à ces agents des volumes de travail qui auraient été impensables il y a encore un an. Analyse de données, rédaction de rapports, gestion de tickets support, génération de code, orchestration de campagnes marketing… la liste s’allonge chaque trimestre. Cette réalité transforme profondément l’organisation du travail et les compétences recherchées.
Pour les professionnels du marketing et de la communication digitale, les implications sont multiples. Les agents peuvent déjà prendre en charge des tâches répétitives de production de contenu, d’analyse de performance ou de segmentation d’audience. Ils libèrent du temps pour la stratégie et la créativité, tout en posant de nouvelles questions sur la qualité, la cohérence de marque et le contrôle des outputs.
Ce que cela change pour les startups et les équipes business
Les fondateurs présents à HumanX n’ont pas seulement discuté de modèles. Ils ont parlé d’intégration concrète. Comment brancher un agent sur un CRM existant ? Comment sécuriser les données clients lorsqu’un agent traite des informations sensibles ? Comment mesurer le ROI réel d’un déploiement agentique ?
Ces questions pratiques dominent désormais les conversations. Le choix entre Claude et ChatGPT n’est plus purement technique. Il devient stratégique. Les startups qui construisent des produits autour de l’IA agentique doivent anticiper la fiabilité, la latence, les coûts d’API et la capacité du modèle à suivre des instructions complexes sur de longs contextes.
Voici quelques points que les équipes business retiennent actuellement :
- La stabilité perçue de Claude dans les tâches de coding et les workflows longs
- La volonté d’OpenAI de reconquérir le terrain via Codex et de nouveaux abonnements
- L’importance croissante du focus produit face à la multiplication des annonces
- Le besoin de mesurer concrètement la valeur créée par les agents dans les process métier
- La nécessité de former les équipes à piloter et superviser ces nouveaux collaborateurs numériques
Ces éléments orientent déjà les budgets et les roadmaps. Les directions marketing et produit qui n’ont pas encore testé sérieusement les agents risquent de prendre du retard sur leurs concurrents plus agiles.
Le rôle de la perception dans la guerre des modèles
La technologie pure ne suffit plus. La perception compte énormément. OpenAI a longtemps bénéficié d’un avantage de notoriété écrasant. ChatGPT est devenu un nom générique. Pourtant, à HumanX, ce capital de marque n’a pas empêché Claude de dominer les conversations professionnelles.
Cette situation rappelle que, dans le secteur de l’IA, la confiance se gagne et se perd rapidement. Les utilisateurs expérimentés testent, comparent et changent d’outil sans état d’âme dès qu’ils perçoivent une meilleure valeur. Pour les entreprises qui vendent des solutions basées sur des LLM, la leçon est claire : la communication doit rester alignée avec la réalité du produit livré.
Les équipes marketing des scale-ups IA ont tout intérêt à observer cette dynamique. Un positionnement trop large ou trop changeant finit par brouiller le message. À l’inverse, une spécialisation claire sur des cas d’usage à forte valeur (coding, agents métier, analyse) permet de construire une crédibilité durable.
Les agents IA et la transformation des process marketing
Le marketing digital est l’un des domaines où l’IA agentique trouve rapidement sa place. Génération de variantes de contenus, optimisation de landing pages, analyse de sentiment sur les réseaux sociaux, reporting automatisé… les agents prennent déjà en charge des pans entiers de workflows qui demandaient auparavant des heures de travail humain.
Claude, en particulier, est souvent cité pour sa capacité à produire des textes longs, structurés et cohérents, utiles pour les briefs, les livrables clients ou les analyses stratégiques. Les marketeurs qui l’utilisent rapportent une réduction significative du temps passé sur les tâches de production et une meilleure qualité des premiers drafts.
Cette évolution n’élimine pas le besoin de supervision humaine. Elle le transforme. Le professionnel du marketing devient un chef d’orchestre qui définit les objectifs, contrôle la qualité et ajuste les instructions. Les compétences en prompt engineering, en évaluation de outputs et en intégration d’outils deviennent stratégiques.
Une concurrence saine qui accélère l’innovation
Le fait qu’OpenAI ne soit plus seule en tête est finalement une bonne nouvelle pour l’écosystème. La concurrence pousse les deux acteurs à améliorer leurs produits, à clarifier leurs offres et à baisser les frictions d’adoption. Les utilisateurs business en sortent gagnants.
Anthropic a su capitaliser sur une image de sérieux et de fiabilité. OpenAI répond en renforçant ses outils de coding et en recentrant son discours sur le business. Cette émulation est typique des phases d’hypercroissance technologique. Elle force chaque acteur à rester vigilant et à livrer de la valeur réelle plutôt que de simples annonces.
Pour les startups qui construisent par-dessus ces modèles, le paysage devient plus intéressant. Elles peuvent arbitrer entre plusieurs fournisseurs selon les cas d’usage, négocier des conditions plus favorables et réduire le risque de dépendance à un seul acteur. La diversification des backends IA devient une stratégie de résilience.
Les leçons concrètes pour les décideurs
Que retenir de HumanX pour les dirigeants et managers qui suivent ces sujets de près ? Plusieurs enseignements se dégagent clairement.
- Tester régulièrement plusieurs modèles sur les mêmes tâches métier pour éviter le biais de familiarité
- Prioriser les cas d’usage où la valeur est mesurable rapidement (coding, reporting, automatisation de process)
- Surveiller la cohérence stratégique des fournisseurs plutôt que uniquement leurs annonces produit
- Investir dans la formation des équipes pour qu’elles sachent piloter les agents efficacement
- Construire des architectures qui permettent de changer de modèle sans tout reconstruire
Ces principes aident à naviguer dans un environnement qui évolue chaque mois, parfois chaque semaine. Ils permettent aussi de transformer l’enthousiasme autour de l’IA agentique en résultats concrets pour l’entreprise.
Le futur reste largement ouvert
Malgré la dominance actuelle de Claude dans les conversations de HumanX, rien n’est figé. OpenAI dispose toujours d’une puissance de feu considérable, d’un capital impressionnant et d’une capacité d’exécution reconnue. Le nouvel abonnement à 100 dollars et le focus sur Codex montrent que l’entreprise n’entend pas céder le terrain du coding sans combattre.
De son côté, Anthropic doit transformer sa popularité actuelle en parts de marché durables et en revenus récurrents. La croissance rapide des deux entreprises indique que le marché global de l’IA agentique est encore loin d’être saturé. Il y a de la place pour plusieurs leaders, chacun dominant des segments spécifiques.
Pour les professionnels du marketing, des startups et de la tech, l’essentiel est de rester agile. Les outils évoluent trop vite pour qu’on puisse se permettre de s’attacher émotionnellement à une seule plateforme. La bonne approche consiste à évaluer en continu, à mesurer la valeur réelle et à adapter les stacks technologiques en conséquence.
Ce que HumanX révèle sur l’état d’esprit de l’écosystème
La conférence a servi de baromètre. Elle a montré que l’écosystème tech est en train de passer d’une phase d’émerveillement général à une phase d’exigence pragmatique. Les utilisateurs ne se contentent plus d’être impressionnés par les démos. Ils veulent des outils qui tiennent la route dans des conditions réelles de production.
Claude a bénéficié de cette exigence. Ses performances perçues sur les tâches professionnelles longues et structurées répondent exactement à ce que recherchent les équipes opérationnelles. ChatGPT, de son côté, reste extrêmement populaire auprès du grand public, mais doit reconquérir la confiance d’une partie des utilisateurs business.
Cette distinction entre usage grand public et usage professionnel est cruciale. Elle explique en grande partie pourquoi les conversations de couloir à HumanX ont tant privilégié Anthropic. Les participants n’étaient pas là pour discuter de chatbots grand public. Ils étaient là pour parler d’agents capables de transformer des process d’entreprise.
Implications pour la communication digitale et le branding tech
Les entreprises qui construisent leur image autour de l’IA doivent tirer les leçons de cette séquence. Un positionnement trop généraliste ou trop changeant finit par créer de la confusion. Les messages qui fonctionnent actuellement insistent sur la fiabilité, la spécialisation et la valeur mesurable.
Les contenus marketing qui mettent en avant des cas d’usage précis, des gains de temps chiffrés et des retours d’expérience concrets performent mieux que les discours purement visionnaires. Les audiences professionnelles, saturées d’annonces, recherchent de la substance.
Dans ce contexte, le storytelling autour de Claude a su capitaliser sur une image de sérieux et de performance. OpenAI, malgré sa notoriété, doit reconstruire une narration plus claire autour de ses priorités actuelles. C’est un défi classique de communication de crise et de repositionnement de marque.
Vers une maturité plus grande de l’écosystème IA
HumanX 2026 restera probablement dans les mémoires comme le moment où la conversation a basculé. Claude n’est plus un outsider. C’est un acteur central dans les discussions professionnelles sur l’IA agentique. OpenAI n’est plus le seul référent. Elle doit prouver chaque trimestre qu’elle mérite encore sa position de leader.
Cette maturation est saine. Elle force l’ensemble de l’écosystème à se concentrer sur la valeur réelle plutôt que sur le hype. Pour les marketeurs, les fondateurs et les décideurs business, c’est une invitation à devenir plus exigeants, plus méthodiques et plus orientés résultats dans leurs choix technologiques.
Les mois qui viennent diront si OpenAI réussit à reconquérir les esprits professionnels grâce à Codex et à son recentrage business, ou si Anthropic continue d’élargir son avance perçue. Dans tous les cas, les utilisateurs ont désormais le luxe de choisir. Et c’est probablement la meilleure nouvelle qui soit sortie de HumanX.
Les entreprises qui sauront tirer parti de cette concurrence, tester rigoureusement les outils et intégrer les agents de manière pragmatique dans leurs process seront celles qui transformeront le potentiel de l’IA agentique en avantage compétitif durable. Le moment n’est plus à l’observation passive. Il est à l’expérimentation structurée et à la mesure précise des gains.
En définitive, la domination de Claude dans les conversations de HumanX n’est pas seulement l’histoire d’un modèle qui gagne en popularité. C’est le symptôme d’un marché qui mûrit, d’utilisateurs qui deviennent plus exigeants et d’une industrie qui passe progressivement de la fascination à l’exécution. Pour tous ceux qui travaillent dans le marketing, les startups ou la transformation digitale, ce signal est précieux. Il invite à regarder au-delà des marques les plus connues et à juger les outils sur ce qu’ils délivrent réellement au quotidien.






